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La laïcité en question -2

03-02-2014

La laïcité en question -2   

Les méfaits subtils et dévastateurs du multiculturalisme

    Par Michel Frankland

Dans le premier des deux articles, nous avons rappelé une évidence escamotée par plusieurs. Un bon nombre, en effet, rappellent la priorité absolue de leur conviction religieuse pour justifier la présence des signes religieux au travail. Le sophisme est pourtant assez grossier.  L’État ne nous empêche pas d’avoir  vos convictions religieuses ; il  rappelle simplement qu’elles doivent être exercées à des endroits appropriés. Quand vous êtes au travail, votre fonction essentielle consiste à interagir avec des clients et collègues EN TANT QUE TRAVAILLEURS.  Le fait d’afficher EN MÊME TEMPS vos convictions  religieuses constituent une confusion regrettable des fonctions.  Car vos atours religieux ne sont ni neutres ni innocents. Ils affichent une foi  intime qui peut facilement heurter collègues et clients.  C’est en ce sens que  le bon  sens populaire, inspiré par l’expérience,  conclut avec raison que les trois  sujets à  éviter  en groupe sont le sexe, la politique  et la religion. Chacun, en effet, connote  l’intimité.  La pudeur, toujours nécessaire,  doit s’exercer ici avec  rigueur. Bref, comme nous le rappelions dans le premier article en citant Jésus : «Rendez à César ce qui  est à César, et à Dieu ce qui  est à Dieu.»

Les  Indépendantistes, du moins le groupe au pouvoir,   insistent pour que les  religions ne viennent pas jouer dans  ses plates-bandes,  car le socialisme vise  la création collective  de l’homme parfait, soit le Citoyen.  Nous l’avons rappelé  dans le premier article sur la  laïcité. Mais le fédéralisme  n’est   pas en  reste. Plus subtil, il n’en est que plus dangereux. Son arme, le multiculturalisme.  Il s’agit de favoriser la fonction «melting pot».  Tout se  vaut, et réciproquement !  Tout est affaire  de perception personnelle.  Vous êtes d’obédience sikh,  vous aurez droit au turban dans l’action policière.  Il y  avait 28 % de francophones  au  Canada. Ils  valaient  28 % de  l’influence. Ils sont  maintenant 24 %. Ils ont donc  4 % de moins d’influence. Tout ce quantifie, tout est poreux. Ainsi des religions.  Elles se dissolvent dans l’univers canadien. Porter  ce que vous voulez au  travail, pourvu qu’on puisse voir votre visage.  En somme, on évacue  une composante fondamentale à la vitalité du tissu social : l’histoire de la nation. Et je l’entends ici  particulièrement de la nation québécoise, par sa situation fragile dans le flot anglophone  de l’Amérique. L’histoire a tissé des pratiques, des coutumes, une forme de sensibilité dans lesquelles nous nous enracinons et qui permettent l’identité collective vitale à la santé sociale.

En effet, le fédéralisme croit aussi  à la primauté du citoyen.  Mais d’une autre façon que le socialisme.  Au sens où chacun définit pour soi ce concept. On constate ici l’influence du mens anglo sur cette conception.  Certains  ont vu l’inférence : le multiculturalisme marquera bientôt la fin  de la nation québécoise. Car le multiculturalisme, prônant l’égalité de chaque culture,  ne  peut déterminer  que par le nombre de membres d’une ethnie leur influence socio-politique.  Pourtant, les  peuples européens, malgré l’avantage de plusieurs siècles d’enracinement, abhorrent maintenant le multiculturalisme puisqu’ils en  ont subi la perverse  influence sur le tissu social.  Car ils en ont souffert  la conséquence automatique, soit la formation des ghettos, et,  partant, la destruction de l’esprit civique et l’ingouvernabilité.

Mais  au niveau religieux, le multiculturalisme estime que la  prolifération des accoutrements liés aux divers  croyances, incluant  l’option athée, finiront par se contrebalancer et permettront à l’État, fort de ce tour apaisant  de passe-passe politique, de  gouverner en paix. C’est  un  remake moderne du principe du pouvoir romain d’antan : «Divide et impera.» Divise et règne. Crée l’émulation  chez les diverses tendances vers l’absolu, et elles finiront par s’annuler. D’ailleurs, la foire commerciale de la modernité, culminant dans la Mondialisation, n’est-elle pas en train,  comme le montrent  les statistiques,  d’éloigner  de la foi maints individus maintenant trop  occupés  à leur bien-être personnel  et familial  pour investir plus qu’un surplus symbolique à leur religion…

Une autre conséquence troublante de la destruction de l’unité nationale, qu’on l’entende pour le Québec ou pour le Canada, consiste dans les intrusions déraisonnables des fêtes des diverses pratiques religieuses dans les horaires de travail. On concède des lieux de prière, et donc des créneaux horaires pour la prière, lesquels, d’après plusieurs témoignages, s’étirent souvent de quelques minutes additionnelles rognées sur le travail. De même pour les fêtes «officielles» de ces cultures qui viennent de débarquer chez nous et que nous avons accueillies avec largesse et magnanimité. Informez-vous auprès des Commissions scolaires et des entreprises connues au sujet de ces compromissions propres à engendrer une fragmentation sociale dont nous n’avons pas le courage de considérer les avenirs rocailleux qu’elles annoncent inévitablement. Un autre congé pour la Fête du Mouton avec ça ?…

La conclusion de ces deux volets analytiques est limpide : L’ÉTAT DOIT INTERDIRE LES SIGNES RELIGIEUX SUR LES LIEUX DE TRAVAIL. À moins, évidemment, qu’ils soient discrets, comme par exemple certains petits objets de cette nature fixés à un collier.

Mais cette charte est-elle  vraiment applicable ? C’est  ce que nous verrons dans le troisième et dernier article sur la question de la laïcité.