{"id":10797,"date":"2014-07-18T15:20:17","date_gmt":"2014-07-18T19:20:17","guid":{"rendered":"http:\/\/www.lecarrefourdesopinions.ca\/?p=10797"},"modified":"2014-07-18T15:20:17","modified_gmt":"2014-07-18T19:20:17","slug":"le-temps-dans-les-langues-3","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.lecarrefourdesopinions.ca\/?p=10797","title":{"rendered":"Le temps dans les langues  3"},"content":{"rendered":"<p><strong>Le temps dans les langues\u00a0 3<\/strong><\/p>\n<p><em><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-thumbnail wp-image-10396\" title=\"photo Michel Frankland 2\" src=\"http:\/\/www.lecarrefourdesopinions.ca\/wp-content\/uploads\/2013\/12\/photo-Michel-Frankland-2-134x107.jpg\" alt=\"\" width=\"134\" height=\"107\" \/>\u00a0\u00a0<span style=\"color: #800000;\"> Par Michel Frankland\u00a0\u00a0<\/span>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 <br \/><\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Nous continuons ici l\u2019approfondissement du temps dans les langues.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le dicton anglais prend la r\u00e9alit\u00e9 par l\u2019autre bout du cheminement que celui\u00a0 de Boileau\u00a0: \u00abThe proof is in the pudding.\u00bb Soit\u00a0: \u00abArrange \u00e7a comme tu veux, si \u00e7a marche bien, c\u2019est que, sans n\u00e9cessairement te le dire m\u00e9thodiquement, tu as saisis intuitivement la mani\u00e8re de r\u00e9ussir.\u00bb De m\u00eame, cette r\u00e9flexion typiquement anglo\u00a0: \u00abNothing succeeds like success\u00a0!\u00bb Le postulat de cette conception du temps r\u00e9side dans la sup\u00e9riorit\u00e9 de l\u2019intuition sur la raison. Par contre-distinction avec\u00a0 Boileau, ce que l\u2019intuition saisit n\u2019a pas n\u00e9cessairement \u00e0 \u00eatre clairement exprim\u00e9. Bref, pour la conception du d\u00e9roulement du temps, la pens\u00e9e chemine en conjonction\u00a0 entre\u00a0 l\u2019abstraction et les m\u00e9andres myst\u00e9rieux du r\u00e9el comme elle chemine entre le pr\u00e9sent et le futur. Si bien que l\u2019abondance du langage nous coupe facilement du continuum abstrait-concret. D\u2019o\u00a0\u00f9\u00a0 le proverbe anglais que j\u2019affectionnais particuli\u00e8rement\u00a0 dans la prestation de cours en communication orale\u00a0: \u00abSTAND UP\u00a0! SPEAK UP\u00a0! SHUT UP\u00a0!\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Les anglo, typiquement les Ontariens, se sont b\u00e2ti des terres carr\u00e9es. Ils habitent au centre. Les paysans qu\u00e9b\u00e9cois, qui en mettent\u00a0 davantage du c\u00f4t\u00e9 de la communication verbale, se sont construit des maisons rapproch\u00e9es avec des terres s\u2019\u00e9tendant sur la longueur derri\u00e8re leur maison. Jacques Godbout, l\u2019\u00e9crivain qu\u00e9b\u00e9cois bien connu, a d\u00e9crit dans Les t\u00eates \u00e0 Papineau, cette m\u00eame dichotomie. Les deux jumeaux, un avec un cerveau anglo\u00a0; l\u2019autre, franco. Et c\u2019est l\u2019anglo l\u2019intuitif et le franco\u00a0 c\u00e9r\u00e9bral.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">J\u2019ai constat\u00e9 en ce sens une diff\u00e9rence marqu\u00e9e entre les fins de rencontres dans les deux groupes.\u00a0 Chez les francophones, les conversations s\u2019\u00e9ternisent sur le perron. Le postulat, toujours le m\u00eame, conclut que, ultimement, TOUT DOIT \u00caTRE DIT. Ce que ces conversations qui n\u2019en finissent plus impliquent est un sentiment d\u2019affection qui, demeurant plus consid\u00e9rable que ce qu\u2019on en peut exprimer, doit \u00eatre prolong\u00e9 par un surcro\u00eet de pr\u00e9cisions.\u00a0 L\u2019anglophone conclut en sens inverse\u00a0: \u00abJe ne veux pas diluer au niveau des mots une affection si r\u00e9elle pour vous qu\u2019elle commande que je me taise. Bonsoir\u00a0!