La laïcité en question -2  Â
Les méfaits subtils et dévastateurs du multiculturalisme
  Par Michel Frankland
Dans le premier des deux articles, nous avons rappelé une évidence escamotée par plusieurs. Un bon nombre, en effet, rappellent la priorité absolue de leur conviction religieuse pour justifier la présence des signes religieux au travail. Le sophisme est pourtant assez grossier. L’État ne nous empêche pas d’avoir  vos convictions religieuses ; il rappelle simplement qu’elles doivent être exercées à des endroits appropriés. Quand vous êtes au travail, votre fonction essentielle consiste à interagir avec des clients et collègues EN TANT QUE TRAVAILLEURS. Le fait d’afficher EN MÊME TEMPS vos convictions religieuses constituent une confusion regrettable des fonctions. Car vos atours religieux ne sont ni neutres ni innocents. Ils affichent une foi intime qui peut facilement heurter collègues et clients. C’est en ce sens que le bon sens populaire, inspiré par l’expérience, conclut avec raison que les trois sujets à  éviter en groupe sont le sexe, la politique et la religion. Chacun, en effet, connote l’intimité. La pudeur, toujours nécessaire, doit s’exercer ici avec rigueur. Bref, comme nous le rappelions dans le premier article en citant Jésus : «Rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu.»
Les Indépendantistes, du moins le groupe au pouvoir,  insistent pour que les religions ne viennent pas jouer dans ses plates-bandes, car le socialisme vise la création collective de l’homme parfait, soit le Citoyen. Nous l’avons rappelé dans le premier article sur la laïcité. Mais le fédéralisme n’est  pas en reste. Plus subtil, il n’en est que plus dangereux. Son arme, le multiculturalisme. Il s’agit de favoriser la fonction «melting pot». Tout se vaut, et réciproquement ! Tout est affaire de perception personnelle. Vous êtes d’obédience sikh, vous aurez droit au turban dans l’action policière. Il y avait 28 % de francophones au Canada. Ils valaient 28 % de l’influence. Ils sont  maintenant 24 %. Ils ont donc 4 % de moins d’influence. Tout ce quantifie, tout est poreux. Ainsi des religions. Elles se dissolvent dans l’univers canadien. Porter ce que vous voulez au travail, pourvu qu’on puisse voir votre visage.  En somme, on évacue une composante fondamentale à la vitalité du tissu social : l’histoire de la nation. Et je l’entends ici particulièrement de la nation québécoise, par sa situation fragile dans le flot anglophone de l’Amérique. L’histoire a tissé des pratiques, des coutumes, une forme de sensibilité dans lesquelles nous nous enracinons et qui permettent l’identité collective vitale à la santé sociale.
En effet, le fédéralisme croit aussi à la primauté du citoyen. Mais d’une autre façon que le socialisme. Au sens où chacun définit pour soi ce concept. On constate ici l’influence du mens anglo sur cette conception.  Certains ont vu l’inférence : le multiculturalisme marquera bientôt la fin de la nation québécoise. Car le multiculturalisme, prônant l’égalité de chaque culture, ne peut déterminer  que par le nombre de membres d’une ethnie leur influence socio-politique.  Pourtant, les peuples européens, malgré l’avantage de plusieurs siècles d’enracinement, abhorrent maintenant le multiculturalisme puisqu’ils en ont subi la perverse influence sur le tissu social. Car ils en ont souffert la conséquence automatique, soit la formation des ghettos, et, partant, la destruction de l’esprit civique et l’ingouvernabilité.
Mais au niveau religieux, le multiculturalisme estime que la prolifération des accoutrements liés aux divers croyances, incluant l’option athée, finiront par se contrebalancer et permettront à l’État, fort de ce tour apaisant de passe-passe politique, de  gouverner en paix. C’est un remake moderne du principe du pouvoir romain d’antan : «Divide et impera.» Divise et règne. Crée l’émulation chez les diverses tendances vers l’absolu, et elles finiront par s’annuler. D’ailleurs, la foire commerciale de la modernité, culminant dans la Mondialisation, n’est-elle pas en train, comme le montrent les statistiques, d’éloigner de la foi maints individus maintenant trop  occupés à leur bien-être personnel et familial pour investir plus qu’un surplus symbolique à leur religion…
Une autre conséquence troublante de la destruction de l’unité nationale, qu’on l’entende pour le Québec ou pour le Canada, consiste dans les intrusions déraisonnables des fêtes des diverses pratiques religieuses dans les horaires de travail. On concède des lieux de prière, et donc des créneaux horaires pour la prière, lesquels, d’après plusieurs témoignages, s’étirent souvent de quelques minutes additionnelles rognées sur le travail. De même pour les fêtes «officielles» de ces cultures qui viennent de débarquer chez nous et que nous avons accueillies avec largesse et magnanimité. Informez-vous auprès des Commissions scolaires et des entreprises connues au sujet de ces compromissions propres à engendrer une fragmentation sociale dont nous n’avons pas le courage de considérer les avenirs rocailleux qu’elles annoncent inévitablement. Un autre congé pour la Fête du Mouton avec ça ?…
La conclusion de ces deux volets analytiques est limpide : L’ÉTAT DOIT INTERDIRE LES SIGNES RELIGIEUX SUR LES LIEUX DE TRAVAIL. À moins, évidemment, qu’ils soient discrets, comme par exemple certains petits objets de cette nature fixés à un collier.
Mais cette charte est-elle vraiment applicable ? C’est ce que nous verrons dans le troisième et dernier article sur la question de la laïcité.






