Adieu confrère » / Me Serge H Moise

« Adieu confrère »

       La nouvelle est tombée comme une tornade dans le monde de la basoche tant haïtienne qu’étrangère. Ce n’est pas possible disent toutes les lèvres, c’est sans doute un de ces canulars dont les compatriotes sont si friands.
       Nous avons bien connu l’honorable juge Jean Serge Joseph, et bien avant qu’il ne rejoigne la judicature. Il a poursuivi de brillantes études dans la belle province de Québec et décida de retourner au bercail, histoire d’apporter sa contribution au relèvement de son pays.
       En deux mille six, il nous faisait parvenir une correspondance, manifestant son désir de s’associer à notre cabinet dont l’image et la réputation lui plaisaient nous disait-il. Nous avions immédiatement acquiescé à sa demande, sauf qu’entre temps le gouvernement d’alors sollicita ses services à titre de substitut du commissaire du gouvernement. Il accepta l’offre et depuis s’est consacré avec compétence et intégrité à ses fonctions de magistrat debout et par la suite, magistrat de siège jusqu’à cette date fatidique.
       De l’avis de tous et des juristes en particulier Me Jean Serge Joseph s’est toujours révélé un modèle, au même titre que l’actuel doyen du tribunal de première instance de Port-au-Prince, l’honorable Raymond Jean Michel.
       Nous sommes profondément touché par sa mort tragique et espérons que toute la lumière soit faite autour de ce qui semble être une catastrophe humaine.
       La rumeur persistance soutient que le magistrat aurait participé, bien malgré lui, à une réunion secrète tenue au cabinet Lissade , qu’à la suite et conséquemment à cette rencontre, il aurait succombé à un (ACV) accident cérébro-vasculaire.
       D’ici à ce que toute la lumière soit faite autour de cet incident apparemment scabreux, nous vivons un dilemme à triple dimension.
       En effet, Me Louis-Garry Lissade, ami d’enfance à Pétion-Ville, personnalité connue et respectée, ancien bâtonnier au barreau de Port-au-Prince, ancien ministre de la justice a démenti avec véhémence qu’une réunion se soit tenue en son cabinet.
       Notre collègue et ami Me Samuel Madistin, personnalité également connue et respectée,  notre condisciple de promotion à la faculté de droit et des sciences économiques de l’Université d’État d’Haïti, brillant avocat, ancien député, ancien sénateur de la république, soutient le contraire avec autant de force et annonce publiquement vouloir déposer une plainte formelle par devers le parquet de la juridiction concernée, dénonçant ce qui selon lui serait un assassinat politique.
       C’est l’impasse, la politique a ses exigences mais la vérité a également ses droits. Rappelons que  « les défaites du droit sont toujours provisoires ».
      Aux États-Unis d’Amérique la cour de l’État de la Floride vient de soulever l’ire d’une importante frange de la société, laquelle colère a déjà débordé les frontières américaines. Le jury a acquitté le sieur Zimmerman, accusé d’avoir froidement assassiné un jeune afro-américain âgé de dix-sept ans.
       En Haïti, l’affaire Jean Dominique traine toujours. On chuchote à peine des dossiers Brignole Lindor et Jacques Roche. On ne parle plus de Me Durand R. Jeanty, de Me Albert Mclembert, de Sylvio Claude, encore moins de l’honoranle juge Hugues St-Pierre, magistrat de la juridiction des Gonaïves, convoqué, il y a quelques années au ministère de la justice et qui trouva la mort en retournant chez lui dans des conditions non élucidées aujourd’hui évidemment.
       Pour ces quelques cas ci-dessus mentionnés et quantité d’autres hélas, la malice populaire dit avec un sarcasme amer : « L’enquête se poursuit ».
       Les desseins de Dieu étant impénétrables, il y a lieu de présumer que sa justice doit l’être autant.
       Nous présentons donc à Rachelle Acelat, l’épouse de notre ami et confrère, Me Jean Serge Joseph, à ses cinq enfants, à ses parents, amis et alliés, à la judicature haïtienne, à la basoche en général et à la république tout entière nos plus sincères condoléanes.
       Que la terre lui soit légère.
        Commentaire :
Cher Monsieur Éternel,
Après avoir lu votre article <<Le juge Jean-Serge Joseph: une référence patriotique et antidictatoriale>>, je me permets de vous adresser quelques mots.
J’aimerais bien vous remercier pour cette belle image du personnage qui contribuait au renforcement de la démocratie. Étant Polonaise, je suis émue par cet exemple formidable de lutte pour le bien de la patrie. Je le trouve vraiment encouragant comme modèle d’attitude aussi bien pour mes compatriotes que pour d’autres gens pour qui la liberté est une des valeurs principales. Vu mon âge (20 ans), je suis fascinée par votre exemple d’homme qui suivait ses idées- cela me donne de la force pour suivre les miennes. Je me sens convaincue qu’une seule personne peut avoir une énorme influence sur la situation du pays entier. D’autant plus si elle a des amis autour d’elle.
La Pologne est aussi un pays où la démocratie est encore trop jeune pour fonctionner correctement. Je vais alors faire circuler votre texte en Pologne pour encourager les Polonais à créer un pays libre et démocratique.
Veuillez agréer, Monsieur, l’expression de mes sentiments les plus sincères.
Amicalement,
Weronika Iljasow
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