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Fragilité humaine -8a) La pègre à sept têtes

09-11-2011

Fragilité humaine -8a)  La pègre à sept têtes
Par Michel Frankland                    

J’ai cru préférable, eu égard à la longueur de ces considérations, de les scinder en deux articles.  Cette semaine, analysons  la machine du milieu dans ses mécanismes généraux.

Nous considérerons ensemble en quoi le monde interlope constitue une menace grave à notre démocratie.

La pègre renaît,  multiforme, malgré la traque policière. Elle ressemble à l’Hydre de Lerne, ce serpent mythologique  à sept têtes dont chaque tête repoussait lorsqu’on l’avait coupée.

Je ne nie en rien la nécessité de la lutte contre le crime organisé. On doit chercher à l’affaiblir autant que possible.  Mais il repousse, comme la mauvaise herbe.

Un souvenir familial marque bien l’antinomie radicale entre l’armée ennemie et la pègre. Un de mes oncles, quelque quinze ans après la Deuxième Guerre , retourne en Europe avec sa femme. Il lui montre où ils ont combattu en Allemagne, et le fils d’un voisin est mort sur  la côté-là-bas…  Survient un Allemand. Salutations.  Et dans leur anglais approximatif, mon oncle et lui se rendent  compte qu’ils ont combattu l’un contre  l’autre, leurs régiments étant face à face.  Ils  sont émus.  Prennent une bière ensemble.  Voilà  deux honnêtes citoyens que la guerre a temporairement investis du rôle  d’ennemis.  Mais ce sont là des ennemis circonstanciels. Extrinsèques, diraient les philosophes. Accidentels.

La pègre est un ennemi  intrinsèque. Elle constitue un danger autrement plus grave que l’armée ennemie. Elle entend saper  la fibre complexe qui sous-tend notre contrat social. La pègre opère à l’intérieur d’un code moral, dites-vous ? Ne confondons pas le code, aussi strict soit-il, avec  la morale.  La pègre est une armée, avec la discipline inhérente à une telle organisation. Point à la ligne. Mais elle ne s’embarrasse pas de scrupules pour vendre des produits qui détruiront des milliers de citoyens et ravageront autant de familles. Qui  mettront des filles à des «rencontres» multiples.  Elle imposera une contribution volontaire à certains commerces plus vulnérables. Si bien que la démocratie, avec  son ensemble de lois, de règlements,  d’institutions parlementaires,  des coutumes que nous avons constitué au fil des péripéties de notre Cité, se trouve gravement menacée.

Les diverses avenues de la pègre, des gangs de rue aux réseaux plus secrets, exigeront aussi de leurs membres l’acte criminel, ciment infernal  qui lie le malfrat à son organisation. Si vous allez vous confier aux flics, vous devrez au préalable avouer votre crime. Et vous déraciner d’un milieu où vos souvenirs, vos émotions,  vos amitiés sont enchevêtrés. Les bonnes gens ne vous feront pas confiance ; l’organisation mettra un contrat payant sur votre tête. Vous serez entre l’arbre et l’écorce.

Mais la prison les ralentira… Vraiment ? Il est de notoriété policière que le milieu continue à gérer ses commerces meurtriers à partir de la geôle. Et même, les lois non écrites amènent les gardiens à fermer les yeux sur certaines zones grises parce que ces individus ont le bras long.

Une expérience personnelle  traduit bien les avantages de la prison. Il y a plusieurs années, je suis dans le Vieux Montréal, un soir froid de novembre.  Je passe devant une bijouterie. Tout près, il y a un vieux monsieur qui a une brique dans les mains et qui s’apprête à fracasser la vitre de la bijouterie, pourtant protégée par un grillage de fer. «QUESS-TU FAIS LÀ !» – «J’ai froid. Ça fait deux jours que je mange presque rien. J’aime autant retourner en prison. Mes chums sont là. Tu manges trois fois par jour, gratis. T’es nourri logé. J’vas fracasser la vitre. J’espère que la police va venir au plus vite. C’est trop fret asteur.» D’où la boutade aigre-douce entendue récemment sur les ondes qui souhaitait que les pauvres et les personnes âgées soient aussi bien traités que les prisonniers…

Saisissez-vous le problème ? Ce que plusieurs citoyens  pigent mal réside dans le débalancement hallucinant entre les moyens de la pègre et le citoyen.  Par définition paisible et fidèle à la loi, il sera déstabilisé  parce que pris par surprise par des guerriers fort habiles à lire la psyché humaine et disposant de sommes énormes. Ils rôdent, étudient les points faibles. Ils sauront s’il faut vous  attraper subtilement, ou par enjôlement, ou brusquement, avec des arguments qui mettent votre réputation ou votre vie en péril.

La conclusion de cette première partie : toute personne ayant de l’influence, dans la mesure où le monde interlope juge n’avoir pas suffisamment de bons «tuyaux» dans le domaine exercé par le spécialiste,  pourrait être l’objet d’un chantage fort bien huilé Et pour deux ou trois qui filtrent dans les journaux, soyez sûrs qu’il y en a un tas d’autres qui se tiennent à carreau. Cela explique tous les centaines de millions que nous payons en trop sans qu’on mette la main facilement sur les fauteurs et leurs victimes.

Bref, voilà un autre volet, redoutable, de la fragilité humaine.

Dans le prochain article, nous concrétiserons avec des cas réels.

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