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L’INVASION DES IMBÉCILES – L’IDIOCRATIE

14-09-2020

L’INVASION DES IMBÉCILES – L’IDIOCRATIE

par Michel Frankland

«Les réseaux sociaux ont donné le droit de parole à des légions d’imbéciles qui, avant, ne parlaient qu’au bar, après un verre de vin, et ne causaient aucun tort à la collectivité. On les faisait taire tout de suite alors qu’aujourd’hui ils ont le même droit de parole qu’un Prix Nobel. C’est l’invasion des imbéciles.»
Umberto Eco

 

 

Nous nous trouvons, comme sociétés industrielles, en situation franchement périlleuse. Elle consiste dans la distance sans cesse plus considérable entre la complexité de l’information et la nature relativement stationnaire de l’intelligence humaine.

 

Il y a un siècle, le gars pas trop doué intellectuellement avait terminé sa quatrième année. Il savait écrire. Ses fautes d’orthographe n’empêchaient pas trop de comprendre les messages simples qu’il réussissait à écrire. Il avait assimilé les maths élémentaires qui lui permettaient de mesurer sa terre. Bref, il fonctionnait raisonnablement bien.

 

Aujourd’hui, ça prend presque un secondaire pour devenir balayeur. Car justement, comme les parents votent, et que des parents imbéciles ont la fâcheuse manie d’engendrer des enfants génétiquement pas plus doués, les élus doivent ménager leurs frustrations des piètres résultats scolaires de leur progéniture. Il faut donc permettre à presque tous de passer à l’année suivante même si les notes sont insuffisantes. Si bien que les diplômes secondaires s’avèrent de plus en plus injustifiés.

 

Et les jeunes désirant étudier sont limités dans leur développement intellectuel parce que le prof doit amuser les esprits faibles, limités dans leur capacité d’attention.



Mais le problème, énorme, se trouve dans les réseaux sociaux. Puisque tout le monde peut s’exprimer, on y rencontre une vulgarité des propos et un simplisme de la pensée sans égal dans l’histoire. D’ailleurs, les fautes orthographiques et grammaticales, aussi nombreuses qu’aberrantes, illustrent l’incohérence du jugement. C’est la foire d’empoigne, la bataille de taverne mentale.

 

Spécifiquement, les sociologues ont constaté une incidence sexiste et raciste dans ces ébats grossiers. Les femmes et les noirs sont plus souvent victimes des attaques de la meute d’imbéciles.

 

Je vous soumets aussi– je m’aventure sur un terrain miné – que la musique des grandes soirées en plein air avec leurs orchestres tonitruants ravale cet art, si proche en soi de l’âme, à du martelage de poubelles. Telle intelligence, telle musique.

 

Bref, nous subissons l’assaut tout azimut des imbéciles.

Mais il a pire : l’idiocratie. 1En 1976, Carlo Cipolla, professeur d’histoire économique à Berkeley, écrit Les lois fondamentales de la stupidité humaine. Il en formule cinq lois :

1Nous sous-estimons toujours le nombre d’idiots.

 

Pourquoi ? Parce que nous sommes portés à croire que quelqu’un n’est pas idiot s’il a un bon emploi, des diplômes ou si c’est une personnalité connue. Faux.

 

2 La probabilité qu’une personne soit stupide est indépendante de toutes ses autres
caractéristiques : sexe, ethnie, âge, religion, revenus, profession, etc.

 

Bref, quel que soit le milieu, il contient un nombre fixe d’idiots. Combien
exactement ? Nul ne le sait, mais il sera supérieur à votre supposition (voir loi 1).

 

3 Un être stupide crée des problèmes pour les autres sans retirer des bénéfices
personnels pour lui.

Un voleur de banque est moralement détestable, mais il n’est pas irrationnel : il va là
où se trouve l’argent, et il ne veut pas investir temps et énergie pour l’acquérir
légalement. Comme il a une logique, on peut la comprendre et se protéger.

 

Le stupide, lui, foncera sans rationalité, sans plan, sans logique, donc sans
prévisibilité, juste parce que « ça lui tente » ou « parce que j’ai le droit ».

 

On peut donc difficilement le voir venir.

4 Les non-stupides sous-estiment toujours les dégâts que font les stupides.

 

Regardez autour de vous !

5 Les stupides sont les êtres les plus dangereux au monde.

 

Pourquoi ? Parce que leur nombre (loi 1), leur omniprésence (loi 2), leur
imprévisibilité (loi 3) et notre sousestimation (loi 4) nous laissent sans défense ou
presque.

1 L’idiocratie : je suis ici de près un article de Joseph Facal dans JdeM 200910.