Une Politique Générale Lunaire
Par Jean Erich René
Le malthusianisme n’a pas sensibilisé les hautes sphères de l’administration publique haïtienne et demeure encore le grand inconnu dans la résolution de l’équation de croissance économique d’Haïti en 2011. Rares sont nos Chefs d’État et de Gouvernement qui veillent à l’équilibre population/production. La société haïtienne vit encore encore sous l’emprise de la Doctrine Chrétienne qui stipule dans le premier livre de sa Bible: «Dieu a dit à Adam et à Eve :  Soyez féconds et multipliez-vous, remplissez la terre et soumettez-là  ; ayez autorité sur les poissons de la mer et sur les oiseaux des cieux, sur tout ce qui est vivant et qui remue sur la terre (Genèse 1,28) ». Â
Ajourd’hui nous ne sommes plus au commencement du monde. Au contraire nous marchons vers l’Apocalypse. La pression démographique est:
- le tombeau de nos projets de croissance économique,
- le point d’inflexion de la quasi totalité des crises politiques qui secouent Haïti,
- la principale pierre d’achoppement du maintien au pouvoir de nos Chefs d’État.
Il est à la fois insensé et malsain de laisser croitre follement une population sans prévoir les possibilités d’alimentation, de logement, d’éducation, de santé, de loisirs etc.
Dans ce cas :
- Nos dirigeants dirigent quoi ?
- Nos présidents président quoi ?
- Nos ministres administrent quoi ?
- A quoi sert un Premier Ministre ?
- Nos législateurs légifèrent quoi ?
Grande fut notre déception, après la lecture des 86 pages de la Politique Générale du Premier Ministre Garry Conille au Parlement, de relever même l’inclusion de ponceaux à construire dans les sections communales pour satisfaire le désir fou de nos parlementaires pressés par leurs mandants. Cette avalanche de projets comparable à une rivière en crue, dans un pays déjà victime de l’érosion de la pensée constructive, est indigeste et caractérise la lourdeur ennuyeuse du discours du Premier Ministre aussi que l’engoncement de l’Appareil Etatique. Il faudrait 25 ans au moins pour son exécution.
Un discours de Politique Générale n’est autre qu’une marche à suivre dans les différentes branches de l’Administration publique. Évidemment elle  définit les objectifs généraux parallèlement aux objectifs spécifiques subséquents dans une fourchette de temps déterminé, en une telle occurrence, les 5 ans du mandat présidentiel. Le portefeuille affecté à chaque ministère en vue de la réalisation de leur programme respectif doit être également précisé. Cependant certains détails tels que les projets rentrent dans le cadre des objectifs opérationnels mais non dans une Déclaration de Politique Générale. Après avoir entendu en fin de séance les pertinentes et courtoises réponses du Premier Ministre aux questions de nos législateurs on constate qu’il a  à son actif tous les atouts indispensables pour assurer une gestion éclairée du Gouvernement haïtien. Cependant il importe tout d’abord de passer au filtre son Discours de Politique Générale afin de justifier si les fruits promis répondront à la promesse des fleurs.
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Pour mettre en évidence l’adéquation du Discpurs de Politique Générale de Garry Conille avec la réalité brutale de la société haïtienne, partons du postulat de Malthus : la population haitienne croit à un rythme géométrique tandis que la croissance de ses ressources est arithmétique. Si les nations avancées du monde grâce à l’industrialisation, les percées technologiques et la révolution verte ont pu échapper aux prévisions de Malthus, mais cette vérité demeure encore vivante pour la population haïtienne qui gît encore sous la barre du sous-développement, de la misère de l’insuffisance alimentaire , de la malnutrition, du chômage et de l’ignorance.
