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L’ÉCLAIRAGE SUR LA MANIF DE VICTO

30-09-2013

L’ÉCLAIRAGE SUR LA MANIF DE VICTO

        Par Henri-Paul Labonté, employé communautaire à la retraite               

J’ai vu que Martine Desjardins avait parlé de la Manif de Victo lors de son témoignage à la commission Ménard. Malheureusement madame Desjardins était à Québec lors de cette manif. Il serait utile, je pense, pour la commission, de recueillir des témoignages de gens présents à ce « rassemblement qui a dégénéré ». Je ne suis qu’un témoin non-étudiant parmi tant d’autres, mais voici ma version, mon analyse. Et mes suggestions.

 

Ce n’était pas un beau vendredi car il tombait des crachins. J’ai répondu à l’appel de la coalition qui s’oppose à la hausse des tarifs publics dont est membre le Collectif pour un Québec sans pauvreté dont j’ai longtemps fait partie avant de prendre ma retraite du milieu communautaire. (Ce fait me semble important car c’était loin d’être uniquement une manif étudiante).

 

Le rassemblement avait lieu au Wal-Mart, situé à quelques Km du centre des congrès où se déroulait la rencontre libérale.  La marche se faisait sur la route 116 bloquée pour l’occasion. Malgré le temps humide le climat était assez festif comme c’est souvent le cas pour ce genre de choses à Victo. Et puis il y avait eu plein d’appels au calme de la part du maire de Victo, durant la semaine précédente. (Ce climat aussi me semble être une chose importante).

 

L’entrée du Centre des congrès était protégée par quelques policiers de la SQ laquelle est officiellement la police de Victo.  Il y avait une camionnette au milieu de la route, face à l’édifice qui réunissait les Libéraux. Sa boite servait pour les personnes qui avaient des discours à faire.

J’étais le dos légèrement tourné à cet édifice, environ à 25 mètres de celui-ci et j’écoutais le discours du porte-parole du Collectif pour un Québec sans pauvreté. J’ai su après que  la SQ avait décrété, dans un porte-voie, la manif comme étant une émeute et illégale, mais de cela, je n’avais rien entendu à cause du bruit de l’hélico très près du dessus de ma tête. (Ça aussi, c’est important).

 

Je me suis retrouvé dans une foule fuyant de l’autre côté de la rue (La seule place où on pouvait aller) quand les gaz m’ont atteint en plein dans la figure. Et cela, quelques minutes seulement après m’être immobilisé pour écouter les discours. Je ne suis pas si naïf d’habitude, mais cette fois j’ai été diablement surpris. Puis j’ai repris le chemin du Wal-Mart en continuant cependant à être aspergé de gaz et  ayant de la difficulté à respirer.( Pourquoi continuer à lancer des gazs sur des personnes qui ne demandaient qu’à sortir de ce cercle infernal ?).

 

C’est certain que c’est la SQ qui contrôlait la situation. Je l’ai bien compris, en arrivant chez-moi et en ouvrant la télé à Radio-Canada. Celle-ci avait un plan bâti pour les manifs dans les grandes villes dont on retrouve les mots émeutes, casseurs, interdiction, arrestations rapides et souricières. Avait-elle l’intention d’expérimenter ce plan à Victo ? Répondait-elle à un appel du Premier ministre du Qc en agissant ainsi ? Quels liens politiques y avait-il avec les négociations qui se déroulaient à Québec avec les leaders étudiants  ?

Il y avait certainement quelques casseurs. (De côté, j’ai vu des tiraillements près des barrières du Centre des congrès). Mais il y avait beaucoup de gens pacifiques comme moi, répondant à des buts pacifiques et avec des revendications autres qu’étudiantes. Je me suis leurré, bien sûr en pensant que j’avais ce droit de faire entendre ma voix (Et dire que je n’ai même pas crié un slogan).

 

La commission Ménard n’a pas le choix de faire la lumière sur ce qui s’est passé à Victo, en ce sombre vendredi de mai.2012. Pour cela, elle doit interroger des témoins locaux de préférence,  dont des représentants de l’association étudiante du CEGEP de Victo, de la Coalition opposée à la hausse des tarifs dans les services publics, des journalistes aussi, ainsi que le maire de Victo. Si elle fait cela, elle aura beaucoup de réponses aux questions de son mandat. (Nous à Victo, on n’a rien à cacher, pas même nos politiciens et nos policiers).