Montréal

Nouvelles

Les hommes et les femmes II

29-08-2012

Les hommes et les femmes  II

Les femmes donnent aussi la mort

                        Par Michel Frankland             

Nous nous sommes rappelés, dans le premier de ces deux articles, une pensée de Jean-Paul Desbiens : L’homme donne l’histoire, la femme donne la vie.

Nous avons constaté que l’histoire devient facilement la guerre. L’intention noble de créer les conditions pour l’épanouissement de sa progéniture se mue souvent en son volet négatif.  Il en va de même avec le don généreux de la vie de la part de la femme.

J’avais neuf ans. Je marchais avec ma sœur derrière ma mère.  Je me suis dit, lui parlant dans ma jeune tête : «toi,  c’est fini de vouloir me posséder ! J’ai ma vie à moi ! C’est moi qui décide de ce que je vis ! »  Évidemment, un enfant de neuf ans ne conceptualise pas. C’est plus tard que j’ai démêlé et explicité cet écheveau d’émotions. J’ai découvert chez Saint-Exupéry la formule crystalline  de la déviation  illustrée ici : «Ne confonds point l’amour avec le délire de la possession[1].» Si bien que la relation avec ma mère a connu des périodes difficiles. Tellement qu’à sa mort, ma sœur ayant fait brièvement ouvrir le cercueil, j’ai été ahuri de ma réaction spontanée : j’ai senti du fond de mes tripes une bouffée de rejet. Pourtant, j’estimais ma mère pour sa grande intelligence et sa générosité. Elle s’occupait de plusieurs œuvres sociales. C’était vraiment une bonne personne. Comme l’alcoolique peut être par ailleurs une âme de qualité. Mais son vice empoisonne la relation familiale.

Comme quoi l’autonomie est un bien sacré. Qui vise à le mettre en tutelle provoquera chez tout être sain une forte réaction défensive. La ville assiégée réagit de la même façon et pour les mêmes raisons. Mais la ville, dites-vous, sera pillée, subira de multiples souffrances. Justement, la ville intérieure qu’on entend investir par le délire de la possession s’en porterait aussi mal si l’invasion avait lieu. Le passage de Citadelle continue ainsi : « Ne confonds point l’amour avec le délire de la possession, lequel apporte les pires souffrances. Car au contraire de l’opinion commune, l’amour ne fait point souffrir. Mais l’instinct de propriété fait souffrir, qui est le contraire de l’amour.» Car autant l’homme glisse quelquefois de l’histoire à son ombre négative qu’est la guerre, autant l’amour de la femme s’égare  aussi souvent dans la mort par le désir de posséder le rejeton.

L’excès mortifère de l’amour féminin m’apparaît s’exercer à trois niveaux. Premier niveau, la non-culpabilité de son enfant. Pour la mère, son enfant demeurera toujours un enfant. Je lis ainsi la réaction maternelle devant le fils criminel. La justice doit sûrement se tromper ! Le motif sous-jacent, vraisemblablement inconscient, réside dans l’innocence de l’enfant. C’est SON enfant. Un enfant ne peut être coupable d’une faute aussi grave !

Le deuxième niveau fait l’objet de quolibets, voire de caricatures. C’est même un prototype : la belle-mère.  Elle prolonge l’instinct de possession dans une relation dont elle n’est, hélas, plus le centre. Amputée de la relation viscérale à son enfant, elle fera sentir sa présence. Celle-ci sera tantôt désagréablement intrusive, tantôt négative. Qu’est-ce que son enfant avait d’affaire en s’embarquer dans ce mariage à la baisse ! La mère pourra aussi chercher à prolonger l’influence maternelle. ELLE connaît les côtés retors de la vie, et elle sera le phare vigilant du nouveau couple…

Un troisième niveau a trait à la nécessité d’un souvenir toujours ravivé. Je ne puis qu’être d’accord avec l’analyse de Pierre Foglia sur les mamans des étudiantes tuées lors de l’attentat de Lépine à Polytechnique. Comparant cette pureté obsessive du souvenir à celle de la nécessité d’une pureté politique sans faille (il s’agissait de Harper, si mes souvenirs sont exacts), Foglia déplore la fixation émotive. Ici aussi, le cordon ombilical demeure bien fixé. Le niveau d’émotion transcende le temps. Son enfant ne peut pas, ne DOIT pas, lui être ravi par le temps. Son amour est ÉTERNEL. Il s’avère donc impérieux de le rappeler indéfiniment, obligation viscérale du caractère perpétuel de sa maternité.

En somme, de même que l’homme s’égare souvent par  l’excès de violence dans l’affirmation d’un territoire qui puisse assurer le bien-être de sa descendance,  ainsi la femme confond souvent l’amour avec le délire de posséder son enfant. Elle aura donc tendance à l’infantiliser. Perpétuellement.

Heureusement, ce sont les deux excès dont la plupart des hommes et des femmes sont largement libérés.

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[1] Tiré de Citadelle.Je ne retrouve plus mon Saint-Exupéry. Je cherche donc sur internet. À mon agréable surprise, cette pensée de Saint-Ex a été abondamment retenue et citée sur la toile.