Quand le cortège de la réconciliation s’ébranle
Par Jean Erich René
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L’histoire d’Haïti fourmille de cas d’assassinat, de trahison et de coups bas. Les noms des accusés fusent sur toutes les lèvres mais les juges n’entendent jamais de la même oreille que le public. D’ailleurs peut-on vraiment parler de jugement en Haïti? Le corps du délit est là , les preuves sont plus que convaincantes mais faute d’un appareil judiciaire indépendant des tractations politiques, la Cour ne peut prononcer le mot du droit. Ainsi se déroule le triste film de notre histoire. Nous changeons de décors et d’acteurs , au fil du temps et des événements, mais la morale de l’histoire demeure la même . Le scénario politique haitien est truffé d’aventures sulfureuses, couleur de sang. Les coups bas, les assassinats, les vols sont les trophées des vainqueurs. Peu de Chefs d’Etat haitien ont laissé des réalisations matérielles qui témoignent de leur passage au pouvoir. Combien d’entre eux ont lutté vraiment pour la rédemption des masses? La zizanie demeure leur méthode privilégiée de gouvernement . Il y a toujours un torchon qui brûle ou un pneu enflammé sur la scène politique haitienne.
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Deux ans après avoir libéré l’esclave de St Domingue de ses chaînes et fondé une nouvelle Nation, Dessalines fut criblé de balles et son cadavre fut jeté en pâture à la foule qui lui lançait des pierres. Selon Beaubrun Ardouin: « Les soldats lui coupèrent les doigts pour voler ses bagues de prix. Ils le dépouillèrent de ses vêtements en ne lui laissant que sa chemise et son caleçon. Ses armes, pistolets, sabres, poignards devinrent la proie des pillards. » Ce corps inanimé, mutilé, percé de tant de trous, surtout à la tête était à peine reconnaissable. On fouillait les coins et les recoins de Marchand à la recherche de fortunes enfouies. Les parents et les proches collaborateurs de Dessalines furent persécutés. Boisrond Tonnerre, le rédacteur de l’Acte de l’Indépendance, fut jeté en prison et tué à coup de baïonnette.
Le pays fut divisé en deux camps: Le Royaume de Christophe dans le Nord et la République de Pétion dans l’Ouest et le Sud. Ces deux Etats pourtant si différents par leur régime politique avaient un point commun: des deux côtés le peuple était mis à l’écart. Le Lycée Pétion dans l’Ouest était le fief de l’élite et les écoles bâties par Christophe dans le Nord étaient fréquentées par les fils des familles aisées. Les masses citadines et paysannes étaient exclues. Quand il fallait livrer bataille, on sonnait le rassemblement pour mobiliser le peuple. « En vient-on au partage! On prend le plus que l’on peut. On tire à soi le meilleur de l’affaire et la chicane vient après » nous confesse Jules Solime Milscent, ce peintre des mÅ“urs haïtiennes.
De 1806 à  2005, le Drapeau Haïtien est toujours en berne en signe de deuil pour ce peuple meurtri, vilipendé, frustré, trahi. Ce 17 octobre 2011, c’est l’occasion pour tous les Haïtiens et toutes les Haïtiennes de méditer.
Oui Frères et Sœurs haïtiens, méditons !
Après avoir gravi ce calvaire pendant 207 ans, aujourd’hui nous avons atteint le sommet du Golgotha. Tous nos bourreaux sont là , armés de leurs pinces et de leurs tenailles pour nous clouer sur la Croix. Les invincibles soldats romains rôdent dans le décor avec leurs casques, leurs glaives et leurs boucliers. La blague politique qui nous amusait tous, dépasse aujourd’hui les limites de la plaisanterie. Nous vous invitons à observer une pause afin de nous rendre compte jusqu’où nous ont conduit notre naïveté, nos luttes intestines, nos querelles byzantines, notre noirisme et notre mulâtrisme ridicules et rétrogrades, nos préjugés de fortune et de classes sociales.Â
Frères et Sœurs haïtiens, méditons !
Après 207 ans d’indépendance Haïti est loin d’être un pays calme. Nous avons assasiné notre libérateur! Les mânes de nos ancêtres nous poursuivent. Depuis 1806 la vie politique haïtienne évolue au rythme de rivalités sanglantes entre Anciens Libres et Nouveaux Libres, Parti Libéral versus Parti National. A leurs remorques, il y a toujours des groupes armés pour semer le deuil: les Cacos, les Piquets, les Zinglins, les Zinglindos, les Cocorates etc… En marge de cette triste réalité, les masses sombrent toujours dans la misère et demeurent les plus grandes victimes. Â
Tombe de Dessalines au cimetière
intérieur Ste Anne
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Dessalines était assassiné le 17 octobre 1806 parce qu’il voulait récompenser de manière juste et équitable tous ceux qui ont rendu possible l’épopée de 1804. 207 ans après ses vÅ“ux ne sont pas encore réalisés. Au contraire, des fils prodigues nous reviennent avec la complicité de nos anciens maitres pour brûler l’Autel de la Patrie. Si en 1806, leurs Pères ont tué Dessalines et laissé à Défilé la Folle le soin de lui donner une sépulture, en 2011 animés des mêmes motifs Macchabée et ses croque-morts nous harcellent avec les mêmes oraisons funèbres pour enterrer la Souveraineté Nationale. Leur hantise du pouvoir les empêche  de se rendre compte de la gangrène qui ronge la Nation et qui nous attire l’attention de certains vautours prêts à se jeter sur nos cadavres.
