LA VITRINE DE NOËL
Par Michel Frankland
Les vitrines se succédaient lentement en ce matin d’automne, alors que le peuple des commis de magasins et restaurants gagnait frileusement son lieu de travail. On jetait un regard un peu vague aux nouveautés en montre, la minceur du portefeuilles re- foulant malles désirs endormis par un budget serré. Qui sait, en calculant bien, cette robe nouvelle coupe, ces bottes de ski avec l’attelage conçu en laboratoire, que les spots publicitaires…
Une des vitrines était dégarnie. Un individu s’y tenait, immobile. Il y eut quelques sourires à peine esquissés. L’image du penseur de Rodin effleura l’esprit d’un vieil immigrant d’Europe centrale.
Le lendemain, l’individu était encore là . Des esprits malicieux conclurent qu’on l’avait gelé là pour le punir. Un mauvais employé ! – version canadienne des procès publics dans la Chine de Mao. Les plaisanteries s’amplifiaient au fil des jours. On parlait du mannequin vivant, qu’il fallait voir. Les médias, persuadés de la nature publicitaire de l’attraction, se gardaient bien d’intervenir. Pourtant, la foule augmentait chaque jour; des employés se firent semoncer pour leur retard « à cause de 1 ‘homme de la vitrine ».
Les policiers ne trouvaient plus drôle du tout cet attroupement qui congestionnait la rue Ste-Catherine. Un appel du responsable du poste de police du district n’avait provoqué qu’une réaction assez vague du gérant de l’établissement: On rénovait les vitrines… Le chef de police de la ville, malgré le ton officiel et grave qu’il avait cultivé pour mieux atteindre sa fonction, n’obtint pas de résultats plus encourageants. Le gérant verrait. Un homme dans la vitrine? Cet homme avait-il commis un crime? On s’énervait pour rien, le flic en chef devrait peut-être consacrer plus d’énergie à appréhender les criminels.
Un crime! L’état-major policier était sur le point de procéder à l’exécution d’un plan centré sur l’appréhension du mannequin vivant « pour avoir troublé la paix », lorsqu’un journaliste eut vent de l’affaire et en fit un scoop. Le mannequin fut sauvé par
l’indignation populaire, courroucée par des méthodes aussi peu démocratiques – brouhaha qu’alimentèrent les groupuscules marxistes.
L’affaire du mannequin vivant envahit les médias, elle devint bientôt l’attraction touristique par excellence, des journalistes étrangers décrivant, sur tous les écrans du monde, les foules attroupées, les rues bloquées, la joie des commerçants du centre- ville. Aucun politicien n’omettait, dans ses interventions, d’utiliser l’événement à ses fins politiques. Le parti au pouvoir était indifférent à la population «comme le mannequin vivant », l’opposition s’égarait « comme un homme perdu dans une vitrine »…
Même des représentants à l’ONU parlaient du gel des relations« comme des gens figés dans des vitrines ». Le bruit courait même que le Pape songeait à utiliser l’événement dans une encyclique en préparation.
Puis, un jour, l’homme disparut. Une montre conventionnelle l’avait remplacé. Du coup, ce fut l’affolement. Montréal allait perdre cette « tour de Pise », ce génial trucage qui avait valu au gérant de la boîte des offres alléchantes des plus gros magasins américains.
On était bien. On était la ville créatrice. On s’était d’abord senti un peu demeuré de par son origine montréalaise sur les plages de Floride ou dans les capitales européennes. Mais maintenant, après avoir parlé québécois un peu plus fort que de coutume dans les centres commerciaux de Miami Beach, on se dégonflait. Tout rentrait dans l’ordre, avec la hiérarchie discrète et serrée que l’argent établit entre les gens.
Le petit peuple des commis reprit ses préoccupations habituelles. D’ailleurs, Noël approchait.
Michel Frankland
site de bridge jugé incontournable par les experts
http://pages.videotron.ca/lepeuple/
____________________________________________________________
Christine Schwab
psychologue compétente et extrêmement honnête avec ses clients
(pas de prolongation inutile de traitement)
www.cschwab.net
____________________________________________________________
Henri Cohen
Un expert en pollution domestique et industrielle,
www.coblair.com






