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L’ANALYSE POLITIQUE DÉFICIENTE AU QUÉBEC

31-10-2018

L’ANALYSE POLITIQUE DÉFICIENTE AU QUÉBEC

 

par Michel Frankland

Considérons ceci comme le deuxième article de la série sur la déficience politique. Le premier article portait sur la déficience en analyse politique chez les Démocrates.

Mes exemples porteront d’abord sur le brouhaha politique québécois autour de 1970.

Péquistes vibrant d’enthousiasme, nous attendions à l’extérieur de l’église de Saint-André- Apôtre la fin de la messe. Nous passions nos pamphlets aux fidèles qui sortaient. À notre déconvenue, nous sentions chez ces gens à cravate un rejet non verbal évident. Je saisissais le problème. Nous étions vêtus « sport » – jeans, chandail, gilet, espadrilles chez plusieurs. Nous affichions un comportement vestimentaire franchement incorrect pour des citoyens bien endimanchés. Bref, ce n’était pas une perte de temps ; plutôt, un acte négatif, aux conséquences contreproductives.

 

 

Deux ans plus tard – si mes souvenirs chronologiques sont exacts – lors d’une élection fédérale, un ami péquiste requiert notre aide pour la distribution de messages du NPD. Nous fîmes une rue. Nous n’avions plus d’autres documents à livrer. Or, les résultats électoraux indiquèrent que là où nous avions livré les documents NPD, ce parti reçut un pourcentage inférieur à une rue parallèle, identique à « notre » rue par la composition humaine – même que l’architecture des appartements était identique. Les analystes politiques conclurent que notre action avait effrayé les électeurs. Ils craignaient ce « parti de gauche ». Plusieurs citoyens de cette rue avaient décidé qu’ils ne valaient pas la peine d’aller voter. Mais devant cette menace de la gauche, ils se firent un devoir civique d’aller voter pour un autre parti – histoire de faire échec à ces « communiss ».

J’ai travaillé pour Jacques Parizeau un bon bout de temps. Il m’est apparu souhaitable d’arranger une rencontre entre des représentants de la communauté libanaise de Nouveau-Bordeaux. La rencontre eut lieu dans un édifice géré par les Libanais sur la rue du Liban. Les Libanais, fidèles à la tradition arabe sur l’importance des cérémonies, se présentèrent impeccablement vêtus, cravatés. Ils venaient rencontrer un homme de première importance au Parti Québécois, et dont tous, amis ou adversaires, reconnaissaient l’intelligence de premier plan.

 

 

Nous sommes là depuis 3 ou 4 minutes. Tout à coup, Parizeau me dit : « Frankland, on s’en va. » En quittant, je vois encore la face blême des Libanais. C’était une gifle en plein visage. Une humiliation de première magnitude. Ils voulaient échanger avec lui, n’excluant pas une ouverture au PQ. Le Québec et le Liban, deux peuples entourés de nombreuses communautés. Mais l’insulte, injustifiée, en firent des adversaires pour fort longtemps.

 

 

On se souvient aussi de son commentaire explosif après le résultat du référendum de 95 – et pourtant, Jean-François Lisée l’avait averti Parizeau de prendre garde à ses paroles quelques minutes avant son commentaire explosif. Il le fit malheureusement quand même. « Nous avons perdu à cause de l’argent et du vote ethnique. » Encore une fois, de nouveaux ennemis. La fille d’un ami italien avait voté PQ, et pour le référendum. Les paroles de Parizeau la rendirent rouge de colère. Un autre vote perdu, surtout d’une jeune femme exerçant une position assez influente…
De même, au cégep où j’enseignais, une prof au nom italien réagit de la même façon. Un autre vote influent dans les nuages.

Enfin, une remarque attristante de ce grand homme – dont j’ai par ailleurs beaucoup appris. Il prend la parole devant un groupe de jeunes indépendantistes, dont un certain nombre d’origine ethnique. « Nous, peuple longtemps en cheminement, nous sommes bien entre nous ! » – je cite de mémoire. Il fallait voir le visage déconfit par l’exclusion implicite… Plusieurs autres votes perdus…

 

 

Dans le troisième article de cette série, nous parlerons des circonvolutions de François Legault.