La révolution conservatrice de Harper
  Par Romain Landry  Â
Introduction
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« Comme bon nombre de gens vivant au Canada, j’ai honte du gouvernement actuel, affirme Christian Nadeau dans l’introduction de son livre Contre Harper ou Bref traité philosophique sur la révolution conservatrice. Pour cette raison, la honte doit céder le pas à l’action. Et l’action commence par la réflexion. L’élection des conservateurs en 2006 peut être comparée à une tumeur primaire. Il faut agir avant le développement de métastases qui empêcheront tout espoir de rémission pour notre société. »
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Pourquoi faut-il s’en faire?
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La conception du monde selon Harper se résume par des actions qui ne sont rien d’autre qu’une entreprise réfléchie et très bien organisée contre la justice et la démocratie telles que nous les avons conçues jusqu’ici. Il ne faut pas sous-estimer Harper, soutient Nadeau. Il demeure indéniablement très intelligent, et voilà le danger.
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La faiblesse de l’opposition favorise le Parti conservateur, et le Parti libéral n’a jamais été aussi mal en point. Quant au Bloc et au NPD, ils ne sont pas en position de remporter des élections. De plus, Harper a réussi à diaboliser auprès de la population l’idée d’une coalition des trois partis d’opposition.
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Le crédo politique de la droite très conservatrice embrasse ces principes :
- moins d’État
- plus d’initiative privée
- déréglementation
- privatisation
- diminution des taxes et des impôts
- abolition du pluralisme des valeurs, des opinions et des idées ou tout simplement de la liberté d’expression
La meilleure façon de diriger un pays, disait le philosophe anglais Thomas Hobbes dans son ouvrage, Léviathan, est une autorité forte et non la vérité… d’où l’approche de Harper d’éviter la pluralité des opinions et la transparence. De plus, la crise économique, le terrorisme, voire la corruption politique créent à la fois la peur et le cynisme chez bon nombre de citoyens qui en arrivent à oublier leurs droits et libertés. L’heure de gloire de Bush ne s’est-elle pas justement produite immédiatement après les attentats du 11 septembre?
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En politicien aguerri, Harper a su fusionner les membres du Parti réformiste de Preston Manning et de l’Alliance canadienne avec le Parti progressiste-conservateur du Canada. De centre droit, le nouveau Parti conservateur passe clairement à droite. L’ancien premier ministre Joe Clark et son épouse Maureen McTeer ne se reconnaissent pas dans ce nouveau Parti conservateur de droite. Les deux principaux idéologues de la ligne dure de la droite conservatrice, Barry Cooper et Tom Flanagan, sont des ennemis jurés de :
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- l’État providence
- la sociale démocratie
- toutes les valeurs laïques
- l’écologie
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La conférence de Civitas (une association de conservateurs et de libertaires) a permis aux conservateurs de droite d’élaborer leur programme politique. En multipliant les réformes et les projets de loi, les conservateurs arrivent lentement mais sûrement à leurs fins.
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Harper s’attaque aux institutions parlementaires
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Les philosophes anglais et français, Locke et Montesquieu, l’ont dit il y a longtemps : Aucune personne, aucun groupe ni aucun parti ne dispose de la vérité absolue, d’où l’importance de la séparation des pouvoirs :
- l’exécutif : le premier ministre gouverne
- le législatif : la Chambre des communes et le Sénat font ou défont les lois
- le judiciaire : les juges de la Cour suprême interprètent les lois et la Constitution
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L’objectif de Harper? Passer outre aux pouvoirs du législatif et du judiciaire en jouant au dictateur. Les deux prorogations du Parlement ont ainsi bloqué toute discussion parlementaire, un comportement qui a été condamné comme une forme d’autoritarisme et d’abus de pouvoir.
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Deux exemples d’autoritarisme :
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- La nomination des juges : Les libéraux sélectionnaient les juges en fonction d’accointances politiques, mais Harper, lui, les choisit en fonction de leur idéologie de droite et souvent en fonction de considérations religieuses. Ainsi, il s’assure une certaine collaboration du judiciaire à ses projets.
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- Le retrait du formulaire détaillé du recensement n’est rien d’autre qu’une façon d’éviter la transparence.
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La sécurité au détriment de la liberté
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Le modèle Harper s’oppose au droit à l’information et à la liberté d’expression :
- Dans le premier cas, en contrôlant les commissions parlementaires;
- Dans le second cas, en interdisant aux journalistes l’accès à certains évènements et en interdisant aux fonctionnaires le droit de parler aux journalistes.