\u00bb Cette attitude est encore plus marqu\u00e9e chez les Am\u00e9ricains. Il y a l\u00e0 une pudeur qui confine quelquefois \u00e0 de la m\u00e9lancolie secr\u00e8te. Jacques\u00a0 godbout, justement, percevait chez les gens de Toronto cette pudeur verbale d\u2019une \u00e2me qui, tr\u00e8s secr\u00e8tement, le soir, au plus profond de son \u00eatre, se sent m\u00e9lancolique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais ce mariage intime de l\u2019abstrait et des d\u00e9charges ombr\u00e9es\u00a0 du concret entraine deux autres cons\u00e9quences, \u00a0dont l\u2019une est n\u00e9gative et l\u2019autre assez particuli\u00e8re.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Le versant n\u00e9gatif de cette conception du temps verse quelquefois dans la confusion. Ainsi, l\u2019expression \u00abOne way\u00bb, pour indiquer une rue \u00e0 sens unique constitue \u2013 on me pardonnera le jeu de mot facile \u2013 un non-sens.\u00a0 En effet, toute rue, \u00e0 sens unique ou pas, est une voie une, unique.\u00a0 De m\u00eame, une vieille tante anglaise m\u2019informait d\u2019un accident dans un train. Un homme \u00e9tait \u00e0 la fen\u00eatre ouverte, entre deux wagons, \u00e0 contempler les vaches dans le champ. Une \u00e2me bien intentionn\u00e9e, pr\u00e8s de lui, vit un train qui s\u2019approchait en sens contraire. Elle lui cria \u00abLook out\u00a0!\u00bb ce qu\u2019il fit, pour un accident majeur \u00e0 son cerveau. Celui-ci s\u2019\u00e9tait frott\u00e9 le dessus de la t\u00eate sur le train en sens inverse. On peut penser que l\u2019accident\u00e9 n\u2019\u00e9tait un anglo de souche. Il demeure que l\u2019expression \u00e9tait pour le moins ambig\u00fce. Faire attention qui se traduit litt\u00e9ralement par \u00abRegarde dehors\u00a0!\u00bb\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Certains consid\u00e8rent que la langue anglaise, parce qu\u2019elle se d\u00e9fie de la raison pure, \u00abglisse\u00bb quelquefois sur les mots. Ainsi, un brillant auteur de bouquins de bridge, Mike Lawrence, a \u00e9crit un livre appr\u00e9ci\u00e9 intitul\u00e9\u00a0<em>False Cards<\/em>. Il traite des cartes d\u00e9ceptives.\u00a0 Les cartes ne sont pas fausses\u00a0!\u00a0 Ce sont de vraies cartes. Les excellents bridgeurs ont compris depuis longtemps qu\u2019il s\u2019av\u00e8re opportun de joueur dans la t\u00eate de ses adversaires. Si bien que si je peux jouer une carte que je ne devrais pas normalement produire, il pourrait facilement en tirer une pi\u00e8tre ligne de jeu.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette \u00abglissade\u00bb sur la langue m\u2019appara\u00eet originer justement de la m\u00e9fiance de la raison pure.\u00a0 C\u2019est comme si le locuteur anglais utilisait quelquefois la langue, surtout dans certaines r\u00e9alit\u00e9s complexes,\u00a0 comme un instrument qui traduit un contexte. \u00abComprends ce que je te dis. Nous savons bien tous les deux que la carte n\u2019est pas fausse. Mais je te lance dans la direction de la tromperie de l\u2019adversaire. Contextuellement, cette carte doit \u00eatre fausse-pour-l\u2019adversaire. \u00a0Bref, c\u2019est comme si la langue anglaise postulait que certaines r\u00e9alit\u00e9s plus touffues portent une utilisation \u00ab\u00e0 c\u00f4t\u00e9 du langage\u00bb. Celui-ci appara\u00eet trop pauvre pour v\u00e9hiculer la complexit\u00e9 de certaines choses de la vie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Un d\u00e9faut cependant guette la pens\u00e9e anglo. Elle peut s\u2019impliquer tellement dans le continuum abstrait-concret qu\u2019elle en effectue une translation dans un doubl\u00e9 voisin, celui de \u00abobjectivit\u00e9-sentiment\u00bb.