Haïti à la veille d’une explosion
Par Jean Erich René         Â
Une bombe n’est autre que l’assemblage d’éléments disparates qui, à froid, ne présentent aucun danger, mais il suffit d’une étincelle pour communiquer le feu à la charge et provoquer sa détonation. Cette allégorie illustre clairement l’atmosphère de l’échiquier politique haïtien en cette fin d’année. Les Frères ennemis  se regardent en chiens de faïence c’est à dire avec une hostilité voilée. Le Président Michel Joseph Martelly a tenté de mettre un bémol en lançant la stratégie de la réconciliation. Il a visité respectivement chaque acteur sans pouvoir les réunir autour de la même table et obtenir un consensus. Sa démarche est un coup d’épée dans l’eau. D’ailleurs il n’a pas non plus l’étoffe pour créer les conditions indispensables à cette délicate fusion. Au contraire, mine de rien, la fission se précise de jour en jour. Les contentieux sont trop larvés pour être réglés à l’amiable. Il n’y a pas de réconciliation sans le pardon ni au préalable la rémission des péchés. Pour bien comprendre le jeu politique en cours et pronostiquer l’issue du match plaçons le ballon au centre en simulant l’affrontement des Partis Politiques en place. D’ores et déjà les symptômes sont caractéristiques d’un cafouillage.
Au prime abord le Président Michel Martelly est un accident historique. Il n’a jamais été mêlé ni de près ni de loin aux rouages de la machine politique haïtienne qui risque de le broyer avant la fin de son mandat. Son plus grand problème c’est son ennui entre les 4 mûrs du Palais National puisqu’il n’a rien à faire. Aussi cherche-t-il la moindre occasion pour s’en évader en devenant un véritable pigeon voyageur. Lié comme un crabe, il ne sait plus comment se démerder dans cette galère. Tout l’agace ! Par ses sautes d’humeur il vide tout le contenu de son fiel sans tenir compte du lieu ni de son environnement. L’affaire Arnel Bélizaire, la goutte d’eau qui a fait déborder le vase, illustre bien la position vraiment critique du 56e Président d’Haïti. Tel est pris qui croyait prendre! En lançant l’ordre d’arrestation du Député du Nord, il ne s’attendait pas à une situation aussi embarrassante l’obligeant à jeter du leste pour éviter de faire une voie d’eau et rester à la surface.
A la veille du renouvellement du 1/3 du Sénat et de la Chambre des Députés, il a brandi le levier des élections pour faire reculer de manière spectaculaire les dissidents des deux Chambres à la grande stupéfaction des observateurs non avertis. La politique est beaucoup plus un art qu’une science. Avec une mentalité propre au sous-développement on n’arrivera jamais à cerner toutes les variables. La politique du béton est la Règle d’Or mais elle a aussi ses désagréables surprises. En prenant la décision sans appel de garder les Maires, le Bœuf vient d’assener un mortel coup de cornes en pleine face aux Parlementaires. La plupart de nos Édiles sont des Élus de l’INITE c’est à dire leurs adversaires politiques déclarés. En filigrane, avec la décision du Président de garder les Maires à leurs places, la réélection de certains Parlementaires est quasi impossible. Le Président Michel Martelly s’est aliéné une frange importante des acteurs politiques qui ont une capacité de nuisance extraordinaire. D’ailleurs comme on peut le constater, la division des camps politiques commence à se préciser. Déjà on parle de 4 Grands Blocs en minimisant Repons Peyizan. En effet, de sa prestation de serment jusqu’à nos jours, le Gouvernement de Joseph Martelly n’a posé aucun acte digne d’être applaudi. Au contraire les faits les plus banaux, sous les gouvernements précédents tels que: distribuer des cadeaux aux enfants, donner des vêtements aux pauvres etc., nécessitent aujourd’hui le déplacement du Couple Présidentiel. Malgré tout, ces tentatives échouent piteusement, par manque d’organisation. Avec un tirage de 400 millions de gourdes, on ne sait pas comment venir en aide aux masses. Alors que vaut ce Gouvernement ? Que peut-on espérer du reste de son mandat?
La présence de Garry Conille n’est d’aucun concours, On assiste au dysfonctionnement de l’Appareil d’État. Le début de l’année 2012 lui
sera très difficile. Entretemps Jean Bertrand Aristide ne chôme pas. Lavalas vient de fêter son anniversaire. Un fait insolite, le Secrétaire Général A Vie du Parti ne s’est pas présenté aux cérémonies de commémoration du 16 décembre. Il préfère pousser son épouse à l’avant-scène politique. Comprenne qui pourra! Constitutionnellement un Président ne peut pas accomplir plus que deux mandats. Il est imprudent et même dangereux de mépriser un lion étendu sur le sol croyant qu’il est mort tandis qu’il dort. Un simple sursaut suffit pour nous rendre à l’évidence. Malheureusement il sera trop tard. Que dire des frères Marassa dans un concert de casseroles pour mettre la nation en émoi et rééditer leurs récents exploits.
Le parrainage de la Promotion Robert Blanc de l’École de Droit et des Sciences Économiques des Gonaïves par Jean Claude Duvalier a mis en émoi toute la bassecour. Le charme qui se dégage de son discours et le prestige que reflète sa personnalité lui restituent l’aura de ses
heures de gloire d’antan. Son allusion à Jean-Robert CIUS, Michelson MICHEL et Daniel ISRAEL, assassinés lâchement en vue de révolter les esprits afin de précipiter son départ, a brassé pas mal de souvenirs. Il a préféré partir pour l’exil, au lieu de réprimer dans le sang ce soulèvement ourdi par un Ministre d’État qui lorgnait le fauteuil présidentiel. La veille, il a eu la vie sauve à la Rue Bonne Foi grâce à ses talents de cascadeur. Son principal agresseur, fils parjure de la Révolution, au lendemain du 7 février circulait avec fierté dans les rues de Port-au-Prince avec cette mention imprimée sur son T-shirt : « Le premier des déchouqueurs ». Tous ces coups bas mis ensemble dans le contexte politique actuel rappellent le TNT ou Trinitrotoluène. Haïti est à la veille d’une explosion.






