{"id":9928,"date":"2013-07-23T08:42:38","date_gmt":"2013-07-23T12:42:38","guid":{"rendered":"http:\/\/www.lecarrefourdesopinions.ca\/?p=9928"},"modified":"2013-07-23T08:42:38","modified_gmt":"2013-07-23T12:42:38","slug":"stendhal-et-mes-saisons-en-enfer-communiste-3","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.lecarrefourdesopinions.ca\/?p=9928","title":{"rendered":"STENDHAL ET MES SAISONS EN ENFER COMMUNISTE (3)"},"content":{"rendered":"<p><span style=\"color: #3366ff;\"><strong><em>STENDHAL ET MES SAISONS EN ENFER COMMUNISTE (3)<\/em><\/strong><strong><em><br \/> <\/em><\/strong><\/span><\/p>\n<p><strong><em><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-full wp-image-9870\" title=\"photo Tho 2\" src=\"http:\/\/www.lecarrefourdesopinions.ca\/wp-content\/uploads\/2013\/06\/photo-Tho-2.jpg\" alt=\"\" width=\"77\" height=\"91\" \/><span style=\"color: #800000;\">Envoy\u00e9 par Lam Cham Tho<\/span><br \/> <\/em><\/strong><strong><em><\/em><\/strong><\/p>\n<p><strong><em>Professeur <\/em><\/strong><strong><em>Nguy<\/em><\/strong><strong><em>\u1ec5<\/em><\/strong><strong><em>n Kim Qu\u00fd<\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><em><br \/> \u00a0 \u00a0 \u00a0Du port de Haiphong, o\u00f9 nous d\u00e9barqu\u00e2mes enfin, aux diff\u00e9rents<br \/> camps de concentration, il nous restait \u00e0 effectuer un autre voyage<br \/> non moins affreux, qui durait \u00e0 peu pr\u00e8s deux ou trois jours, par le<br \/> train et en camion. Par mesure de s\u00e9curit\u00e9, nous dit-on, les porti\u00e8res<br \/> et les fen\u00eatres devaient \u00eatre compl\u00e8tement ferm\u00e9es, et cela, sous un<br \/> soleil br\u00fblant. Dans ces fourneaux roulants, la suffocation \u00e9tait<br \/> telle que plusieurs prisonniers, \u00e2g\u00e9s et d\u00e9j\u00e0 bien affaiblis par<br \/> l\u2019\u00e9preuve de la mer, succomb\u00e8rent avant d\u2019arriver \u00e0 destination.<br \/> \u00a0 \u00a0 \u00a0Les prisons du Nord Vi\u00eatnam, au nombre d\u2019une trentaine, je crois,<br \/> \u00e0 nous destin\u00e9es, \u00e9taient toutes sises dans des r\u00e9gions montagneuses<br \/> o\u00f9 vivaient les peuplades minoritaires les plus arri\u00e9r\u00e9es ou les<br \/> familles des d\u00e9port\u00e9s et exil\u00e9s politiques depuis l\u2019occupation<br \/> fran\u00e7aise et apr\u00e8s Dien Bien Phu, pr\u00e8s des fronti\u00e8res chinoise et<br \/> laotienne et o\u00f9 les moustiques avaient la grosseur des mouches, ou<br \/> presque. Sur le chemin, des gamins et des vieilles femmes, press\u00e9s par<br \/> la haine contre nous longtemps nourrie et sans cesse attis\u00e9e par une<br \/> grossi\u00e8re propagande, nous lanc\u00e8rent \u00e0 pleine main des cailloux, des<br \/> ordures et hurl\u00e8rent des bord\u00e9es d\u2019injures. J\u2019essayai, comme mes<br \/> confr\u00e8res dans le malheur, d\u2019avaler mes larmes. De honte, d\u2019amertume,<br \/> de fureur.<\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><em><br \/> \u00a0 \u00a0 La vie dans les camps nordistes \u00e9tait plus qu\u2019infernale. Aucune<br \/> possibilit\u00e9 d\u2019\u00e9vasion. Nous \u00e9tions d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment encercl\u00e9s par<br \/> d\u2019interminables cha\u00eenes de montagne formant des murailles naturelles<br \/> solides. Et puis, m\u00eame si on r\u00e9ussissait \u00e0 les atteindre, comment<br \/> survivre, l\u00e0-haut, au froid, \u00e0 la faim, \u00e0 la soif, \u00e0 l\u2019\u00e9puisement<br \/> physique? Nous \u00e9tions cas\u00e9s dans de vieilles baraques basses en toit<br \/> de chaume, couchions sur une esp\u00e8ce de lit collectif fait de rugueuses<br \/> planchettes de bois, sans nattes, sans oreillers, sans paillassons,<br \/> pour nous r\u00e9veiller au matin, le visage et le corps cribl\u00e9s de piq\u00fbres<br \/> de punaises et de moustiques. Par ailleurs, le froid \u00e9tait \u00e0 son<br \/> comble. Pour tout habillement, on nous donnait \u00e0 chacun un uniforme<br \/> bleu en tissu grossier \u00e0 utiliser pour deux ans, et une minuscule<br \/> couverture r\u00e2p\u00e9e de mauvaise laine. Pas de sandales, ni chausettes, ni<br \/> chapeaux. A nous de nous d\u00e9merder, nous dit-on, ou tant pis! En hiver<br \/> et en saison des pluies, c\u2019\u00e9tait impossible de dormir, tant le froid<br \/> et l\u2019humidit\u00e9 devenaient intol\u00e9rables, impitoyables, et on nous<br \/> interdisait de faire du feu dans la baraque.