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La surenchère d’information et ses conséquences sur la société – 5

26-01-2011

La surenchère d’information et ses conséquences sur la société – 5

Par Michel  Frankland

 

Quelle est donc cette quatrième conséquence, celle dont je précisais à la fin de l’article précédent qu’elle se rapporte spécifiquement à l’esprit humain ?

 

L’intelligence consiste dans la capacité à gérer l’information. Plus précisément, on mesure la compétence d’un esprit selon les qualités suivantes : la capacité à analyser l’information,  la capacité à la synthétiser, i.e., établir des liens féconds entre des informations diverses, souvent de niveaux différents. Troisièmement, dans sa capacité à en tirer des inférences valables.

 

Or, nous avons établi dans les deux articles précédents que les civilisations sont noyées dans un tsunami d’informations dont la magnitude ne cesse de s’amplifier. Je postule que l’intelligence, du moins depuis quelques milliers d’années,  n’a pas évolué, ou alors si peu. Les civilisations du temps de Platon ou Aristote étaient aussi intelligentes que les nôtres. Si bien que l’esprit humain se trouve être de moins en moins adéquat à gérer l’information.

 

Il s’ensuit une incapacité proportionnelle à juger la chose publique. D’une part, les citoyens passent une part considérable de leurs énergies à réussir leur vie dans ce maelström. Ils doivent se tenir à jour selon les exigences de leurs métiers. Que ce soit le vendeur automobile qui doit constamment se familiariser avec les nombreuses données techniques des nouvelles voitures. Ou le médecin spécialiste qui a trouvé une série d’articles de pointe sur sa spécialité… Bref, chacune de nos vies est mobilisée par la quête du savoir devenu pour ainsi dire aussi nécessaire que l’air qu’on respire.

 

À la nécessité de ces connaissances s’ajoute celle des informations sociales. Un être humain, pour «passer parmi le monde», doit être assez au fait des modes générales de la tribu. Il convient d’avoir certaines notions sur les événements sportifs, les enjeux politiques, les best-sellers, les catastrophes internationales, et ainsi de suite. Ce bagage de notions actuelles s’avère attendu, du moins quelque peu, dans aux échanges quotidiens.

 

Mais les QI, comme la courbe de Gauss l’indique, sont variables. On naît avec des propensions inégales, dont le milieu social favorise à divers degrés l’éclosion. La difficulté à gérer l’information, déjà de plus en plus mobilisante pour les gens doués, perd dans la brume les êtres situés du côté gauche de la courbe de Gauss.

 

Pour ces derniers, les réactions se résument à ceci : une réaction de bon sens et d’humilité. On gagne sa croute plutôt maigrement, mais la ténacité au travail produit une vie digne et souvent fort respectable. Une autre, de désarroi. La structure psychique de ces individus les rend peu disposés à la planification ; ils sont nettement portés aux dépenses inconsidérées. Un article récent dans La Presse montrait le nombre alarmant de gens dont les nombreuses cartes de crédit, remplies à ras-bord,  leur permet à peine de vivre jusqu’à la prochaine paie. Le moindre sursaut d’intérêt les rapproche dangereusement du seuil de la faillite. Enfin, une troisième tranche des moins doués intellectuellement sont par ailleurs bien munis en énergies vitales. Le portrait type : des individus fort physiquement et au caractère bien trempé. Ils aboutissent souvent dans les gangs de rue ou dans les rangs de la pègre. C’est ce que j’appelle le «complexe de Rambo».

 

Plus encore, une autre caractéristique du tsunami de l’information marquera davantage la conclusion grave que nous tirerons bientôt. Il s’agit de l’importance de l’interaction avec l’image. Elle joue depuis la dernière décennie 50, date d’apparition dans le grand public de la télévision. Depuis les années 90 environ, et cela ne cesse de s’amplifier, un pourcentage élevé de jeunes se trouvent rivés à leurs jeux vidéos.

 

Or, il m’apparaît pertinent d’expliquer les fonctions cérébrales sollicitées par l’interaction avec l’image par contre-distinction avec celles dévolues à l’activité rationnelle.

 

Il sied d’étudier l’effet sur l’esprit de l’émission télévisée ou du jeu vidéo en tant qu’ils constituent une forme de perception. Un article passionnant [1]de Len Minty nous renseigne sur cet aspect de notre quête. Minty rappelle d’abord les caractéristiques principales propres aux deux hémisphères du cerveau. On y retrouve l’essentiel dans le schéma suivant :

 

CERVEAU GAUCHE            CERVEAU DROIT

 

parler                                      solutionner par pattern

écrire                                       appliquer l’intuition

compter                                   visualiser

analyser                                  manifester de l’émotion

séquencialiser                         tirer des analogies

 

Les deux parties du cerveau

Or, poursuit Minty, il existe une relation tout à fait physique entre chacun de ces groupes d’activité et la nature des ondes propres au cerveau. Soit le tableau suivant :

 

 

HERTZ             NOM              CARACTÉRISTIQUES

(par sec.)

 

0,5-4                Delta              Sommeil profond

4-8                   Thêta              Somnolence, rêve

8-14                 Alpha             Éveil relaxe (l’esprit n’est pas engagé dans une

activité intellectuelle ou émotionnelle                                                                                spécifique)

14-33               Bêta                Comportement alerte (activité mentale                                                                              concentrée)

 

Les ondes du cerveau et la pensée

 

Or, remarque Minty, bien que les quatre types d’ondes soient présents dans les deux hémisphères du cerveau, les ondes Bêta sont associées d’une manière beaucoup plus marquée à l’hémisphère gauche du cerveau. Mais justement, dans quelle proportion la télévision suscite-t-elle l’activité de ces diverses ondes? Une expérience de Herbert Krugman, effectuée en 1969, allait nous éclairer là-dessus. Il mesura l’activité mentale de sujets dans deux états différents : lors de la lecture d’un texte et lors du visionnement d’une émission télé. Le tableau suivant nous présente ses résultats :

 

 

 

LECTURE                               VISIONNEMENT TÉLÉ

 

Thêta                 10%                                            46%

Alpha                30%                                            30%

Bêta                  56%                                            16%

 

 

La télévision inhibitrice de la pensée rationnelle

 

 

Krugman note même que le changement dans la proportion d’émissions, même en utilisant des cerveaux puissants pour le test, ne prenait que 30 secondes pour s’effectuer lorsque le sujet est devant la télévision.

 

 

Les conclusions de cette étude sont capitales. Elles montrent l’importance pédagogique de la lecture et les dangers d’une fréquentation télévisuelle excessive. La faible proportion d’émissions Bêta en rapport avec la nette prépondérance de la fréquentation de l’image constitue une des causes majeures du décrochage scolaire chez les garçons. Cette analyse m’apparaît clairement plus pertinente que la seule considération de certains doctes officiels qui insistent sur la perte de temps avec les jeux vidéos. Ce qui est établi ici montre qu’une des causes majeure du décrochage relève de la perte des ondes Bêta bien plus que d’une perte de temps.

 

Nous procéderons la prochaine fois à la conclusion générale. Elle portera sur notre relation au temps, à la conscience et aux valeurs.

 

 

 


[1] Mensa Canada Communications, vol. 25, no 9, déc. 1992, pp. 5, 8 et 9.

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