Les crises du capitalisme
  Par Romain LandryÂ
 Ma chronique mensuelle visera à résumer en langage simple les réflexions de spécialistes de diverses disciplines et dont les ouvrages sont devenus des succès de librairie.
La première chronique se veut un hommage au sociologue et théoricien marxiste américain, David Harvey, et à James K. Galbraith, éminent économiste américain, qui ont une vision humaine de l’économie. Ce texte s’inspire d’ailleurs des écrits de ces deux hommes.
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Des années Reagan aux années Bush
La droite américaine a profondément transformé les États-Unis en république-entreprise où l’économie est régie par de puissants lobbies industriels. Au début des années 1980, c’est le triomphe de TINA (There Is No Alternative) ou « On n’a plus le choix. » L’ultra droitiste, quand elle s’exprime dans la sphère politique, prône le credo idéologique de la décentralisation. Le contenu de plusieurs programmes sociaux a été tellement dilué que cela a accru la pauvreté, diminuant ainsi le pouvoir d’achat des travailleurs. Pour contrer ce problème, les néolibéraux mousseront donc l’idée de l’accès facile de l’achat à crédit.
L’apparition des cartes de crédit
Si la carte de crédit a semblé résoudre temporairement la diminution du pouvoir d’achat des consommateurs dans les pays occidentaux, elle va néanmoins tripler leur endettement au cours des trente dernières années.
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Explications de la crise actuelle du capitalisme
Un certain nombre de personnes affirment avoir trouvé des réponses à la crise actuelle du capitalisme. Leurs réponses, d’après Harvey et Galbraith, sont non seulement simplistes, elles sont surtout mensongères.
Première explication : la faiblesse humaine
Selon l’ancien président de la Réserve américaine, Alan Greenspan, la situation actuelle ne fait que refléter la nature humaine et qu’on n’y peut rien. Il s’agirait somme toute du résultat de l’instinct prédateur de l’être humain, de sa soif de pouvoir, de l’appât du gain des investisseurs, et quoi encore. D’ailleurs, plus on observe le fonctionnement de Wall Street, plus on croit à ce que qu’affirme Greenspan!
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Deuxième explication : les faiblesses institutionnelles
Pour justifier les faiblesses institutionnelles, on invoque l’argument voulant que les personnes aux commandes de la règlementation n’aient pas vu venir la crise. Les malversations du système financier leur auraient « échappé entièrement ». Galbraith estime portant qu’il appartenait à Alan Greenspan de régler ces faiblesses, mais qu’il demeure pourtant le grand responsable du naufrage financier dont a été victime l’économie mondiale.
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Troisième explication : les lacunes théoriques
Pour justifier leur insuccès, certains économistes affirment avoir été bernés par de fausses théories. Désormais, ils promettent de s’inspirer de théories économiques plus efficaces pour réglementer les marchés et les activités du monde financier. Galbraith croit plutôt que le libre marché est un mythe auquel a renoncé la droite depuis belle lurette, et que ces histoires de lacunes théoriques ne sont que des mensonges. Il estime aussi que Milton Friedman, le grand pape du monétarisme de l’École de Chicago, a joué un rôle déterminant dans la déréglementation à titre de conseiller économique du parti Républicain des États-Unis.
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Quatrième explication : L’origine culturelle
Récemment, la presse de la droite allemande affirmait que les problèmes économiques auxquels font face les Grecs seraient attribuables à leur tempérament et à leurs spécificités culturelles, d’où leurs lacunes en matière de gestion. À ce compte là , faudrait-il aussi attribuer la banqueroute de certains pays européens à de supposées tares culturelles?
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Aller au-delà du capitalisme sauvage
Quant à Harvey ─ et Galbraith semble partager le même avis ─, il estime qu’il est grand temps d’aller au-delà du capitalisme sauvage actuel, afin de permettre à tous de vivre dans un système qui serait à la fois responsable, juste et humain. Selon Harvey, le meilleur outil pour comprendre la crise capitaliste demeure l’analyse marxiste. D’ailleurs, dans Le Capital, œuvre magistrale de plus de deux milles pages, Marx démontre les contradictions internes propres à l’accumulation du capital. Galbraith, de son côté, préconise la planification économique face au laxisme et au laisser-faire des néolibéraux. Ces derniers risquent de qualifier Galbraith de bolchevik…
À l’intérieur d’un même pays, richesse obscène et misère extrême se côtoient
L’inégalité économique est flagrante en Chine et en Inde. En 2010, le fossé entre riches et pauvres ne fait que s’accroître dans ces deux pays qui comptent à eux seuls environ le tiers de la population mondiale.
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Le pouvoir excessif du monde financier
Il y a quelques années, on considérait comme obscène qu’un gestionnaires de fonds spéculatifs (trader) fasse 250 millions de profit par année. Or l’an dernier, aux États-Unis, des gestionnaires ont encaissé des profits de trois milliards par année, et cela, en dépit de la crise économique où la classe moyenne s’appauvrit à un rythme effarant. David Harvey dit qu’un tel monde n’est pas celui dans lequel il veut vivre. Et vous?
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Chez nous, que font nos politiciens dans tout ça?
À chaque élection, nos politiciens nous promettent mer et monde, affirmant sérieusement qu’une fois élus, ils régleront tous nos problèmes. Au Nouveau-Brunswick, l’économiste Donald Savoie a été l’un des premiers à tirer la sonnette d’alarme face aux centaines de promesses des partis Libéral et Conservateur.
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Harvey qualifie de foutaise (crap) le discours des politiciens. Galbraith, dans son livre L’État prédateur, va encore plus loin, affirmant que les gouvernements occidentaux détournent les fonds publics au profit d’intérêts privés.
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Le culte du marché
Selon Galbraith, la droite a renoncé au marché libre, et pourtant, cela fait plus de trente ans qu’il domine le discours politique. On préconise un État modeste, on réduit les impôts des riches, on déréglemente et on encourage le libre-échange. Est-ce bien cela le libre marché? Au contraire, il s’agit plutôt de néolibéralisme à l’état pur qui n’a aucunement solutionné la crise économique contemporaine; il a plutôt contribué à accroître la pauvreté et élargir de manière scandaleuse le fossé entre riches et pauvres.
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Les grands décideurs se réunissent
Du 30 novembre au 1er décembre prochain, politiciens et gens d’affaires du Nouveau-Brunswick se réuniront pour discuter, disons-le honnêtement, des déboires financiers des partis Libéral et Conservateur, qui frisent le milliard. La classe moyenne risque d’avoir à payer le gouffre financier de Pointe Lepreau, les malversations d’Atcon, sans oublier la saga de l’orimulsion sous Bernard Lord. Notre nouveau ministre des Finances, Blaines Higgs, prépare déjà le terrain; d’ailleurs, il a déjà précisé à la Presse canadienne que la première chose à faire sera de limiter la hausse des dépenses. Au Nouveau-Brunswick, l’éducation et la santé risquent de subir d’importantes compressions!Â
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Militantes et militants se mobilisent
Pour contrer la propagande du monde politique et des affaires, un groupe de militantes et de militants du Nouveau-Brunswick organise ─ le 27 novembre prochain, à Moncton ─ le Forum intitulé « C’est aussi notre économie ». David Harvey et James K. Galbraith sont d’avis que tous les bien-pensants doivent désormais changer entièrement leur façon de penser le politique et l’économique. C’est justement à cette réflexion que nous convie le comité organisateur du Forum du 27 novembre prochain, à Moncton.
 
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