Montréal

Nouvelles

Éloge de la platitude

30-10-2012

Éloge de la platitude

              Par Michel Frankland        

                              Pendant que des mortels, la multitude vile
                              Sous les fouets du plaisir, ce bourreau sans merci

Ces deux vers de «Recueillement» de Baudelaire font échos à l’avertissement de Blaise Pascal : «Nous sommes pleins de choses qui nous jettent à l’extérieur de nous-mêmes.» Car la fuite tout recueillement  bat son plein. Nous vivons dans le cirque des distractions.  Le pain et les jeux, jadis réclamés par la plèbe de Rome, prend dans la modernité  d’autres noms.  Spectacles de toutes sortes, en salle ou à la télé, constituent nos loisirs une fois le boulot terminé.

Nous ne sommes pas des moines. Je ne prêche pas la vie recluse. Je ne prêche rien. Je constate simplement que plusieurs utilisent ces spectacles comme une compensation.  Ils ne vivraient pas vraiment s’ils en étaient privés. Ils souffriraient un manque – comme on dit d’un drogué qu’il est en manque –  s’ils devaient se départir de leur compte Facebook ou s’ils ne pouvaient remuer leurs doigts sur leur Hi-Pad.

Je trouve déplorable ce réseau compensatoire. Il en éloigne plusieurs du cheminement vers soi-même.  Cette affirmation semblera sentencieuse à certains. Il n’est pas de formule bonbon pour rappeler les devoirs envers soi-même, encore moins du respect dû à ce qui se passe loin au fond de nous. Bref, je ne trouve pas de dialogue fécond chez  la majorité entre les «sorties», nécessaires pour chacun, et l’«entrée» en soi-même.  Chacun se fait des réflexions,  certaines fécondes sûrement, sur les événements artistiques. Mais ces mûrissements personnels se marient souvent avec le journal à potins et autres bavardages. On veut s’étourdir, souvent dans la musique tonitruante, fascinés par l’artiste qui se démène en arpentant, micro en main, une scène bondée d’instrumentistes à hauts décibels. Bref, on veut à toute force sortir de la «platitude».

On veut sortir du silence. Car une large part ne croit plus à rien. Une connaissance se divorce.  Je lui signale que sa fille en a fait une crise délirante, signe évident de son désarroi.  Ça le laisse indifférent ? «Je ne crois plus à rien. Alors de m’occupe de moi.» De lui-même.  De Ses désirs. De Ses appétits.  Dostoievski  nous rappelait que «Si Dieu est mort, tout est permis.»

Car le problème est métaphysique. À partir du moment où on n’a plus de référence morale autre que soi-même, on risque grandement de s’arranger un système de valeurs qui n’a d’autres buts que soi-même.  Je connais cependant des individus non-croyants dont les fondements moraux m’apparaissent de qualité. Mais j’estime qu’ils planchent sur les vertus chrétiennes dont ils sont issus. Un de mes anciens étudiants, cinéaste connu,  se définissait récemment comme «un athée chrétien». Mais plus disparaît cet héritage, plus on me  répondra comme ce collègue professeur de psychologie qui me confiait : «La morale, pour moi, ça  se résume à ‘je ne te fais pas de mal, ne m’en fais pas non plus ‘.»

Nous devenons  conséquemment des proies faciles pour tous les gourous et religions qui débarquent chez nous et nous proposent leurs trucs pour satisfaire ce besoin d’absolu  que nous avons galvaudé dans nos éparpillements.

Il n’y a pas de chemin spectaculaire vers soi-même. Se rejoindre implique une certaine ascèse.  On ne peut se vautrer dans les plaisirs de toutes sortes et se retrouver. Je sais, pour en avoir fréquenté, que les moines dans le silence des cloîtres sont autrement plus comblés que les accrocs à la roulette des distractions variées.

 Leur superficialité m’apparaît procéder d’une relation dialectique cause-effet avec les sbires qui manipulent la mondialisation. Il s’avère opportun pour les magnats de la finance que les consommateurs soient le plus vides possible intérieurement pour mieux, triste jeu de mots, vider leurs porte-monnaie. Moins d’autonomie intérieure, moins de résistance.

On peut rappeler la mélasse des évasions  de soi dans le multicolore des myriades des distractions que les annonceurs de toutes sortes nous proposent ; on ne peut facilement parler de ce qui nous est le plus intime : la présence de l’infinie tendresse, paix et joie de l’Esprit de Dieu qui habite au fond de nous. Mais ce cheminement  vers l’Esprit  se fait dans le silence de l’adoration.

Mais cette  intimité avec soi-même s’épanouit naturellement dans la vie familiale. C’est le réseau le plus naturel et le plus fructueux.  La famille constitue l’incarnation de la présence spirituelle dans notre quotidien.  Les relations familiales, pour les excités des sorties, apparaissent ternes et usées ;  elles sont au contraire le visage concret de la tendresse de Dieu. Et c’est symétriquement par la  vie  intérieure qu’on redécouvre le joyau qu’est la famille. C’est en ce sens aussi que je fais l’éloge de la platitude.

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