La limitation des naissances par famille fait briller une lueur d’espoir  dans le Discours de Politique Générale du Premier Ministre Garry Conille en vue d’un ralentissement de la croissance démographique. A-t-il les moyens de sa politique de planning familial? Pour illustrer la gravité de la situation économico-démographique d’Haïti et ses perspectives peu encourageantes, nous vous invitons à observer le graphique de l’évolution de la population haïtienne de 1960 à 2010:
En 1960 la population haitienne qui était de 4 millions d’habitants, a atteint 7 millions en 1980, soit dans l’espace de 20 ans . Le recensement de 2009 accuse  9 923 243 habitants. L’analyse de régression statistique prévoit pour 2020 un effectif de 13 millions d’habitants. Que vont-ils manger ? Comment vont-ils se loger et répondre aux multiples besoins de l’existence ? Tout gouvernement sérieux et responsable doit faire au moins une projection sur un horizon de 15 ans. La société haïtienne, compte tenu de la croissance négative de son PIB, ne s’enrichit pas. Au contraire, elle s’appauvrit de plus en plus. Le PM Garry Conille se trouve devant l’impérieuse obligation d’un choix judicieux d’une nouvelle organisation sociale haïtienne. D’ailleurs comme Médecin, pour éviter la débâcle qui s’annonce,  il compte appréhender  la problématique de l’accélération de la croissance liée à la fécondité grâce à un programme drastique de réduction de naissance, absent dans le Curriculum du Ministère de la Santé Publique durant l’ère lavalassienne. Nous accueillons avec satisfaction la promulgation d’une loi limitant le nombre d’enfants à deux par famille. Sera-t-elle effective sans les mesures d’accompagnement ? Souvent les familles haitiennes ont des enfants qu’ils ne désirent même pas. Le chômage augmente le taux de natalité. « La table du pauvre est maigre mais le lit de la misère est fécond  » dit-on.
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La transition démographique haïtienne est sujette à caution si l’on tient compte de la Loi des débouchés de Jean Baptiste Say. Cette croissance exponentielle de notre population serait considérée comme une richesse si elle était au travail et pouvait produire des biens susceptibles d’augmenter l’offre et par ricochet satisfaire la demande. Quand on  a une population de chômeurs analphabètes, on est en face de consommateurs insatisfaits, aigris, prêts pour la plus prochaine manifestation accompagnée de déchouquage. La croissance économique génératrice d’emploi et de bien-être doit être stimulée par l’augmentation de la production suite à un investissement adéquat. Le cas échéant, l’insatisfaction de la consommation débouche sur un chambardement social qu’aucun décret ni décret-loi ne peut mater.
Parmi les objectifs fixés par le Gouvernement Martelly Conille pour les 5 prochaines années , à la page 43 du Document de la Politique générale (14e à 19e ligne) , nous avons relevé certaines coquilles:
- un taux de croissance économique dépassant 9% l’an en moyenne sur les 5 prochaines années. C’est du jamais vu nulle part dans notre région,
- une forte augmentation de l’emploi formel en créant 1 million et demi d’emplois directs au bout de 5 ans.
Jésus, Marie!
Ces chiffres relèvent du Lotto !  Rappelons que le taux de croissance pour notre dernier exercice fiscal fut de -5,1%. Porter le taux de croissance à 9% en 2011 tient lieu d’un vrai prodige. Compte tenu du taux d’efficacité marginale du Capital, à combien s’élèverait l’investissement qui fut de 67.154 millions de gourdes courantes en 2010 ?
Si nous prenons l’exercice fiscal 2009 – 2010 comme seuil un taux de croissance de 9% en 2010-2011 suppose le PIB suivant que nous représentons par X dans notre équation:
Soit X le PIB de l’exercice fiscal de la 1ère année du Gouvernement Martelly-Conille nous pouvons calculer le PIB 9% espéré de 2010-2011 de la manière suivante:
XÂ – PIB(2009-2010) = 9%
PIB (2009-2010)
X – 67.154Â millions = 9%
67.154Â millions
ou encore X – 67.154 = 9% * 67.154
On obtient X = 67.154 + ( 0,09* 67.154)
ou encore X = 67.154 + 604.386
d’où PIB 1ere année = 7.319.786 millions de gourdes courantes de 1986
Il y a loin de la coupe aux lèvres. Pour obtenir un PIB de 9% il faut aussi consentir l’investissement initial adéquat. Or il est triste de constater que pour le dernier exercice fiscal, notre consommation qui fut  de 320.973 millions de gourdes courandes dépasse notre PIB chiffré à  256.019 soit un trou -64.954 millions de gourdes courantes, le message est clair nous vivons au-dessus de nos moyens c’est à dire par la grâce de l’aide internationale. Qui va nous prêter de l’argent puisque nous ne sommes pas solvables. La preuve c’est qu’on vient d’éliminer l’année dernière le milliard de la dette externe, entretemps nous avons contacté une dette de 500 millions. Nous ne sommes pas crédibles !
Pour l’édification de tous, nous présentons les Comptes Nationaux d’Haiti et nos capacités économiques réelles. La sublimation est un phénomène connu en chimie mais pas en économie où on ne peut pas brûler les étappes.
