Une mer paisible
Par Catherine Kozminski
« Les jours se suivent et ne se ressemblent pas », dit le proverbe. J’avoue trouver en ces paroles le reflet de notre existence depuis plusieurs années déjà . Comme une mer sans vagues, depuis quelques semaines, nous reprenons à nouveau notre souffle après la tempête, en attendant la venue de la prochaine. Ainsi va la vie, peu importe la tempête dont il s’agit. La beauté de la chose est que lorsque l’on est balloté d’un côté à l’autre d’un bateau que l’on souhaite ne pas voir chavirer, on ne voit plus l’espace qui nous entoure. Toute notre attention se concentre sur l’instant présent, sur la survie. Une fois le calme revenu, car il revient toujours, même si parfois on n’y croit plus, on redécouvre notre univers et on s’émerveille en observant de petits détails qui passent inaperçus pour d’autres au quotidien. Un de ces moments de pur bonheur est de se préparer le matin, comme la plupart des familles, sans penser à autre chose qu’aux collations que l’on a oublié de préparer, aux cheveux à peigner, au verre de lait qui n’a pas été bu, au sac d’école qui traîne dans le salon. À travers tout ce brouhaha, on essaie de boire une gorgée de café presque froid, mais qu’importe cela, puisqu’une chaleur intense émane de l’ambiance agitée de nos trois moussaillons qui ont déjà hâte d’aller retrouver les copains de l’école.
Comme si le temps s’arrêtait, j’observe à l’improviste le regard d’une enfant marquée par la vie dont le cœur a fait naufrage, mais qui tient bon et qui met le cap sur l’espoir en regardant devant. Des joues colorées, un rire franc, des projets plein la tête, la vie reprend son cours. Sa sœur parle de son anniversaire qui tarde à arriver, des amis qu’elle a hâte d’inviter à la maison. Le plus jeune se prépare pour la sortie qu’il fera en compagnie de ses camarades de classe. Leur papa et moi échangeons un regard complice qui exprime le soulagement momentané des soucis qui ont tant de fois fait vaciller le mat de notre navire. Cette fois, ironiquement, tout semble paisible dans la fébrilité du moment. Dehors, le froid glacial du mois de janvier est vite oublié par les premiers rayons de soleil qui dardent leur lumière sur les visages de nos chérubins qui tentent de faire un bonhomme de neige dans une mer de glace.
La porte se referme, l’autobus quitte son point d’ancrage et disparaît dans les premières lueurs de l’aube.






