Montréal

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Peccadille et Trahison.

20-12-2011

Peccadille et Trahison.

Par Éric E.G. NOGARD                                 

 

Selon les Dires, POIRON était garçon boucher dans son village.

 

Engagé militaire, et à force de ramer, Dieu sait de combien de manières, il accéda au grade de Sergent Chef et fut promu sous-officier Adjudant de Compagnie, autrement dit, il fut nommé terreur des bleus.

 

Nul ne pouvait lui reprocher d’avoir volé sa citation.

A voir comment il étirait à la fois sa mandibule inférieure et son épithélium facial pour se donner l’air d’un lion.

 

A voir comme il portait ses pattes de devant, en les bougeant coudes écartés et épaules imitant dans leur balancement le déhanchement des boxeurs de catégorie poids lourds  du genre Joe LOUIS des USA, Champion du Monde, ou de Jules CHARRON, de la Trinité (ville de la Martinique), Champion de la Caraïbe, on comprenait tout de ce petit homme qui dans sa morphologie ressemblait à ces crabes des sables – il y a tant d’espèces de crabes – et à rien d’autre, de carcasse comme de cervelle.

 

En un mot, une valeur intrinsèque des plus dubitatives.

 

En revanche, sa valeur ajoutée était considérable et tenait à la fois aux épaulettes qu’il portait et au Calot qui lui couvrait le chef : il représentait la discipline, cette Force Principale des Armées, selon le Code Militaire français encore en vigueur aujourd’hui.

 

 

Tout ceci, pour vous parler de MARIMOUTOU, un jeune indien du Morne-Rouge, proche voisin de la Montagne Pelée.

 

Les années 1950 venaient d’éclore et FANON s’illustrait, sans que la moindre idée nous effleure de porter sur lui le moindre jugement de valeur, le côté contemporain des faits étant seul ce qui compte à nos yeux.

 

Il n’est pas superflu de noter qu’en ce que nous comptons dire, sur le fondement de ce qui nous a été rapporté, au lieu de poser la main sur la Bible ou de la lever pour dire je le Jure, nous serions redevable à toute personne qui pourrait infirmer ou Confirmer nos allégations qui ont valeur en somme, d’invitation à la recherche de la vérité en vue de la réhabilitation d’un petit soldat qui le mérite selon nous.

 

 

Nous avons dit MARIMOUTOU, jeune indien du Morne-Rouge, né en 1929, incorporé comme fantassin en 1950 et affecté au Camp Militaire de Balata, dans les Hauteurs de Fort-de-France, sur les pentes des Pitons du Carbet.

 

MARIMOUTOU était une âme vierge, un poulain sauvage, comme qui dirait.

 

Savait-il lire et écrire, nous ne le jurerions pas.

 

Néanmoins, à nous Couper les mains, à nous mettre la tête sur le billot, MARIMOUTOU était un charmant compagnon imprégné de principes de loyauté et de fierté liés à sa race et plus propres à la ligne droite qu’aux sinuosités que réclament ou qui caractérisent certaines sociétés humaines.

 

MARIMOUTOU était Droit, Fier et Simple.

 

 

En sa qualité de « Bleu », autrement dit de jeune recrue, il fut commandé à  MARIMOUTOU d’effectuer certaines corvées comme ramasser des crottes de chats ou de chiens et il lui fut ordonné un jour de Couper son Catogan, une mèche de cheveux qui, selon lui, lui portait bonheur – peut-être auprès des filles – à son âge il y tenait.

 

Il ne voulu pas s’y soumettre, quand d’autres se soumettaient aux contraintes de l’Adjudant de Compagnie qui les forçait, pour la moindre peccadille, à coucher en prison, sur du sable, par terre, dans une cellule comparable à un van à chevaux et surtout pas plus grande.

 

Selon un témoignage, pour y dormir, il fallait se soûler à mort, grâce au bidon de Rhum glissé par le trou d’évacuation, par un copain du Contingent au Cœur Compatissant.

 

Et, savez-vous que, de désagréments en désagréments à partir de ce peu que nous prenons pour moins que rien, nonobstant ce que nous nous croyons autorisés à penser de sa hiérarchie, MARIMOUTOU serait passé en Cour Martiale et malmené tant et si bien qu’il en serait mort… au nom de la Discipline, cette Force Principale des Armées.

 

On en souffrit et on en souffre encore… d’indignation pour le cas et de sympathie pour le petit soldat.

 

 

En tout cas, si les faits relatés étaient avérés, à choisir entre Réhabiliter FANON et la Réhabilitation de MARIMOUTOU, notre choix absolu irait à MARIMOUTOU immolé sur l’autel de la discipline, cette Force Principale Des Armées que nous ne contestons pas, mais dont la Cour Martiale peut se montrer si dure pour une peccadille dénoncée par un POIRON.

 

 

Et en tout cas, étant fait observer notre Réserve tant que cette affaire a gardé son Caractère Privé.

 

Que la Martinique devenue Indépendante obtienne les Cendres de FANON, en fasse un Retour en Triomphe, c’est son affaire.

 

En revanche, à notre avis, dans toute la mesure où la Propagande Publique et Tapageuse faite pour réhabiliter FANON ne nous épargne pas, tant que la Martinique sera Française, le Cas FANON au regard de la GUERRE d’ALGĖRIE devrait être soumis à l’appréciation d’un TRIBUNAL qu’il soit Civil ou qu’il soit Militaire.