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TROQUER SES DROITS POUR DES PRIVILÈGES

06-04-2011

TROQUER SES DROITS POUR DES PRIVILÈGES
Claude Snow, Caraquet, NB

Vous connaissez bien le baratin néolibéral qui rime à peu près comme suit:
«Le système public s’appauvrit de plus en plus avec ses lenteurs, son
laissez-aller, son manque d’empressement à servir, etc. Un meilleur système
consiste à passer par les services privés. Quand ils sont en compétition, la
qualité s’améliore… et à un meilleur prix. Pour attirer et garder sa
clientèle, on doit offrir de bons services et en fin de compte, le grand
gagnant, c’est le public.»

À cette logique s’ajoute une foi naïve, fondée sur la croyance qu’il faut
pratiquer la bienfaisance pour gagner son ciel et qui se résume bien dans
cette phrase: «Je ne peux laisser quelqu’un dans la misère, et si je l’aide,
un jour, je serai récompensé». Tant que les gens croiront que c’est par
leurs bonnes actions qu’ils réussiront à se sauver, l’économie charitaire
sera florissante.

Les gens acceptent volontiers de troquer leurs droits pour de simples
privilèges, sans réaliser qu’ils perdent énormément au change. Les plus
grands élans de générosité ne pourront jamais remplacer les acquis sociaux.

Ignorer les luttes de nos prédécesseurs et nourrir une foi à l’eau de rose
est parfait pour permettre à l’État de dormir tranquille. Il n’est pas
étonnant alors que le système de protection sociale continue à s’effriter.

D’abord, la protection sociale, qui consiste à reconnaître le droit des
citoyens dans le besoin aux prestations sociales publiques, est devenu le
droit à la sécurité alimentaire par le truchement de l’accès aux banques
alimentaires.

Je crains qu’il faille attendre que la situation dégénère beaucoup plus
avant d’espérer un virage vers la gauche. Les efforts des militants, ces
éveilleurs publics, ne sont pas suffisants pour renverser la vapeur et ils
s’essoufflent. Tant que les gens auront le sentiment que la générosité leur
fait chaud au coeur, ils resteront sourds à l’appel de la justice sociale.

Quand ils auront tout perdu, faute d’avoir veillé au grain, et qu’ils en
auront assez des injustices, le terreau sera alors propice pour un
renouveau.

Sachant à quel point il est difficile de rebâtir un système de protection
socale – on n’a qu’à regarder les efforts d’Obama – il faudra un visionnaire
aux reins solides pour nous redonner ce qu’on a perdu. Les gens ne réalisent
pas le danger qu’il y a à faire tomber les institutions sans les remplacer
par quelque chose de mieux.