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Les Onusiens sont encore à nos portes ! Le drame de Port-Salut, le ravage du Choléra suite à la propagation du virus depuis le Barrage de Péligre sont les conséquences de nos inconséquences comme Nation incapable de garantir la sécurité de nos résidents. Nous tirons la sonnette d’alarme pour attirer l’attention de tous sur la nécessité pour Haïti de:
– restaurer la légalité,
-reconduire l’Armée
-neutraliser les bandits
-inaugurer une ère de paixÂ
Le pays n’est pas en guerre, pourquoi avait-on sollicité la présence d’une Force onusienne sur le terrain. Il s’agit de conflits internes entre différentes factions politiques qui, jusqu’à  présent ne s’affrontent pas par les armes. Les escarmouches qui troublent la vie quotidienne ne sont autres que les dérivées premières de la négligence, de l’insouciance et de l’inexpérience de nos dirigeants. Le 56e Président d’Haïti Michel Joseph Martelly endosse une lourde responsabilité face à la Nation en prenant l’engagement formel de briser l’enlisement du processus de paix en Haïti.
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Sans la réconciliation des Frères ennemis, il est impossible de redresser la situation économique déplorable du pays et rétablir l’ordre sur toute l’étendue du territoire. D’où l’incapacité de nos dirigeants d’hier de combler nos espoirs. Aujourd’hui nos sentiments de fierté et de souveraineté nationale sont rudement mis à l’épreuve en nous exposant à la menace d’une tutelle. Durant ces 25
dernières années nous avons trainé dans la boue la fierté nationale. Nous avons sollicité à deux reprises la présence de l’Armée américaine sur le sol national finalement pour nous enfoncer dans les ornières des soldats de l’ONU.C’est une honte pour la Génération contemporaine de ne pas pouvoir s’acquitter de leur mission faute de civisme et de nationalisme.
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Par nos comportements bruyants, nous avons perdu le sens du devoir et du patriotisme. Nous nous obstinons à exposer le pays au danger de la tutelle au lieu de nous conformer aux lois de la République. Victime de la trahison et de l’hypocrisie de ses frères Jean Jacques Dessalines pressentait ce comportement odieux de ses fils parjures et ce triste destin pour Haïti. Lors de la Proclamation de l’Indépendance le 1er Janvier 1804 aux Gonaïves, Dessalines avait fait une déclaration fracassante et prophétique. Ecoutons-le:
« Peuple Haïtien, Rappelle-toi que j’ai tout sacrifié pour voler à ta défense: parents, enfants, fortune et que maintenant que je ne suis riche que de ta liberté; que mon nom est devenu en horreur à tous les peuples qui veulent l’esclavage et que les despotes et les tyrans ne le prononcent en maudissant le jour qui m’a vu naître. Si jamais tu refusais ou recevais en murmurant les lois que le génie qui veille à ta destinée me dictera pour ton bonheur, tu mériterais le sort des peuples ingrats. »
1804-2011, 207 ans après, la prédiction de Dessalines, comme un écho sonore, se répercute dans tous les coins et recoins d’Haiti. Par nos comportements de septembriseurs et de décembriseurs nous avons convertis le territoire national en une véritable jungle où prime la loi du plus fort. Personne ne peut dormir en paix à cause des luttes politiques intestines. Le chômage, les taudis, l’analphabétisme demeurent nos marques de fabrique. Notre taux de croissance économique pour l’exercice fiscal 2010-2011 se chiffre à -5,1 c’est à dire en dessous de zéro.
Au dernier classement du PNUD Haiti occupe la 145e place sur 162. Analysons l’évolution de l’IDH d’Haiti durant ces 6 dernières années:
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2005 |
2006 |
2007 |
2008 |
2009 |
2010 |
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0,406 |
0,407 |
0,404 |
0,406 |
0,410 |
0,404 |
Avec un IDH ou Indice de Développement Humain oscillant netre 0,404 et 0,410 c’est la stagnation Au contraire nous cheminons vers la queue quand les autres avancent.  Malgré tout, certains de nos compatriotes restent indifférents à notre situation grabataire et s’amusent encore à semer le chaos. Nous condamnons de toutes nos forces le péché d’orgueil. Pour une Haiti juste et prospère, quelle que soit votre appartenance politique, le moment est venu de serrer la main tendue par le 56e Président d’Haïti car quand le cortège de la réconciliation s’ébranle, il ne s’arrêtera pas.






