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Bref, je suis perplexe

24-04-2012

Bref, je suis perplexe

Par Carl Brabant
Marie-Claude Lortie a écrit un bon papier sur le mouvement étudiant et les inquiétudes sincères qui nourrissent les revendications.

D’un côté, on ne peut pas geler indéfiniment des frais de scolarité sous peine de déresponsabiliser les étudiants par rapport à ce que la société attend d’eux.

De l’autre, subventionner une éducation gratuite ou presque représente un investissement au moins aussi bon sinon meilleur que les subventions directes et indirectes aux compagnies minières et les tarifs préférentiels aux alumineries.

Bref, je suis perplexe.

Je n’appuie pas inconditionnellement les étudiants et je ne donne pas non plus le paradis sans confession au gouvernement.

Une chose m’apparait assez claire. Présentement, l’insertion de la jeunesse dans la société «normale» est à mon avis trop tardive. Je m’explique. L’allongement de la période des études, la précarité du travail pour les 5-6 premières années en emploi, le coût d’acquisition d’un condo ou d’une maison, les dettes d’étude, les pressions de toutes parts sur la vie de couple, remettent à plus tard les projets de fonder des familles. Il en découle une frustration insidieuse.

J’ai le souvenir d’une ancienne collègue de travail qui en est venue à renoncer à son projet de fonder une famille à cause de l’insécurité de son statut d’éternelle pigiste. C’est sûr qu’on pourrait dire qu’elle aurait du foncer en avant et faire son projet quand même. Qui suis-je pour en juger?

D’autres ont prolongé leurs études en attendant de trouver un travail qui n’était plus vraiment au rendez-vous du fait de leur sur-spécialisation avec, en prime, un endettement plus élevé.

Dans ce contexte, la gratuité scolaire n’est pas une solution à tous les maux mais elle aurait le mérite d’éliminer le spectre de l’endettement alors que, par le jeu de la fiscalité, le gouvernement récupérerait à long terme son investissement grâce aux impôts élevés payés par ceux qui auront financièrement réussi. Encore faut-il que les gradués restent au Québec!

Ça ne règle pas tous les points qui compromettent l’insertion sociale de la jeunesse mais on pourrait y réfléchir bientôt avec toutes les bonnes volontés dans un climat plus serein.