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Commentaire et témoignage

23-03-2011

Commentaire et témoignage

Par Alicja Myszkowska   

“C’est la fragilité de notre société qui nous fait craindre les autres”.

 

 

Pendant la guerre, j’ai passé mes plus jeunes années dans le midi de la France où le racisme était trop bien caché pour que je puisse vraiment m’en apercevoir – mis à part un épisode dans un préventorium que, de toute manière, je ne suis arrivée à décoder qu’en écrivant à la retraite. Après la guerre,  classes nouvelles au Lycée de Nice. J’avais des copines et des amies égyptiennes à peau noire, russes blanches ou encore venues droit de la Martinique. On m’aurait parlé de racisme , j’’aurais trouvé cela bien étrange?  Quésaco me serais -je demandé ?  Bien au contraire, je me trouvais favorisée : les petites Polonaises par ci et par là. On eut dit que les profs mettaient en valeur le moindre de mes succès – Je le leur rendais bien et les adorais d,autant plus qu’on ne s’ennuyait jamais au Lycée! Je briguais tout naturellement les premières  et/ou les secondes places. Personne, aucune copine ne me les contestais. Arrivées à Paris en 48 – rien ne va plus. Dernière place en Français à l’exception d’un seul devoir lu en classe par une remplaçante quand notre professeur est tombée malade (sic!). Plus grave, une de mes copines me dit que le Polonais serait le patois du Russe !

On me fait redoubler. Les organismes d’aide aux Réfugiés suppriment ma bourse et me voilà dans une petite école de dessin de mode sans avenir … on me dira qu’aujourd’hui, j’ai une Maîtrise de la Sorbonne avec mention Très Bien : on m’aura renvoyée par la porte? Je suis donc revenue  aux études par des fenêtres . Pendant ce temps ma soeur, revenue avec ma Mère en Pologne, écrivait un doctorat en médecine sur la Lèpre en Afrique où elle décédée brusquement en 1973 … C’est aussi à cette époque-là qu’on a commencé à nous reprocher en France le racisme envers une de nos anciennes ethnies …. et … je suis venue ici.

Mais que s’était-il donc passé en 1948 ? Quand je jette un regard en arrière pour me rappeler mes petites copines polonaises à Paris, je dois me rendre à l’évidence que seules celles qui étaient passées par les Institutions religieuses – leurs couvents et les Bonnes Soeurs -, étaient parvenues jusqu’à l’Université…. et les étudiants qui réussissaient à passer à travers les mailles du système se trouvaient pour la plupart à Strasbourg ou à Grenoble ! Pire, pour le Parisien moyen, la Polonaise était une bonne à tout faire très compétente, mais voleuse  (sic!)

Pourquoi une telle différence entre Paris d’un côté et le Midi de la France de l’autre ? Bon, d’accord, les gens du Midi sont les enfants du Soleil et de la bonne humeur…. mais encore ? Les gens qui nous précèdent, laissent parfois une marque indélébile. Paysans pauvres arrivés de Pologne oeuvrant dans les mines de charbon, gens modestes et obéissants à leurs prêtres, mais fort peu exigeants en somme, d’une part, aristocrates polonais perdant des fortunes à Monte Carlo et aristocrates russes fuyant la Révolution – tous gens fort bien élevés par ailleurs – auraient chacun de leur côté laissé leur marque dans des esprits peu enclins à remettre en cause leurs propres observations ou opinions ?

Il en irait de même des Québécois et Français ici. Ce seraient les fameux “donneurs de leçons” bien réels qui auraient mis “en maudit” les Québécois et fait oublier les plus discrets, les plus gentils. Dommage ? Dommage peut-être pour les Québécois en premier lieu …


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