La laïcité en question – 3
 Michel Frankand
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Notre conclusion issue des deux premiers articles est clarissime : l’état doit imposer la laïcité pour toute personne de la fonction publique : fonctionnaires, professeurs, magistrats, policiers, etc.
Mais… Est-ce applicable ? Pierre demande à Jésus pourquoi Yahvé, via la tradition juive, a permis le divorce. Car Jésus vient d’affirmer qu’il n’est pas permis selon la volonté de Dieu. La réponse de Jésus table sur un jugement prudentiel, que nos juristes comprennent fort bien. «Il précise : «C’est à cause de la dureté de votre cÅ“ur que Moïse vous a permis de répudier vos femmes; mais au commencement il n’en était pas ainsi.» Mathieu, 19.8 Or, c’est ce même Jésus qui a dénoncé avec force les pharisiens : «Bande de pharisiens hypocrites !». Lui dont une couple de milliards de nos contemporains affirment être la Voie, la Vérité et la Vie. Lui qui a affirmé ne pas vouloir rejeter la religion juive, mais l’accomplir. Et pourtant, il insiste sur des circonstances sociales atténuantes pour justifier les lois bancales de Moïse. Toute vérité, rappelle le proverbe, n’est pas bonne à dire. Cela s’étend au domaine légal aussi.
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Bref, ce qui est reçu est reçu selon le mode du récepteur – pour les nostalgiques du latin : «Quidquid recipitur ad modum recipientis recipitur» (Vous avez raison, c’est de Saint Thomas). Le meilleur jugement entend tenir compte de la capacité de la personne jugée pour établir un jugement le plus efficace, le plus productif. Inférence : un gouvernement doit avoir la sagesse d’éviter l’adoption de lois aussi justifiées soient-elles en soi, si elles provoqueront vraisemblablement des chambardements majeurs dans la vie d’un grand nombre.
Des officines officieusement libérales – telles m’apparaissent le Barreau et la Chambre de commerce – se sont solennellement présentées contre la charte. J’y vois une opposition où la composante politique est déterminante. La Chambre de commerce avait évoqué des catastrophes socio-économiques contre la passation de la loi 101. Elle a au contraire apporté la paix. Par contre, un groupe de péquistes trouve la charte excessive parce ce qu’aucune étude ne justifie que l’on impose les prescriptions laïcistes aux professeurs et au personnel hospitalier.Â
L’argument  des opposants à la charte est simple et clair. L’ensemble de la communauté québécoise vit en paix. Pourquoi «chercher la chicane ? !» N’y a-t-il pas assez de bouleversements et conflits de toutes sortes sur la planète sans ajouter le Québec à ce maëlstrom de troubles sociaux ! Â
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Cependant, la majorité favorable à la charte en question ne se dément pas. Essayons de voir pourquoi. Dans le fond de l’inconscient québécois chemine une méfiance plusieurs fois séculaire des chrétiens au sujet de l’Islam.
Il convient donc de crever un mythe plus répandu qu’on ne croie. Il s’énonce ainsi : L’Islam, malgré des différences extérieures, ressemble pour l’essentiel au christianisme. Ce sont deux religions monothéistes, qui insistent sur la charité et la louange de Dieu. Les bons seront récompensés et les méchants iront en enfer. Dans un quatrième article, nous analyserons les différences fondamentales entre l’islam et le christianisme. Il en résultera des conséquences importantes sur la question de la laïcité.
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En somme, nous nous trouvons comme société devant un dilemme. D’une part, on est en droit de se demander si la charte de la laïcité, qui m’apparaît raisonnable en soi, ne créerait pas une perturbation sociale passablement incompatible avec le climat de sérénité collective que doit favoriser le gouvernement en place. D’autre part, le problème ne vient-il pas d’exigences déraisonnables de l’Islam ? C’est à ce dilemme que répondront les deux prochains articles.






