{"id":9898,"date":"2013-07-09T08:31:11","date_gmt":"2013-07-09T12:31:11","guid":{"rendered":"http:\/\/www.lecarrefourdesopinions.ca\/?p=9898"},"modified":"2013-07-09T08:31:11","modified_gmt":"2013-07-09T12:31:11","slug":"stendhal-et-mes-saisons-en-enfer-communiste2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.lecarrefourdesopinions.ca\/?p=9898","title":{"rendered":"STENDHAL ET MES SAISONS EN ENFER COMMUNISTE(2)"},"content":{"rendered":"<p><strong><em>STENDHAL ET MES SAISONS EN ENFER COMMUNISTE(2)<\/p>\n<p> <\/em><\/strong><strong><em>Professeur <\/em><\/strong><strong><em>Nguy<\/em><\/strong><strong><em>\u1ec5<\/em><\/strong><strong><em>n Kim Qu\u00fd<\/em><\/strong><\/p>\n<p><strong><em><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-full wp-image-9870\" title=\"photo Tho 2\" src=\"http:\/\/www.lecarrefourdesopinions.ca\/wp-content\/uploads\/2013\/06\/photo-Tho-2.jpg\" alt=\"\" width=\"77\" height=\"91\" \/>\u00a0<\/em><\/strong><span style=\"color: #800000;\"><em>\u00a0 Envoy\u00e9 Par Lam Cham Tho<\/em><strong><em><br \/><\/em><\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong><em>\u00a0 <span style=\"color: #ff0000;\">Error! Filename not specified.<\/span><\/p>\n<p> \u00a0 \u00a0 \u00a02. Pendant la guerre du Vi\u00eatnam, comme officier des Forces Arm\u00e9es<br \/> du Sud, \u00a0j\u2019avais toujours dans les poches de mon treillis le<br \/> chef-d\u2019\u0153uvre lyriqueTruyen Kieu de notre grand po\u00e8te national Nguyen<br \/> Du, Les Fleurs du Mal de Baudelaire et un roman de Stendhal que je<br \/> lisais entre deux batailles, dans les tranch\u00e9es, aux casernes ou aux<br \/> snacks&#8230; Nguyen Du, Baudelaire et surtout Stendhal m\u2019aidaient ainsi \u00e0<br \/> m\u2019\u00e9vader hors de la lourde r\u00e9alit\u00e9 qui, comme dit Nerval, n\u2019est pas<br \/> toujours la s\u0153ur du r\u00eave. Je me laissais souvent charmer par les<br \/> douceurs d\u2019une vie imagin\u00e9e dans toute sa splendeur et remplie de<br \/> nuages roses, d\u2019amours vertes, de baisers infinis, d\u2019une vie qui n\u2019a<br \/> pas de nom ici-bas. La mort nous guettait \u00e0 chaque instant, mais la<br \/> prose de Stendhal, mieux que le vin et la femme, ou le haschisch dans<br \/> la po\u00e9sie baudelairienne, me donnait le courage inoui de la d\u00e9fier,<br \/> bien en face: je l\u2019oubliais, c\u2019est peu dire, je la d\u00e9daignais<br \/> carr\u00e9ment. Tout comme les h\u00e9ros stendhaliens, Julien, Fabrice, Octave,<br \/> Lucien, etc&#8230;<br \/> \u00a0 \u00a0 \u00a0L\u2019\u00e9pisode de l\u2019apr\u00e8s-guerre va mieux montrer comment les romans,<br \/> et sp\u00e9cialement ceux de Stendhal, m\u2019ont tenu sous leur charme \u00e0 la<br \/> fois tyrannique et b\u00e9n\u00e9fique.