Montréal

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Le complexe de la spontanéité

20-08-2013

Le complexe de la spontanéité

   Par Michel Frankland               

Vous avez sûrement remarqué comme certaines émissions télé avec animateur et invités sont vivantes… et énervantes.  Vous voulez écouter l’excellente intervention d’un invité…  Mais elle  est régulièrement interrompue. Et vous allez ainsi d’interruptions en interruptions, tiraillés entre l’intérêt du sujet et l’agacement de ces coupures de parole.

La riposte à cette critique téléphonée au réseau fautif est rapide, assurée et vous laisse entendre, o combien gentiment,  que vous faites partie des demeurés, loin du BCBG. Car la spontanéité, signe tout ensoleillé de la créativité, implique que vous révéliez tout de suite la décoction intime de votre génie. D’ailleurs, remarque avec un contentement qui roucoule dans la gorge de la personne qui vous apprend les arcanes des communications, ce style vivant provoque les meilleures cotes d’écoute.

En réalité, les cotes d’écoute découlent de l’intérêt du sujet et de la qualité des intervenants. Un exemple fort probant : Peter Mandsbridge reçoit périodiquement des intervenants politique de la plus solide notoriété – dont Chantal Hébert, fort respectée des téléspectateurs québécois. Ici, nous profitons d’un ton posé, réfléchi. Aucune interruption. Nous suivons à tête reposée un échange politique du meilleur cru.

Les défauts, c’est bien connu, sont les excès de nos qualités. Le Québec est créateur, un naturel en arts, ceux de la scène en particulier. Nos intervieweurs se conçoivent donc comme des acteurs. Ils doivent faire un bon show. Si bien qu’ils considèrent leurs invités comme des faire valoir. Ils font leur spectacle au moyen de ceux-ci.  Le plus spectaculaire m’apparaît  Jean Barbe.  Le monsieur a gagné des prix littéraires. Il a le droit d’imposer son moi… On ne peut rater davantage des interviews que par cette attitude du moi enflé ! Dommage, les invités m’apparaissent d’un niveau tout à fait respectable. Mais je quitte à regret, après quelques minutes, frustré par les interruptions de l’homme-orchestre.

Autre spécimen casse-pieds à MTV : Coallier fils. Ici, les interruptions n’ont pas le caractère ronflant de Barbe, mais ils marinent généralement dans l’inutilité.

Heureusement, il y a une exception de taille. Louise Deschatelets, par qui j’ai eu le plaisir d’être interviewé à deux reprises, allie les attributs de fond de l’animation parfaite. Attentive à l’invité, détendue, unissant naturellement chaleur humaine et respect. Elle possède cet art de saisir au bond la fin d’une phrase et présente à son hôte une question pertinente, toujours reliée à sa dernière prise de parole.  Intelligence, maturité des sentiments, bonté naturelle, elle saisit l’autre et l’amène à révéler ce qui intéressera à coup sûr les téléspectateurs, mais sans orienter l’invité vers des révélations qu’il regretterait plus tard.

Mandsbridge et Deschatelets, nos deux champions de l’entrevue.

Mais creusons davantage les racines plus profondes qui animent les entrevues-prétextes.  J’y trouve un défaut de la gauche. Ce spectre de la politique se situe au pôle du rêve, des «belles et grandes choses». Dans notre contexte, l’angélisme de la gauche triomphe. Un peu à la manière de Jean-Jacques Rousseau et sa théorie du bon sauvage (l’homme naît bon ; c’est la société qui le corrompt), il est approprié, dans ce monde idéal, de lâcher la bride à ses instincts créateurs. La spontanéité des échanges s’inscrit dans ce sillage. L’échange doit être «tout chaud», tout bon sauvage. Le docteur Spock, l’éducateur qui avait pignon sur rue, prônait ce rapport ailé entre parents et enfants… et son fils s’est suicidé ! Bref, l’attitude de gauche ne veut pas ternir par l’analyse  et l’écoute attentive le primesautier de son authenticité.

Dans nos relations de tous les jours, on retrouve, bien qu’à un niveau beaucoup plus terre à terre, cette fausseté des relations. «Bonjour, comment ça va ?» Vous avez remarqué que très souvent on n’écoute même pas la réponse. J’y suis allé un jour d’une réaction saugrenue : «J’ai deux cancers.» Si l’affirmation avait été véridique, elle avait de quoi provoquer la réaction qu’on imagine ! Du tout, l’autre a continué son chemin. Il n’avait rien écouté. Chez les agents d’assurances, LA question est rituelle. J’ai répondu à l’assureur : «Qu’est-ce que vous voulez !» Et, devenu après deux rencontres un peu plus familier, j’ai été beaucoup plus clair : «Achale-moi pas avec tes questions bidons !»Bref, on retrouve ici aussi le complexe de la spontanéité, mais à un niveau bien piètre. Le principe, cependant,   s’avère le même : on affirme sans écouter.

Nous irons plus avant dans ce sujet dans un prochain article. Nous considérerons l’art de l’écoute, aussi nécessaire que rare.

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