Depuis l’élection de Harper, le Canada est passé du 5e au 20e rang en matière d’avancement des droits des femmes. Et, parmi les membres du Commonwealth,
il se situe bon dernier en ce qui a trait à la liberté de presse.
Harper est un adepte de la loi du talion : œil pour œil, dent pour dent. Il préfère la punition à la prévention; cela revient le plus souvent à préconiser vengeance plutôt que justice. Il ne croit pas à la prévention ni à la réinsertion sociale des contrevenants. Son équation est simple : crime = criminel = individu = punition.
Deux obsessions de Harper : contrôle et sécurité
Il utilise tous les moyens pour semer la peur chez la population en parlant d’un ennemi invisible. Ceci lui permet d’expulser les immigrants qu’il juge indésirables, voire d’emprisonner une personne sans qu’elle soit accusée de quoi que ce soit, par la création du « certificat de sécurité ».
Harper est contre le registre des armes à feu, pourtant la majorité des associations de policiers au pays en préconisent le maintien.
En 2007, le gouvernement conservateur achète pour 870 000 $ une clôture de sécurité pour protéger George W. Bush et Filipe Calderon, président du Mexique. Pour les rencontres du G20 et le G8, Harper fait ériger une nouvelle clôture pour la bagatelle de 5,5 millions de dollars, et accorde un milliard pour la sécurité des deux sommets… un gaspillage éhonté des fonds publics. L’arrestation de 900 personnes lors des sommets a été condamnée par l’Association canadienne des libertés civiles.
Harper et la liberté de conscience
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Son modèle d’État préféré : s’effacer mais s’imposer quand cela fait son affaire. Il préconise de réformer les institutions, afin qu’elles maintiennent les valeurs traditionnalistes et religieuses fondamentalistes du nouveau PC de droite.
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Harper s’est érigé en gardien des valeurs traditionnelles et défenseur de la droite religieuse au Canada en la personne de ses deux ministres, Stockwell Day et Vic Toews. L’homosexualité est perçue comme une maladie, et l’homophobie règne toujours en raison du mépris envers ceux qui n’épousent pas les valeurs Harper. Cela s’exprime dans la politique des « bonnes mœurs » selon la conception de la droite conservatrice.
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Les arts et la recherche.
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- La politique des bonnes mœurs perçoit les artistes comme des trouble-fête, d’où les compressions budgétaires de millions de dollars pour de nombreux spectacles comme les Francofolies.
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- Les subventions à la recherche universitaire sont soumises à des critères d’utilité pratique. Par exemple, en Haïti, il privilégie les projets sécuritaires aux projets humanitaires.
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Harper et la justice sociale
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Dans sa logique, le mérite est principalement fonction du travail et du talent, d’où le peu d’attention qu’il accorde à la justice sociale. Cela se résume à la survie du plus fort, qu’il exprime par son opposition à la réduction des impôts des plus riches.
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Les conservateurs ne perçoivent pas la justice distributive comme étant le meilleur moyen pour lutter contre les iniquités. Selon eux, l’État providence et la justice sociale doivent être réduits au strict minimum; voilà pourquoi c’est l’économie au détriment du développement durable et les dépenses militaires par rapport aux arts et à la recherche fondamentale reçoivent la plus grande part du gâteau.
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Également, des questions fondamentales ─ bilinguisme, Constitution, pauvreté, condition féminine, problème autochtone et environnement ─ ne sont pas ses priorités. C’est ainsi qu’il procède, lentement mais sûrement, à la mise en place du programme politique de la nouvelle droite conservatrice au Canada.
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Harper et la justice internationale
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Sur la scène internationale, il voit le Canada comme un redresseur de torts qui emploie la guerre plutôt que la paix. Il remplace l’aide économique internationale par l’affirmation de la puissance militaire canadienne dans le monde, cela au détriment de l’image pacifique associée au drapeau canadien. Sans qu’Israël, n’aie à le demander, Harper appuie toutes les visées de l’État juif et de la cause sioniste. Allez donc savoir pourquoi!
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En Afghanistan, de son ancien statut de gardien de la paix, le Canada est devenu sous Harper un pays militariste, alors même qu’il n’en a pas les moyens. Les conservateurs ont tout fait pour passer sous silence la torture des prisonniers en Afghanistan. Le cas d’Omar Khadr, un enfant soldat, est éloquent. Il est le seul prisonnier occidental encore à la prison de Guantanamo.
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En guise de conclusion
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« Si je suis indigné, conclut Christian Nadeau, ce n’est pas pour m’attaquer personnellement à Harper, mais pour susciter la réflexion sur les idées de droite des conservateurs actuels. Je milite pour des principes de démocratie, de justice et d’équité. »
 