<\/p>\n<p> \u00a0 \u00a0 \u00a03. Nous sommes en 1975. La paix honteuse, impos\u00e9e par les<br \/> super-puissances internationales \u00e0 notre pauvre pays le 30 Avril, met<br \/> fin \u00e0 une guerre non moins honteuse et sonne le glas pour le Sud du<br \/> Vi\u00eatnam d\u00e9sormais livr\u00e9 aux mains des bourreaux du Nord, vainqueurs<br \/> malgr\u00e9 eux. Ce jour-l\u00e0, je devins tout d\u2019un coup \u201cprisonnier de<br \/> guerre\u201d et \u201cennemi du peuple\u201d, sans savoir exactement pourquoi. Le<br \/> nouveau r\u00e9gime, qui se fit appeler \u201cr\u00e9volutionnaire\u201d, rouge jusqu\u2019au<br \/> bout des ongles, s\u2019est vite donn\u00e9 une \u201cgrandiose\u201d t\u00e2che: envoyer en<br \/> prison tous les officiers et cadres Sudistes. L\u00e0 commenc\u00e8rent tous nos<br \/> malheurs. Mais ma foi soudain r\u00e9veill\u00e9e en Dieu et mon inalt\u00e9rable<br \/> passion pour Stendhal et ses romans me sauv\u00e8rent non plus seulement<br \/> des laideurs de la vie, mais encore des brutalit\u00e9s de la mort qui se<br \/> r\u00e9v\u00e9la maintenant mille fois plus mena\u00e7ante, plus moche qu\u2019en temps de<br \/> guerre. Gr\u00e2ce \u00e0 Dieu et \u00e0 Stendhal donc, je pus survivre \u00e0 mes huit<br \/> ans d\u2019incarc\u00e9ration, de faim, de souffrances, de privations, dans de<br \/> multiples camps de labeur, et \u00e0 mon horrible descente en enfer.<br \/> \u00a0 \u00a0 \u00a0Enfer communiste, bien s\u00fbr. Mais aucun langage ne peut assez<br \/> d\u00e9crire les atrocit\u00e9s d\u2019une prison tenue par les Vi\u00eatnamiens<br \/> Communistes \u2013alias Viet Cong. Ce sont des ge\u00f4liers n\u00e9s, croyez-moi,<br \/> faisant preuve d\u2019une vigilance et d\u2019une exp\u00e9rience hors de pair. Aucun<br \/> lieu de d\u00e9tention, fictif ou r\u00e9el, que je sache, pas m\u00eame L\u2019Archipel<br \/> du Goulag de Soljenitsyne ou Souvenirs de la maison des mortsde<br \/> Dosto\u00efevski, n\u2019arrive \u00e0 \u00e9galer les camps Vi\u00eatnamiens en ce que<br \/> j\u2019appelle \u201craffinement de cruaut\u00e9\u201d: ici, on tue d\u2019une mani\u00e8re<br \/> scientifique, progressive, affreusement douce, par l\u2019obligation \u00e0 une<br \/> faim permanente. Pour mieux nous ma\u00eetriser, ces salauds exploitaient<br \/> habilement l\u2019instinct le plus bas, le plus d\u00e9gradant de l\u2019homme:<br \/> besoin de manger. Au moins, dans leurs prisons, les h\u00e9ros stendhaliens<br \/> peuvent manger et boire \u00e0 loisir: en plus, Fabrice a le chocolat de<br \/> Cl\u00e9lia, et Julien, le champagne et les cigares envoy\u00e9s par Mathilde.<br \/> Quant \u00e0 nous, quant \u00e0 moi, chaque jour, nous \u00e9tions forc\u00e9s de nous<br \/> voir mourir lentement en b\u00eates traqu\u00e9es, de vivre pratiquement une<br \/> mort ignoble, humiliante, avilissante, invent\u00e9e expr\u00e8s par les Viet<br \/> Cong \u2013nos compatriotes. Une mort \u00e0 retardement qui tra\u00eenait, tra\u00eenait,<br \/> avec dans l\u2019\u00e2me de chaque prisonnier la rage impuissante, la honte<br \/> d\u2019en \u00eatre r\u00e9duit \u00e0 songer constamment, chaque jour, \u00e0 l\u2019estomac creux<br \/> et au moyen de le remplir.