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ÉCOUTER N’EST PAS PAYANT!

23-03-2011

ÉCOUTER N’EST PAS PAYANT!

Par Claude SnowTravailleur social   

 

Un récent article paru dans The New York Times, le 6 mars 2011, sous le

titre «Talk doesn’t pay, so psychiatry turns instead to drug therapy» (1) a

retenu mon attention. Cet article m’a raffermi dans ma décision de cesser de

faire affaire avec les compagnies d’assurance et les gestionnaires des

services d’aide aux employés.

Ces entreprises nous demandent, à nous les thérapeutes, de leur préciser, à

la suite de nos interventions, le motif de la consultation et la nature des

services rendus.

Jusque là, il n’y a pas de problème, mais là où le bât blesse, c’est quand

elles disent qu’elles ne paieront que pour un certain nombre de séances,

juste assez pour rendre les gens «fonctionnels» à nouveau.

Pas un seul thérapeute ne peut être d’accord avec une telle politique,

sachant qu’il faut souvent plusieurs séances avant de pouvoir cerner le

problème et trouver la meilleure forme de traitement.

Les entreprises qui gèrent les services d’aide aux employés sont toujours à

la recherche de cliniciens sur appel. J’ai décidé de leur damer le pion

quand je me suis rendu compte qu’elles voulaient changer la nature même de

la relation entre thérapeute et client. Je ne pouvais m’asservir à un

système où les contraintes budgétaires dictent le cadre de la relation

thérapeutique.

On sait, par exemple, que le temps est l’un des ingrédients les plus

précieux lors d’une relation d’aide. Il faut s’ajuster aux capacités des

gens, ce qui requiert parfois beaucoup de temps quand leur compréhension est

lente ou que leur niveau d’anxiété est élevé.

Ce que nous voulons, c’est que les gens se sentent mieux; ce que veulent les

compagnies, c’est que le rétablissement soit prompt et économique. Elles

voudraient que l’on s’en tienne aux symptômes reliés au sommeil, à l’appétit

et à l’humeur, puis qu’on en finisse le plus vite possible. Pas question

pour elles que l’on aborde la question des stress de la vie ou de laisser de

la place à l’écoute pour établir une mise en confiance solide!

Certains thérapeutes verront leurs clients sans recevoir de rémunération,

alors que d’autres, très malins, s’arrangent pour trouver de nouveaux

problèmes à mesure que les heures allouées s’épuisent. Les nouveaux

diagnostics posés donnent alors accès à des séances supplémentaires. En

d’autres mots, ils jouent le jeu.

Pour contourner les exigences déraisonnables, un certain nombre de

psychiatres ont opté pour la pharmacothérapie, plutôt que la psychothérapie.

Le calcul est fort simple: pourquoi se contenter d’encaisser une centaine de

dollars pour une séance de 60 minutes quand on peut gagner trois fois cette

somme en recevant six patients pendant 10 minutes chacun, à 50 $ la visite?

Le jour où les entreprises financières se sont fourré le nez dans mon

travail clinique, ce jour-là, j’ai décidé de régler mon compte avec elles.

C’est drôle comment chaque fois que l’une d’elles m’appelle pour solliciter

mes services, je ne suis jamais disponible… Finiront-elles un jour par

capter le message?

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