Offre et demande globale
Compte du produit intérieur brut
En millions de Gourdes Courantes – Période de 2002-03 à 2006-07
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COMPTE |
2005 -06* |
2006 -07** |
2007 -08** |
2008 -09*** |
2009 -10*** |
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PIB |
197.138 |
220.110 |
250.590 |
266.559 |
256.019 |
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Importations |
88.769 |
89.179 |
109.215 |
114.048 |
164.454 |
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Offre Globale |
285.907 |
309.289 |
359.805 |
380.607 |
420.473 |
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Consommation |
199.482 |
212.654 |
255.646 |
269.640 |
320.973 |
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Investissement |
57.862 |
67.092 |
72.281 |
73.161 |
67.154 |
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Exportations |
28.563 |
29.543 |
31.878 |
37.806 |
32.346 |
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Demande Globale |
285.907 |
309.289 |
359.805 |
380.607 |
420.473 |
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Source: Institut Haitien de Statistique et d’Informatique (DSE). |
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Si nos importations pour le dernier exercice fiscal sont chiffrés à 164.454 millions et nos exportations à 32.346 millions, notre balance commerciale accuse un déficit de -132.108 millions de gourdes courantes. Dans ce cas:
- L’épargne nationale est nulle
- Sans épargne il n’y a pas d’investissement
- Avec quoi va-t-on financer la croissance de 9% annoncée par le PM Garry Conille
Peut-on compter sur l’aide internationale pour trouver l’investissement capable de générer un taux de croissance de 9%? Nous avons fait le triste constat de la défaillance de l’aide internationale promise suite au séisme du 12 janvier 2010. Des 5,5 milliard promis, 18 mois après on n’a collecté que 1,5 milliards.
Soulignons que le nombre d’emplois actuellement en Haiti est de 186.000, une  augmentation de 1.500.000 emplois au bout de 5 ans signifie qu’en 2011 on aura 1.686.000 emplois . Avec quelles infrastructures? Dans quelles branches de la production seront-ils embauchés? S’agit-il de chômages déguisés comme les travaux à haute intensité de main-d’oeuvre ou bien encore les zones franches au salaire de poitrinaire?
T oToute augmentation de 5% du PIB pendant 5 ans consécutifs, soit de 2011 à 2015  est ét   étroitement liée aux investissements appropriés dans chaque branche d=activités. Bien entendu de telles démarches supposent la prise en charge de notre système d=éducation afin d=y d’ajouter le souffle vivifiant des connaissances techniques favorables à la croissance dans chaque bra branche d’activité. L=inventaire des ingénieries spécifiques est un préalable indispensable. Il faut fau atteindre une masse critique et faire valoir nos avantages comparatifs grâce à nos nos compétences dans ces branches de production. L=aspect démographique n=est pas à négliger car sans le planning familial il sera impossible d=atteindre un niveau de croissance économique  supérieur au taux de naissance et éviter la trappe malthusienne. La loi sur la limitation de naissance à    à  deux enfants par famille n’est qu’un placebo. A e sujet, la Primature n’a aucun contrôle. Ce sont des mesures drastiques qu’il faut prendre au niveau de nos maternités, comme c’était le cas vers les années 1970-1980.Nos ressources en sol et les richesses de notre sous-sol en matières premières sont à considérer.
La pauvreté est avant tout un problème de sous-production et/ou de la répartition inégale des richesses. Les ressources de notre sol et de notre sous-sol seront mises en valeur. Le sous-développement est une conséquence directe de la sous-exploitation et de l=ignorance. On ne peut pas gérer la pauvreté ni l=analphabétisme. Il faut les vaincre à tout prix par la diffusion de la connaissance (a), l=augmentation de la productivité(l), du taux d=épargne(s) et l=apport de l=aide extérieure(F).
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La technocratie dont on parle n’est pas logée à l’enseigne du bluff. Il brille comme un météore dans le ciel. Tout le monde l’observe et prend conscience de sa présence. Tout comme le bon parfum laisse ses effluves sur son passage. Le Discours de Politique Générale du PM ratifié Garry Conille est cousu du fil blanc, caractéristique du verbiage pompeux  de nos hommes  politiques traditionnels. Ce jeune loup  est bien de notre faune et de notre génération mais malgré nos sentiments d’appartenance, par probité nous devons confesser que l’actualisation au temps présent des activités mentionnées dans sa Déclaration de Politique Générale pour les 5 prochaines années est empreinte d »onirisme. La technocratie n’était pas au rendez-vous ! Nous nous attendions à une architecture politique aux lignes mieux définies, plus cohérentes et plus pragmatiques. A aucun moment, n’a été évoqué le modèle économique capable de générer ce taux de croissance de 9% pour les 5 prochaines années. Pourtant il existe ! Garry Conille a proposé une Politique Générale Lunaire.







