PERSPECTIVE GÉNÉTIQUE 2  QUELQUES PRÉSUPPOSÉS

 par Michel Frankland
À partir du moment où l’on croit à l’apport énorme des gènes, et aux limites ainsi imparties à chacun, on se trouve devant deux options. Ou bien j’écoute le conseil de quelques amis. Ils insistent pour que je ne rende pas publiques mes convictions à ce sujet. Ils me confient ceci : « La gauche, ils sont toqués et doctrinaux. Tu touches à une erreur qui leur est chère. Pour eux, c’est d’abord le milieu qui permet essentiellement d’accéder à des niveaux nettement supérieurs. »
L’autre option consiste dans la valeur de la liberté d’exprimer ces convictions pacifiques.
J’ai rappelé dans le premier article de cette série le « complexe Galilée ». De tout temps, il s’est avéré périlleux, à tout le moins risqué, de dénoncer ce que l’on croit être des erreurs de certains rêveurs tenant le haut du pavé public. Ainsi, les dénonciateurs de l’erreur officialisée – «Whistle blowers», selon l’expression anglophone – s’engagent dans une démarche utile mais souvent pénible.
Je tiens également à exprimer une autre conviction enracinée en moi plus profondément que la perspective que j’élaborerai au fil de quelques s articles. J’ai eu, parmi mes amis, des gros canons de l’esprit, mais d’autres au talent intellectuel clairement sous la moyenne. Quand je soupèse le poids de ces amitiés, un seul critère transcende les autres : la bonté du cœur. C’est là le critère ultime de la qualité d’une personne. Jésus loue son Père : «de ce que tu as caché ces choses aux sages et aux intelligents, et de ce que tu les as révélées aux petits1». Les doués de ce monde s’enflent peut-être trop facilement…
Ainsi, en traitant des facultés comme innées, nous n’allons pas au cœur du réel. Nous ne serons pas au niveau de l’âme, du véritable amour, de cette «bonté du cœur» que nous venons de signaler. Nous serons à un niveau opérationnel. Nous offrons une perspective à la question de l’origine des divers talents.
Une des vérités capitales qui doit nous guider au cours de ces articles consiste dans le caractère multiforme de l’intelligence. Le QI mesure UNE des intelligences, vraisemblablement la plus fondamentale au niveau strictement humain. Il convient cependant de rappeler les autres formes d’intelligence que les spécialistes, au fil de leurs investigations, ont identifiées.
L’intelligence du concret. Cette puissance de l’esprit se sent à l’aise dans son commerce avec les problèmes suscités par la matière. Un ami devait faire entrer dans sa cuisine un nouveau frigo. Il y a à peine un petit millimètre de chaque côté des deux portes de la cuisine. Et une dénivellation «d’environ deux millimètres». Un voisin doué d’intelligence concrète trouve tout de suite la solution : un tapis sous le frigo, « et on a tiré ensemble le tapis. » Aussi intelligent soit cet ami, il affirme n’avoir jamais pensé à cette solution. Mais elle est venue naturellement, et spontanément, à une intelligence concrète.
L’intelligence artistique. À talent artistique égal 2, le QI peut varier passablement. Mais voilà , il s’agit sur scène d’un autre talent, dont certains pensent, à bon droit je crois, qu’il s’enracine plus profondément dans les zones secrètes de l’âme humaine que le niveau mental mesuré par le QI. J’ai connu des artistes qui faisaient piètre figure dans la mesure du QI ; d’autres y brillaient. Mais tous étaient des comédiens et comédiennes renommés à bon droit pour leur performance sur scène. Mais cette intelligence, elle aussi, et de même que l’intelligence concrète, se trouve d’abord inscrite dans le code génétique.
Il en va pareillement de la peinture, de la sculpture, et, évidemment, de la musique.
L’intelligence sportive. Ce qui a fait les champions sportifs ne vient pas d’abord de l’entrainement, aussi nécessaire soit-il. Il vient d’un talent inné. Génétique à la base. Combien de jeunes Canadiens ont rêvé, à 12 ou 13 ans, d’accéder à la Ligne Nationale de Hockey ! Mais les gènes n’étaient pas au rendez-vous.
L’intelligence sportive, et l’intelligence abstraite sont les deux seules formes mesurables de l’intelligence. La première par les résultats sportifs ; la deuxième, par les tests de QI.
Or, il y a consensus populaire pour concéder que dans les diverses formes d’intelligence que nous venons de rappeler, l’aspect génétique «doit jouer pas mal.» Sauf lorsque l’on en parle comme facteur de différenciation raciale.
C’est sous cet aspect que débutera le troisième article sur la perspective génétique.






