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Qui parle de sous-développement ?

18-01-2012

Qui parle de sous-développement ?

Par Jean Erich René

Le sous- développement est un effet d’ombre de la pensée capitaliste suite au triomphe du développement économique de certaines nations. Par contraste surgit son pendant étiqueté sous-développement qui n’est nullement un construit mais un constat. Avant la naissance du Capitalisme, l’histoire économique était marquée par l’essor et le déclin des empires grec et romain. Nous devons évoquer également la suprématie de nombreuses civilisations telles que la Chine antique et l’Égypte pharaonique. Les inégalités entre les nations étaient  évidentes, mais elles n’étaient pas aussi criantes. Les forces militaires constituaient le principal déterminant de la puissance.
La révolution industrielle du 19e siècle va changer définitivement les données. Avec la naissance de la machinerie , la Grande Bretagne, l’Allemagne, la France vont connaître une croissance économique qui les éloigne de plus en plus des autres nations. Ils seront rejoints par d’autres pays. A partir de ce moment émerge le vocable sous-développement. Cette notion qui traduit une situation d’infériorité par rapport aux nations riches est plutôt interprétée comme un retard de développement.
Simon Kuznets décrit le sous-développement comme le signe évident d’une sous- utilisation des ressources naturelles et humaines disponibles. Il se manifeste par le fait qu’une population ne peut pas répondre à des besoins fondamentaux tels que se nourrir, se loger, se vêtir.
François Perroux, de son côté, note que les économies des pays dits sous-développés sont purement et simplement mal organisés. Les prix ne sont pas homogènes. Les produits ne circulent pas suffisamment et on observe un manque d’information sur le marché. Ce sont des économies dominées c’est à dire des économies qui malgré la décolonisation restent sous la tutelle des nations riches.
Le sous-développement est généralement défini par rapport à certains indicateurs de mesure comme :
•         le PIB ou Produit Intérieur Brut monté à partir du niveau du revenu national
•         l’IDH ou Indice de Développement Humain, proposé depuis 1990 par le  PNUD ou Programme des Nations Unies pour le Développement est basé sur 3 critères :
1.     longévité  ou espérance de vie à la naissance
2.    instruction ou possibilité d’accès à l’éducation mesurée à partir du taux d’alphabétisation et des taux combinés de scolarisation primaire et secondaire
3.      conditions de vie axées sur le PIB calculé selon le logarithme de la parité du pouvoir d’achat.
Mesurer le sous-développement par certains indicateurs qui reflètent les richesses matérielles ou certains critères sociaux , témoigne déjà d’un parti pris ou d’un préjugé  fondé sur les ressources du patrimoine culturel de l’Occident pris comme étalon. Comme nous pouvons le constater ces indicateurs ne donnent qu’une idée  approximative de la qualité de vie basée sur les biens matériels, sans pour autant mesurer le bonheur collectif qui est la finalité de tout développement économique et social réel.
Chaque peuple a su créer à travers l’histoire les outils et les biens propres à son milieu pour aménager son existence selon sa philosophie et ses croyances. Comparer une nation à une autre nation sur la base de biens purement matériels, choisis arbitrairement et unilatéralement en  Occident, sonne  faux. D’ailleurs nous  relevons des erreurs abyssales dans le calcul du Produit National Brut ou PNB. En prenant Haïti comme modèle nous rejetons d’emblée le  PNB comme critère de mesure de la richesse nationale, pour les raisons suivantes :
1.- D’une part des lacunes graves ont été relevées au niveau du calcul de nos revenus et dépenses :
–          le revenu du paysan qui représente la majorité nationale n’a pas été comptabilisé,
–          les produits de son jardin n’ont pas été mentionnés dans la collecte des données,
–          les maisons construites en milieu rural, au cours de l’année, ne sont pas considérées.
