Fragilité humaine 8B’
(les ramifications concrètes du monde interlope)
Par Michel Frankland          Â
Dans l’article précédent, nous avons précisé les mécanismes généraux du milieu. Nous concluions au danger considérable qui menace toute personne influente sur les décisions de la Cité. Les moyens immenses du monde interlope joints à une habileté avérée pour saisir les points faibles parmi les ressorts psychologiques de la victime potentielle recèlent un péril troublant pour notre démocratie.
Considérons maintenant des cas concrets. Ma vie m’a amené à fréquenter des huiles. J’ai été, à cause de circonstances diverses, au parfum de bien des choses. Tout ce que je rapporte plus bas est authentique. J’ai seulement présenté les catastrophes, réelles ou sur le point de se produire, d’une manière discrète pour des raisons évidentes.
Il mène une bonne vie. Il est avocat, ou journaliste. Ou policier. Ou membre de l’Assemblée nationale. Ou encore, il fait partie de la magistrature. Il reçoit un coup de fil. On vient de déposer dans sa boîte aux lettres un document secret en lien avec son travail. Il l’ouvre. Il y voit plusieurs photos de ses trois enfants. Leur date de naissance. Qui ils fréquentent. Leur horaire scolaire. Le nom de leurs profs. Et une note «compatissante» : «Espérons qu’il ne leur arrivera rien…» Il est abasourdi. Quelques minutes plus tard, le téléphone, dont la sonnerie l’énerve plus qu’il ne veut se l’avouer. Une voix pesante lui explique que ni eux ni le papa ne veulent de mal aux enfants. Une personne se présentera à son bureau avec comme signe (non compromettant) un morceau non dactylographié du texte qu’on lui a laissé. Pour une petite faveur.
Vous voyez la suite. On calmera ses appréhensions. C’est la vraie vie. Une foule de personnes font ça. Et plus tard, ce sera un «accommodement» sur un contrat plus considérable. Il est pris, un peu à la manière du pégrillon qu’on a forcé à l’acte criminel pour qu’il se taise et obéisse. Il a des visions que les journaux sont pleins de ses triches. Mais que faire ?… C’est par essence un honnête citoyen. Il a comme réflexe normal de déclarer de tels actes à la police. Mais alors, c’est la déchéance. Toute sa vie est dans sa famille. Elle sera ravagée. Perte d’emploi. Risée à l’école… Il est on ne peut plus écartelé.
La pègre a le beau jeu. Elle cible deux ou trois personnes haut placées dans chaque domaine d’influence. Quand elle frappe, le citoyen ne s’y attend pas. Il est désarçonné. La surprise compte fort dans la réussite. Ce judoka québécois , médaillé olympique, se trouve dans le métro. Arrivent deux gars de gang de rue. Il aurait pu les planter. Ils lui parlent avec véhémence, lui indiquent toutes sortes de choses. L’accusent de viol, et autres entourloupettes. Il a, pendant quelques instants, perdu ses repères psychologiques. Juste le temps que les deux comparses disparaissent avec son Walk-man[1]. Il est resté figé. Attitude que les psychologues affirment coutumière dans de telles circonstances.
Une connaissance, ami d’un vieux pote, me confie ce qui suit. Propriétaire d’une florissante pizzeria, il se fait accoster poliment par un vendeur. Celui-ci insiste pour qu’il change de fromage. Non merci, le fromage qu’il utilise fait bien l’affaire. Et il croit que ce nouveau fromage, raisonnable, serait d’une qualité un peu inférieure. Le vendeur, toujours poli, signale qu’il serait préférable pour l’essor de son entreprise, de changer de fromage. «Sans ça, on ne sait jamais…» Mais le propriétaire est bien baraqué. Il a des amis de même taille qui n’hésiteront pas à l’aider. La pègre le sait. Elle n’a pas peur ; elle est simplement pratique. Pourquoi risquer un soldat à l’hôpital, et peut-être alors la présence des journaux ? Non, un autre plan d’action s’impose.
Bientôt, des clients se plaignent d’avoir vu une souris dans l’établissement. On remarque également qu’il y a «beaucoup de bibittes à terre.» Un citoyen «indiqné» tonne au sujet des ordures nauséabondes qui traînent derrière la pizzéria. La ville enquête. Et le harcèlement, aussi bien monté que constant, est en train de ruiner son commerce et sa santé. Comment combattre un ennemi invisible ? En dépression, il décide de vendre. On répond à l’annonce. Elle est achetée comptant pour environ la moitié de sa valeur. La pègre possède maintenant une entreprise où vendre plus de fromage. Elle a obtenu de surcroît une façade pour blanchir l’argent sale
À mesure que mes souvenirs me reviennent, je me rends compte de leur abondance. Il y aura donc un 8c). Des amis lecteurs insistent pour que je publie tous ces souvenirs. Ils «parlent mieux que beaucoup de théorie», surenchérit l’un deux.
[1] Relation de première main. Ma femme et la mère de cet athlète étant de grandes amies.