<br \/> \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0On avait ordonn\u00e9 aux officiers de se pr\u00e9senter aux \u201ccomit\u00e9s<br \/> r\u00e9volutionnaires du peuple\u201d, faire les pr\u00e9paratifs d\u2019un stage de<br \/> r\u00e9\u00e9ducation qui, d\u2019apr\u00e8s le communiqu\u00e9 officiel utilisant une<br \/> phras\u00e9ologie vague et trompeuse, ne devrait durer que dix ou trente<br \/> jours, selon les grades. C\u2019\u00e9tait en Juin 1975. Nul ne s\u2019est jamais<br \/> dout\u00e9, cependant, que ce serait pour tous un long voyage au bout de la<br \/> nuit digne de C\u00e9line, qui durait huit, ou dix, ou m\u00eame quatorze ans,<br \/> et pour plusieurs un aller simple, un adieu \u00e0 la vie et au monde,<br \/> litt\u00e9ralement. D\u2019abord nous avions \u00e9t\u00e9 d\u00e9tenus dans les camps du Sud.<br \/> Puis, un beau jour, on d\u00e9cida de transf\u00e9rer au Nord environ cent mille<br \/> \u201c\u00e9l\u00e9ments\u201d jug\u00e9s les plus \u201cr\u00e9actionnaires\u201d, c\u2019est-\u00e0-dire les plus<br \/> dangereux, dont l\u2019archev\u00eaque de Saigon Nguyen Van Thuan et un bon<br \/> nombre de g\u00e9n\u00e9raux. Sur mer. Dans quelques vieux charbonniers<br \/> confisqu\u00e9s au \u201cgouvernement fantoche\u201d. On nous passe les menottes, on<br \/> nous enferme par milliers dans les cales, on nous r\u00e9duit ainsi \u00e0<br \/> l\u2019\u00e9tat de b\u00e9tail. La travers\u00e9e dure trois jours. Trois si\u00e8cles. L\u2019air<br \/> nous manque. L\u2019eau aussi. La nourriture est une chim\u00e8re: pour toute la<br \/> journ\u00e9e, chaque d\u00e9tenu re\u00e7oit deux biscuits moisis, sorte de ration<br \/> militaire made in China, grands comme deux bo\u00eetes d\u2019allumettes, juste<br \/> assez pour ne pas crever. Au-dessus, rien qu\u2019un plafond noir. Autour,<br \/> des corps inertes empil\u00e9s les uns contre les autres et tout couverts<br \/> de r\u00e9sidus de charbon. La canicule exerce son pouvoir n\u00e9faste. D\u00e8s les<br \/> premi\u00e8res heures, une exhalaison m\u00e9phitique et asphyxiante empoisonne<br \/> les cales bond\u00e9es. Partout, un silence de mort.<\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><em>Suite\u00a0 23 juillet <\/em><\/p>\n<script type=\"text\/javascript\">\n\nvar addthis_config = {\"data_track_clickback\":false,\"data_track_addressbar\":false,\"data_track_textcopy\":false};\n<\/script><script type=\"text\/javascript\" src=\"\/\/s7.addthis.com\/js\/250\/addthis_widget.js#pubid=f084fdfbcefba74c78dfad3bbc873ffd\"><\/script>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>STENDHAL ET MES SAISONS EN ENFER COMMUNISTE(2)<\/p>\n<p> Professeur Nguy\u1ec5n Kim Qu\u00fd<\/p>\n<p>\u00a0<span style=\"color: #800000;\">\u00a0 Envoy\u00e9 Par Lam Cham Tho<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">\u00a0 <span style=\"color: #ff0000;\">Error! Filename not specified.<\/span><\/p>\n<p> \u00a0 \u00a0 \u00a02. 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