Écoute -2
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          Par Michel Frankland         Â
Nous avons considéré, dans le premier article sur l’écoute, quatre mauvaises façons d’écouter. Les cinquième et sixième, on le constatera, sans être agressives, s’avèrent quelque peu déficientes. Surtout la cinquième.
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5.    L’écoute parentale. Recevoir l’autre. Mais en tant qu’autre. Non comme un sosie de soi. Vous avez probablement reçu un cadeau de Noël inapproprié d’un oncle ou d’une tante. Vous avez dit un gros merci quand même, mais à la fois triste et déçu de ce manque d’empathie. Ma sympathique épouse s’est montrée un modèle dans le domaine. Intuitive et généreuse, ces cadeaux ont toujours été accueillis avec enthousiasme : «Merci ! C’est exactement de quoi j’avais besoin ! J’étais pour me l’acheter d’ailleurs. Ça ne peut pas mieux tomber !»
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L’écoute parentale, au contraire, CONNAIT le problème de l’autre. Interruption : «Je vais t’expliquer ton problème.» L’autre est doublement frustré. D’abord, parce que tout être humain est un océan d’émotions. L’autre a besoin de vider son sac de cette charge émotive qui a besoin de se dire, de s’extérioriser. Il se trouve aussi que dans le dialogue dynamique entre ses propres sentiments en ébullition et les paroles qui les expriment, des éléments de la douleur intérieure deviennent mieux éclairés, plus compréhensibles à soi. L’autre volet de la frustration provient de la projection grosse comme le bras qu’on assène, bien que sympathiquement, à l’autre. Beaucoup de sympathie ; peu d’empathie.
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Je rappelle, dans ce sillage, un classique en psychologie, dont j’ai écrit un mot dans ce journal il y a plusieurs années. Aux trois instances freudiennes, intuitionne Harris dans I’m OK You’re OK, correspondent trois âges de la vie. Le Ça, siège de l’instinct, correspond à l’enfance ; le moi, univers en nous de la réalité, à l’adulte ; le surmoi, ensemble des lois morales et principes de vie introjectés dès l’enfance, au parent. Ainsi, dans l’intervention malencontreuse dont nous traitons ici, au lieu de faire naître la seule relation efficace, soit celle entre deux adultes, l’écoutant fait basculer la relation de l’écoute. C’est L’AUTRE qui maintenant doit écouter. Frustrations et rejet d’une écoute qui ne le respectent pas
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6.    L’écoute écho. Abordons maintenant les deux sortes d’écoutes pleinement dignes de ce nom. Karl Rogers, un nom qui a fait sa marque en psychologie, postule que chacun possède en soi les ressources, aussi secrètes et ignorées de la conscience soient-elles, pour se guérir soi-même. Il vise conséquemment à agir comme catalyseur pour que l’autre accède aux sources bienfaisantes menant à l’auto-guérison. L’approche a été reconnue pour les succès qu’elle a permis.
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Mais qu’arrive-t-il si, ayant bien servi d’écho à l’autre, vous percevez des solutions tellement évidentes ? Rogers, considérant absolu le cheminement de l’autre, se dit que l’autre demandera de l’information si cette requête apparaît dans son cheminement. Mais certains psys trouvent quelque peu incomplète cette attitude trop attentiste à leur goût. Une farce réprobatrice court à ce sujet : «Le bureau de ce psy rogérien est situé au quatrième étage. Le patient entre, bouleversé : «Docteur, j’ai envie de me suicider ! » – «Vous avez envie de vous suicider.» – «Docteur, je pourrais me jeter par la fenêtre !» -«Vous pourriez vous jeter par le fenêtre.» Le patient s’élance et plonge dans le vide. Le psy regarde et entend le bruit mât sur le pavé. Il en fait l’écho consciencieusement : «Pok»…
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Il demeure que cette méthode, sans être parfaite, constitue un progrès très net sur les autres. Elle fonctionne parfaitement avec bon nombre d’individus.
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7.    L’écoute interpersonnelle. Nous sommes ici au niveau de l’écoute parfaite. L’écoute interpersonnelle prend en compte les difficultés de l’autre. Elle se fait d’abord spécialement attentive. Mais assume également sa propre personnalité. Elle est AUSSI une personne. Elle est en état de dialogue. Le respect, ici, m’apparaît dans celui des deux personnes en cause. Car n’y a-t-il pas un peu de «désinfection des sentiments», d’occultation de la relation entre deux êtres de même nature, chez le rogérien ? Et qu’arrive-t-il si des solutions apparaissent chez évidentes au psychologue ? Il les propose. La délicatesse se situe dans le ton. «J’aimerais te proposer des éléments de solutions». Si l’autre s’objecte, ce qui rarissime – il est venu chercher des solutions, ce pourrait être parce qu’il veut en parler davantage.
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L’écoute, voie nécessaire d’une authentique bonté et de la santé de l’âme, s’avère plus complexe que nous le croyons généralement.
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