Montréal

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La grande clarté

23-10-2012

La grande clarté

                  Par Michel Frankland

On rappelle dans certains écrits la nécessaire unité de l’être humain. L’unité doit rejoindre et harmoniser les cercles concentriques qui nous définissent. Unité avec soi-même, avec sa famille, ses amis, sa ville, sa nation, la planète. Fort bien. Tous s’entendent là-dessus. Il y aurait cependant des tomes à écrire sur la complexité de ces niveaux d’interaction. Mais ce n’est pas notre propos ici.

Je veux plutôt rappeler et explorer avec vous une autre dimension de l’unité dont nous venons de nous entendre sur les niveaux qu’elle comporte. Cette autre dimension s’avère aussi fondamentale que souvent ignorée. Il s’agit du temps. Et elle est particulièrement défaussée dans une des plus vastes catégories, celle de la nation ou groupe ethnoculturel.

Ainsi, le Québec a vécu un grave traumatisme dont certains ont commencé à se rendre compte récemment. Il s’agit de la césure historique opérée par la révolution tranquille. À partir du moment où on se coupe d’une tranche de notre passé, on devient un amnésique collectif. Vous avez vu de ces films où le personnage principal a subi un choc qui oblitère son passé. On le voit vivre l’angoisse de tenter d’entrer par la porte de son être profond, mais sans la clé pour ce faire. La situation diffère quelque peu de la nôtre parce que nous sommes peu conscients de cette séparation de nous-mêmes. Nous avons réglé le cas : ce qui précédait la révolution tranquille amorcée vers 1960, c’était la grande noirceur.

Effectivement, le simplisme et le caractère global du rejet ressemble étrangement à ce que les psys ont identifié comme le refoulement. On a, sans analyse et sans nuances, rejeté quelques siècles d’histoire. Des hommes et des femmes y ont aimé, défriché, trimé dur pour apprivoiser la nature. Ils se sont battus pour conserver leur identité, leurs valeurs. Qu’on pense, pour ne donner que cet exemple, aux émeutes contre la conscription. Surtout, il s’est établi une harmonie sociale, une façon heureuse d’être ensemble. Je viens d’atteindre le ¾ de siècle. J’ai connu cette période. Les gens y étaient signifiés. C’est-à-dire beaucoup plus naturellement intégrés. La grand-maman et le grand père vivaient généralement dans la famille d’un des enfants. Ils gardaient les enfants. Bref, il circulait une énergie toute naturelle et bienfaisante. Nous étions heureux. Mais les peuples heureux n’ont pas d’histoire. Nous ne savions pas notre bonheur.

Comprenons-nous. La Révolution Tranquille fut bénéfique à plus d’un égard. Elle nous a apporté la structure éducative. Désormais, tous, moyennant le talent, pouvaient accéder à l’Université. Elle a comblé une lacune  administrative. Elle a simplifié les rapports humains. Entre autres. Mais d’autres peuples ont eu la sagesse, dans de telles conjonctures, de conserver le lien avec leur passé. Chez plusieurs peuples autochtones d’ici, la perspective historique se trouve ancrée dans les mœurs. Un dicton amérindien rappelle : «Avant de poser un geste important, pense au sept générations avant toi et au sept qui suivront.»

En attendant, nous avons perdu notre identité en perdant notre histoire. On ne se définit pas ex nihilo ! Toute valeur en nous, comme les moissons et les fruits des arbres, ne vaut que mûrie par la durée. Quand on perd un pan de sa durée, on dure beaucoup moins.

Nous avons aussi, par ce rejet maladif, nié un fondement de l’éducation et de la formation intellectuelle : la lecture. Les champions délirants du ministère de l’éducation qui ont conçu l’artificiel programme actuel, y ont appliqué la même simplification mortifère que le refoulement rappelé plus haut : «Il faut rompre avec l’élitisme des cours classiques. Ils se gavaient de livres. À bas cette culture livresque !.»  Nos étudiants lisent maintenant très peu. Ils sont privés d’un instrument essentiel à la formation de la pensée. Dans le grand courant multiculturaliste et les mouvements de capitaux que la mondialisation a libérés de leurs attaches régionales, nous avons rejeté ce qui nous aurait permis de conserver nos racines, seul moyen de résister à la crûe mondialiste.

 

Amnésiques inconscients, nous dévalons sur la pente glissante de l’assimilation. Nous avons nous-mêmes décidé de rejeter notre passé. Nous sommes donc existentiellement difformes. Conséquemment, au fond de l’âme québécoise est née une haine diffuse de soi. Et la haine amène la mort. Peut-être, comme me le répète quelquefois un ami, n’avons-nous pas assez souffert ? C’est à ce prix que nous renouerions avec nous-mêmes. Les valeurs atrophiées dans notre passé pourraient ainsi se régénérer. Nous retrouverions cette grande clarté qu’on a névrotiquement rejetée comme une grande noirceur. Et peut-être sera-t-il trop tard.

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