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L’indépendance entre deux chaises (1)

18-08-2015

L’indépendance entre deux chaises (1)

 

 

 

 par Michel Frankland

 

Je viens de terminer le livre de Pierre Dubuc sur PKP. L’œuvre présente deux niveaux sociétaux, évidemment entremêlés.

 

Le lecteur constate une analyse assez dure du nouveau chef du PQ. Deux caractéristiques le décrivent. D’une part, l’homme adapte ses sincérités successives au gré de ses intérêts. D’autre part, le fils du bâtisseur de l’empire médiatique s’est révélé d’une compétence assez moche. Je ne suis pas en mesure de jauger l’exactitude de cette double charge. Je considère cependant que des financiers aguerris se sont trompés dans leur jugement sur les médias, n’en ayant pas saisi la nature fluctuante et pleine de rebondissements créateurs imprévisibles. Également, je me dis que toute vie active apporte son lot de réadaptations qu’une plume adverse transforme bientôt en dérisoires amas de contradictions. J’y vois une certaine dose de hargne naturelle de la gauche pour une tête d’affiche aux racines de droite.

 

Il demeure que j’ai mal digéré certaines menées du nouveau chef. La plus spectaculaire porte sur l’affirmation du caractère passéiste du Bloc, suivi quelques jours plus tard d’une rétraction toute aussi officielle. On n’imagine pas un Parizeau, un Bouchard se commettre dans une telle volte-face aussi rapide et aussi absolue. De même, il a souscrit à des affirmations de ses concurrents à la chefferie qui m’apparaissent pour le moins fort peu compatibles avec l’ensemble de sa carrière financière. Bref, on dirait un chef à la remorque de son parti. Décevant. Cependant, peut-être apprendra-t-il de ses contournements ? L’expérience est après tout la somme de nos bêtises. Il demeure que j’aimerais un chef doué d’une force plus marquée de solidité et de constance. Un leader naturel.

 

Cependant, Dubuc aborde un aspect de la politique qui m’apparaît autrement plus important. C’est le divorce entre le rêve de la gauche et le réalisme obstiné du monde financier. L’engouement qu’a suscité François Legault en créant la CAQ nous rappelle à la fois l’agacement collectif devant la syndicalisation excessive et la lourdeur résultante pour l’état. Ne serait-ce pas préférable que la syndicalisation d’une entreprise se fasse par vote populaire plutôt que par signature accumulée de cartes de membre ? Dubuc en a contre cette ce qu’il estime une tactique pesante de la droite pour mater le mouvement syndical. Mais le peuple donne majoritairement à Legault.

 

Voilà bien la tragédie péquiste. Une orientation au total clairement vers la gauche. Une attitude maternant envers la population, idéalisme accompagné presque toujours d’une administration aussi «idéale», c’est-à-dire trop chargée et trop lente. J’en donne deux exemples.

D’abord, la lenteur des soins de santé. Comparé à la rapidité française, c’est franchement gênant. Alors que les autres provinces, depuis longtemps ont compris la nécessité économique des infirmières spécialisées, le Québec, encore là, traine de la patte.

Ensuite, le scandale informatique. Je connais un certain nombre de professionnels de la programmation. Ils m’affirment en substance qu’avec des salaires et couts d’opération vingt fois moindres, ils fonctionneraient vingt fois plus vite et feraient des profits énormes. Un de mes amis a simulé sur Access – donc un logiciel commun – le système de santé avec tous ses paramètres : coordonnées et historique médicale du patient incluant diagnostique et médicaments consommés, un mot de passe (et des mots de passe pour chaque centre hospitalier), liste des entreprises médicales où il a été traité, liste de toutes les entreprises médicales et leurs coordonnées, incluant internet. Plus quelques autres items du même acabit. Le tout sur une base de données centrale. Tout ce travail ne requiert, à mesure qu’il se réalise, que les ordinateurs en place dans les centres hospitaliers.

 

Ainsi, le médecin traitant n’a qu’à ouvrir son ordi, communiquer avec la banque de données, et avec le mot de passe que lui communique le patient er avoir introduit son propre mot de passe, avoir accès pratiquement instantanément au dossier complet du patient. Les coûts ? Du travail de secrétaire. La base centrale de données coûte trois fois rien. Vous êtes bien assis ? Respirez par le nez… Les chiffres que j’ai vus dans les médias sont dans les trois milliards avancés, et c’est loin d’être terminé ! J’estime, sans préjudice, que c’est là le signe d’une gigantesque escroquerie. Des amis de certains politiciens s’emplissent les poches à un rythme hallucinant ! Encore une fois, sans préjudice. Mais je ne peux lire autrement la situation.

 

Dans la deuxième partie de cet article, nous aborderons un niveau beaucoup plus significatif de la tragédie indépendantiste.