ÉCOUTER N’EST PAS PAYANT!
Par Claude Snow –Travailleur social  Â
Un récent article paru dans The New York Times, le 6 mars 2011, sous le
titre «Talk doesn’t pay, so psychiatry turns instead to drug therapy» (1) a
retenu mon attention. Cet article m’a raffermi dans ma décision de cesser de
faire affaire avec les compagnies d’assurance et les gestionnaires des
services d’aide aux employés.
Ces entreprises nous demandent, à nous les thérapeutes, de leur préciser, Ã
la suite de nos interventions, le motif de la consultation et la nature des
services rendus.
Jusque là , il n’y a pas de problème, mais là où le bât blesse, c’est quand
elles disent qu’elles ne paieront que pour un certain nombre de séances,
juste assez pour rendre les gens «fonctionnels» à nouveau.
Pas un seul thérapeute ne peut être d’accord avec une telle politique,
sachant qu’il faut souvent plusieurs séances avant de pouvoir cerner le
problème et trouver la meilleure forme de traitement.
Les entreprises qui gèrent les services d’aide aux employés sont toujours Ã
la recherche de cliniciens sur appel. J’ai décidé de leur damer le pion
quand je me suis rendu compte qu’elles voulaient changer la nature même de
la relation entre thérapeute et client. Je ne pouvais m’asservir à un
système où les contraintes budgétaires dictent le cadre de la relation
thérapeutique.
On sait, par exemple, que le temps est l’un des ingrédients les plus
précieux lors d’une relation d’aide. Il faut s’ajuster aux capacités des
gens, ce qui requiert parfois beaucoup de temps quand leur compréhension est
lente ou que leur niveau d’anxiété est élevé.
Ce que nous voulons, c’est que les gens se sentent mieux; ce que veulent les
compagnies, c’est que le rétablissement soit prompt et économique. Elles
voudraient que l’on s’en tienne aux symptômes reliés au sommeil, à l’appétit
et à l’humeur, puis qu’on en finisse le plus vite possible. Pas question
pour elles que l’on aborde la question des stress de la vie ou de laisser de
la place à l’écoute pour établir une mise en confiance solide!
Certains thérapeutes verront leurs clients sans recevoir de rémunération,
alors que d’autres, très malins, s’arrangent pour trouver de nouveaux
problèmes à mesure que les heures allouées s’épuisent. Les nouveaux
diagnostics posés donnent alors accès à des séances supplémentaires. En
d’autres mots, ils jouent le jeu.
Pour contourner les exigences déraisonnables, un certain nombre de
psychiatres ont opté pour la pharmacothérapie, plutôt que la psychothérapie.
Le calcul est fort simple: pourquoi se contenter d’encaisser une centaine de
dollars pour une séance de 60 minutes quand on peut gagner trois fois cette
somme en recevant six patients pendant 10 minutes chacun, Ã 50 $ la visite?
Le jour où les entreprises financières se sont fourré le nez dans mon
travail clinique, ce jour-là , j’ai décidé de régler mon compte avec elles.
C’est drôle comment chaque fois que l’une d’elles m’appelle pour solliciter
mes services, je ne suis jamais disponible… Finiront-elles un jour par
capter le message?
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