\u00a0 Il en r\u00e9sulte malheureusement\u00a0 un exc\u00e8s langagier qui confine quelquefois au ton hyst\u00e9rique. Il y a quelques mois, j\u2019avais, \u00e0 l\u2019occasion d\u2019un autre sujet dans <em>Le Carrefour\u00a0 des opinions<\/em>, touch\u00e9 \u00e0 ce point pr\u00e9cis. J\u2019\u00e9crivais sur la commercialisation des sentiments. La comparaison ici se rapportait aux deux extr\u00eames\u00a0: la pens\u00e9e fran\u00e7aise et le mens am\u00e9ricain\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0La commercialisation des sentiments \u00e0 la t\u00e9l\u00e9 m\u2019appara\u00eet sp\u00e9cifiquement am\u00e9ricaine. J\u2019ai visionn\u00e9 des reportages fran\u00e7ais sur la brousse africaine. Le ton est calme, attentif. Nous sommes, avec l\u2019animateur, en train d\u2019en apprendre sur les relations complexes d\u2019une famille de lions. L\u2019attitude, ici,\u00a0 en est une de respect naturel du monde qui nous entoure. M\u00eame que le ton, quelquefois, rejoint un niveau d\u2019authentique et sobre po\u00e9sie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00c9videmment, toute comparaison est imparfaite. J\u2019ai voulu ici d\u00e9gager des tendances majoritaires, des lignes de force.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Nous nous retrouverons au prochain article \u00e0 sonder un niveau beaucoup plus \u2026 \u00e9ternel\u00a0 du temps \u2026 Vous verrez bien\u00a0!&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ciao\u00a0!<\/p>\n<script type=\"text\/javascript\">\n\nvar addthis_config = {\"data_track_clickback\":false,\"data_track_addressbar\":false,\"data_track_textcopy\":false};\n<\/script><script type=\"text\/javascript\" src=\"\/\/s7.addthis.com\/js\/250\/addthis_widget.js#pubid=f084fdfbcefba74c78dfad3bbc873ffd\"><\/script>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le temps dans les langues\u00a0 3<\/p>\n<p>\u00a0\u00a0<span style=\"color: #800000;\"> Par Michel Frankland\u00a0\u00a0<\/span>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 <\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Nous continuons ici l\u2019approfondissement du temps dans les langues.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le dicton anglais prend la r\u00e9alit\u00e9 par l\u2019autre bout du cheminement que celui\u00a0 de Boileau\u00a0: \u00abThe proof is &hellip;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-10797","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-accueil"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.lecarrefourdesopinions.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/10797","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.lecarrefourdesopinions.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.lecarrefourdesopinions.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lecarrefourdesopinions.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lecarrefourdesopinions.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=10797"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/www.lecarrefourdesopinions.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/10797\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":10819,"href":"https:\/\/www.lecarrefourdesopinions.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/10797\/revisions\/10819"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.lecarrefourdesopinions.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=10797"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lecarrefourdesopinions.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=10797"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lecarrefourdesopinions.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=10797"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}