Montréal

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DE L’INÉGALITÉ ET SES CONSÉQUENCES EN ÉDUCATION

13-10-2015

DE L’INÉGALITÉ ET SES CONSÉQUENCES EN ÉDUCATION

 

par Michel Frankland 

Périodiquement, des journalistes rencontrent des professeurs épuisés sur le point d’abandonner.

 

Deux revendications émergent du marécage de difficultés auxquelles ils sont confrontés.

 

La première revendication provient d’une décision catastrophique du ministère. L’élève monte de classe même s’il a échoué son année. Le lecteur saisit immédiatement, j’espère, le caractère néfaste de ce décret. Cela signifie en effet que le professeur hérite chaque année d’étudiants inaptes à assimiler la matière enseignée. La situation empire, évidemment, plus le degré scolaire et élevé. Ainsi, un enseignant de sixième du primaire vivra une classe pratiquement non fonctionnelle, chargée de tous ceux qui ont coulé dans les cinq premières années.

 

La deuxième revendication porte sur les cas non gérables dans une classe normale. L’enfant est super agité, ou ne comprend vraiment rien. Le prof doit passer tellement de temps et d’énergie avec eux que sa fonction réelle, soit le perfectionnement des élèves suffisamment doués pour progresser, s’avère inatteignable. Si bien qu’environ 20 % des professeurs abandonnent leur carrière dans les cinq premières de leur enseignement.

 

La cause de ce double désordre provient du ministère de l’éducation. Le postulat sur lequel il s’appuie origine d’une méconception toute moderne. Appelons-là «fuite fleur-bleue». Plutôt que de voir la réalité en face, une espèce d’angélisme du «tout est possible» amène à confondre la dignité due à tous avec l’universalité des dons. Bref, «tout le monde est digne, donc tout le monde est capable». Ajoutez à cette jambette à la vérité le souci électoral. Car l’utopisme québécois situerait encore plus haut que d’autres ethnies l’idéalisation de la progéniture. «Comment ! Mon enfant ne peut réussir ! Vous faites mal votre enseignement !» Si le directeur de l’école s’adonne à être du genre à vouloir la paix à tout prix (il n’est pas protégé par un syndicat…), il fera toutes les concessions possibles…

L’erreur m’apparait plus profonde. Pour trouver une solution aux cas ingérables d’enfants trop peu doués, le corps professoral se désole des coupures du ministère en soins spécialisés – psychoéducateurs, éducateurs spécialisés, etc. Je vous soumets que cette solution ne tient pas la route.

 

 

En effet, l’expérience prouve hors de tout doute que l’intelligence ne «s’apprend» pas. Comprenons-nous bien : nous devons cultiver l’intelligence de l’élève au maximum ; on ne peut cependant donner à l’enfant un talent qu’il n’a pas. C’est aussi une évidence que certains enfants n’ont même pas la capacité de réussir leur première année. On aura beau dépenser des fortunes en soins spécialisés, l’enfant inapte à l’école ou à la socialisation n’en tirera aucun profit.

 

s que les talents sont diversement distribués. Renvoyons progressivement à la maison les cas ingérables, selon le degré scolaire où ils auront atteint leurs limites. Et certains, rares cependant, devront être renvoyés après quelques semaines de leur entrée au primaire. Ainsi pourra-t-on atteindre la véritable finalité de l’éducation : s’investir à fond auprès des élèves capables de progresser.

Ce problème de fond éclaire singulièrement la dichotomie public-privé. Conçue avec bon sens, l’école publique pourrait beaucoup mieux rivaliser avec le privé. Et l’on verrait plusieurs parents transférer leurs progénitures au public. Ils auraient enfin une véritable école