Les statistiques haïtiennes ne tiennent pas comptent des critères propres à notre milieu. Si le paysan a pu répondre à tous ses besoins et même contribuer à la croissance du Revenu National par la production des denrées agricoles consommés sur place et exportés à l’extérieur, c’est qu’il a fourni un travail utile. Dans la mesure où l’on se réfère à cette équation de Keynes sur le Plan de l’analyse économique : Revenu = Dépense, nous pouvons dénoncer l’erreur commise dans la collecte des données statistiques. Le drame résulte du fait que :
– la force de travail du paysan n’a pas été comptée en termes d’argent
– sa maison n’a pas été évaluée monétairement. Qu’elle soit en claies, en maçonnerie ou en béton, elle procure le même niveau de satisfaction
– son approvisionnement en eau potable ne figure pas parmi les dépenses
– sa lampe tête bobèche qui lui procure un éclairage satisfaisant n’est pas comptée
– ses produits alimentaires frais et sains, sans aucun adjuvant chimique ne sont pas inclus
2.- D’autre part s’il nous était permis d’intégrer parmi les éléments de calcul du Revenu  National des pays dits développés,  en contrepartie nous aurions ajouté:
– la pollution de l’air par les pots d’échappement des voitures et des cheminées d’usine,
– l’apport de chaque nation en fait d’émission de gaz à effets de serre,
– leur part dans  le  rétrécissement de la couche d’ozone causant le réchauffement de la planète,
– le niveau de stress des populations des pays riches,
– le ratio de consommation des produits naturels parallèlement aux critères de santé.
Dores et déjà nous pouvons conclure que le Développement tel qu’il est conçu et pratiqué met la vie de l’homme beaucoup plus en danger que la pauvreté. La récession économique qui empoisonne la vie des habitants des Nations développées est la preuve par quatre de l’incohérence  de leur paradigme. En faisant le pour et le contre de ces manifestations de la vie, l’écart entre pays développés et pays sous-développés seraient fortement réduits et même inversés.
Définitivement le PIB , l’indicateur principal de la discrimination en pays développés et sous-développés, n’est pas fiable parce qu’ »il ne donne aucune idée des richesses concentrées entre les mains de  certaines familles. Il s’agit d’une moyenne arithmétique, c’est à dire une mesure de tendance centrale  qui réduit  tout le monde au même dénominateur commun. Aux USA quelques familles seulement détiennent le plus fort montant des revenus américains tandis que le reste croupit  dans la crasse et la misère. Si le PIB traduisait vraiment la réalité pourquoi il y a tant de ghettos aux USA. Dans chaque pays développé on trouve les enclaves du sous-développement. Aux USA 45 millions de personnes pataugent dans la misère, Le PIB est un indicateur biaisé.
Les faits stylisés révèlent qu’aucun pays n’est condamné à rester définitivement développé ou sous-développé. Même avec les critères retenus par le Matérialisme Economique pour discriminer les Peuples du Monde,  l’histoire leur apporte un vif démenti en les sanctionnant par la chute vertigineuse de leur PIB souvent gagné par le pillage du  Tiers-Monde ou bien encore l ‘exploitation de leurs forces de travail. Par contre, au cours de la deuxième moitié du 20e siècle les 4 dragons d’Asie : la Corée du Sud, Hong Kong, Singapour  et Taïwan occupent le peloton de tête des NPI ou Nouveaux Pays Industrialisée et distribuent des revenus comparables au Japon.
Sur le plan psychologique la propagande orchestrée par les médias autour de la Richesse des Nations attaque la fibre morale des esprits fragiles et ouvre la voie à une véritable colonisation intellectuelle. Ainsi nous sommes amenés à faire toujours le jeu de l’Occident, sans scruter notre environnement et dégager nos propres possibilités de développement. D’ailleurs si les indicateurs économiques disaient vrai, l’existence des populations du Tiers-Monde ne tiendrait à aucun fil. La population haïtienne est là pimpante malgré les déboires du tremblement de terre. Nos paysans coulent paisiblement leur existence dans l’indifférence du verbiage de la littérature économique. Chaque peuple a un parcours différent et dispose de mécanismes propres pour activer sa croissance à une période de l’histoire.il suffit d’y penser pour trouver le fil conducteur. Qui parle de sous-développement ?