<\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><em><br \/> \u00a0 \u00a0 \u00a0Tout \u00e7a, cependant, n\u2019\u00e9tait rien \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de la faim, le pire des<br \/> tourments. Notre ration alimentaire, en effet, se limitait \u00e0 un bol de<br \/> racine de manioc pour l\u2019un des deux repas quotidiens. Pas de petit<br \/> d\u00e9jeuner. Pas de riz. Ni lait ni sucre. Ni viande ni l\u00e9gumes. Le<br \/> manioc qu\u2019on nous donnait avait \u00e9t\u00e9 s\u00e9ch\u00e9 au soleil et, ainsi, servait<br \/> de nourriture en cas de mauvaise r\u00e9colte aux cochons qui, je devine,<br \/> l\u2019auraient m\u00eame refus\u00e9, car il avait une couleur noir\u00e2tre, un go\u00fbt<br \/> douteux, sinon aigre, une odeur f\u00e9tide. Mais la faim avait raison du<br \/> d\u00e9go\u00fbt et du choix. Avec cette horrible boustifaille, les gars, m\u00eame<br \/> les plus costauds, au bout de quelques mois, avaient le teint p\u00e2le,<br \/> l\u2019air hagard, la figure d\u00e9charn\u00e9e. Apr\u00e8s un an, \u00e7a devenait des<br \/> squelettes ambulantes. La cervelle devenue p\u00e2teuse, on ne pouvait plus<br \/> r\u00e9fl\u00e9chir, ni r\u00e9agir. Oubliant leur dignit\u00e9, plusieurs ne pensaient<br \/> plus qu\u2019\u00e0 la bouffe, et c\u2019\u00e9tait tout \u00e0 fait normal. Pire, on perdait<br \/> ainsi toute vell\u00e9it\u00e9 de r\u00e9sister, de se r\u00e9volter, de se respecter, et<br \/> tout \u00e7a se conformait parfaitement au plan pr\u00e9vu par les ge\u00f4liers. La<br \/> malnutrition et le manque de vitamines et de m\u00e9dicaments engendraient<br \/> de nombreuses in\u00e9vitables maladies graves, l\u2019avitaminose et le<br \/> b\u00e9rib\u00e9ri par exemple, qui, avec le paludisme, ne tardaient pas \u00e0<br \/> envoyer, tout doucement, chaque jour, dans l\u2019autre monde un ou deux<br \/> pauvres diables.<\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><em><br \/> \u00a0 \u00a0 \u00a0Les survivants, eux, continuaient de plus belle \u00e0 m\u00e2cher du<br \/> manioc sec, \u00e0 avoir faim, \u00e0 \u00eatre malades, et surtout \u00e0 travailler dur.<br \/> Les gardiens ne cessaient de r\u00e9p\u00e9ter que le travail est source de<br \/> toute gloire, et qu\u2019au commencement, le premier homme, \u00e0 savoir notre<br \/> anc\u00eatre, avait \u00e9t\u00e9 un singe, que ce singe \u00e0 force de grimper sur<br \/> l\u2019arbre pour cueillir les fruits, descendre dans le champ pour semer<br \/> les grains, courir dans la for\u00eat pour chasser les li\u00e8vres, bref, de<br \/> travailler dur, avait, peu \u00e0 peu, perdu ses longs poils pour devenir<br \/> beau, lisse comme nous le sommes aujourd\u2019hui. Que les paresseux, les<br \/> parasites, les gens velus, nous hurlait-on \u00e0 l\u2019oreille, soient donc<br \/> \u00e9limin\u00e9s du paradis communiste!<\/em><\/strong><\/p>\n<p><strong><em>\u00a0<\/em><\/strong><\/p>\n<p><strong><em>\u00a0<\/em><\/strong><\/p>\n<p><strong><em>\u00a0<\/em><\/strong><\/p>\n<p><strong><em>\u00a0<\/em><\/strong><\/p>\n<p><strong><em>\u00a0<\/em><\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<script type=\"text\/javascript\">\n\nvar addthis_config = {\"data_track_clickback\":false,\"data_track_addressbar\":false,\"data_track_textcopy\":false};\n<\/script><script type=\"text\/javascript\" src=\"\/\/s7.addthis.com\/js\/250\/addthis_widget.js#pubid=f084fdfbcefba74c78dfad3bbc873ffd\"><\/script>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p><span style=\"color: #3366ff;\">STENDHAL ET MES SAISONS EN ENFER COMMUNISTE (3) <\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #800000;\">Envoy\u00e9 par Lam Cham Tho<\/span> <\/p>\n<p>Professeur Nguy\u1ec5n Kim Qu\u00fd<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"> \u00a0 \u00a0 \u00a0Du port de Haiphong, o\u00f9 nous d\u00e9barqu\u00e2mes enfin, aux diff\u00e9rents camps de concentration, il nous restait \u00e0 effectuer un autre &hellip;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-9928","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-accueil"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.lecarrefourdesopinions.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/9928","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.lecarrefourdesopinions.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.lecarrefourdesopinions.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lecarrefourdesopinions.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lecarrefourdesopinions.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=9928"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/www.lecarrefourdesopinions.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/9928\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":9953,"href":"https:\/\/www.lecarrefourdesopinions.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/9928\/revisions\/9953"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.lecarrefourdesopinions.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=9928"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lecarrefourdesopinions.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=9928"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lecarrefourdesopinions.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=9928"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}