Montréal

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L’agit-prop (1)

10-04-2012

L’agit-prop (1)

Par Michel Frankland             

À l’origine, l’Agit-Prop consistait essentiellement à présenter pacifiquement une idéologie politique par les arts, et le théâtre singulièrement. D’ailleurs, en langue russe, la notion de propagande est assez neutre.  Elle équivalait au compte-rendu des convictions d’un groupe.

Mais bientôt, la révolution de 1917 l’accapare dans un but nettement militant. Le premier en date à l’avoir utilisé semble bien Gregory Plekhanov (1856-1918).  Alors qu’elle servait aux agriculteurs luttant pour le respect de leur travail, Plekhanov l’utilise pour semer la révolution dans les usines.

Depuis, la technique de l’Agit-Prop s’est perfectionné.

 

Car l’extrême-gauche fonctionne également comme une armée. Ici, la réflexion théorique pousse beaucoup plus loin ses racines. Elle carbure généralement à une des écoles de pensée marxistes. Elle vise à secouer le plus possible les bases du capitalisme. Ultimement, à le remplacer par la société sans classe pour qu’elle jouisse du Grand Soir des camarades. Elle utilise donc les dernières incarnations de l’AGIT-Prop. La grève étudiante des frais de scolarité, de février-avril 2012 en fournit un exemple classique.  Voici plusieurs de ses éléments.

 

  1. Identifier un désir collectif non assouvi. Que ce désir soit légitime ou mû par quelque mobile immature ne revêt pas trop d’importance. Il faut présenter ce désir comme une soif de justice, un droit que l’État (ou l’entreprise, lorsque c’est le cas) a bafoué. Il faut donc obtenir justice. L’astuce, ici, consiste à tabler sur un aspect fondamental, l’équité, et symétriquement, à persuader les «victimes» qu’elles font œuvre de civilisation. Car elles ne font que réclamer un droit. Et s’ajoute ici, toujours, à cette justification, une touche de romantisme qui motive beaucoup plus que l’on pense : le juste combat du peuple contre le Goliath sans cœur, bien installé dans son bunker (ou l’entreprise, tout aussi mesquine et dépourvue d’humanité).

 

  1. Mentir sans scrupule au besoin. J’expose plus loin comment[1], en 1972, le syndicat nous avait menti sur les données de la négociation. Il savait que nous ne serions pas allés en grève s’il nous avait présenté les enjeux réels. Et l’extrême-gauche, qui orientait nettement les prises de décisions syndicales, n’allait pas laisser passer une si belle occasion d’ébranler les colonnes du temple capitaliste. J’étais président de mon syndicat de prof en 1972. Nous avions sur la tête, nous de l’exécutif qui demandions à nos syndiqués de ne pas rentrer au travail, 300 000 $ d’amendes par jour. Le conflit se règle.  Il laisse cependant des cicatrices. Quelques mois après, on nous convie à un post-mortem.

 

Un des grands négociateurs pour la partie syndicale (était-ce le chef négociateur ? Le souvenir s’estompe) nous brosse un tableau de la situation du vécu collectif des syndiqués de notre centrale. Et il révèle par inadvertance une des motivations fondamentales et secrètes de leur comité : s’ils nous avaient dit la vérité, nous ne serions pas allés en grève.  Nous protestons, dégoûtés de s’être fait manipuler par l’équipe dont nous payons les salaires. Je me souviens entre autres d’un délégué des Laurentides aussi frustré que moi et que l’ensemble des gens présents. Sauf une marxiste de l’Outaouais qui nous tance vertement de ne pas comprendre le sens profond de la lutte des camarades.  Le mensonge se conjugue naturellement avec l’Agit-Prop.

 

  1. Commencer par les milieux les plus militants.  On s’arrange à toute force pour prendre un vote à mains levées, ayant pris soin de laisser entendre que les étudiants qui s’opposent à la grève sont des «jaunes», des irresponsables petits bourgeois. D’ailleurs, l’expérience des étudiants qui persistent à prendre la parole contre la grève sont interpelés en termes agressifs. Le but ici consiste à isoler ces personnes pour qu’elles se sentent plus faibles. Partant, plus vulnérables. Corollairement, les autres ne veulent pas se faire tancer de la même manière. Ils préfèrent donc s’éloigner de la personne visée. On a ainsi neutralisé à la fois un individu «dangereux» ainsi que les autres qui allaient s’exprimer dans le même sens.

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[1] Dans la section sur le travail