Cette charte qui me dérange!
 Par Jean-Paul Kozminski
Cette charte des valeurs québécoises me dérange… elle me dérange parce que je revis mon immigration et qu’elle ne devrait pas être nécessaire si le rapport Parent était allé jusqu’au fond du dossier de l’éducation… mais pouvait-il prévoir?
J’ai quitté un pays civilisé, laïc, chargé d’histoire, pour un meilleur avenir, pour moi et mes enfants.
C’est vrai… pas toujours une partie de plaisir, pas toujours respiré l’odeur d’un jardin de roses… pas toujours trouvé une épaule compréhensive de ce que j’étais et de ce que je devenais. Changer de peau comme les orignaux changent de bois à chaque renaissance du printemps… les souvenirs s’estompent, deviennent flous, le souvenir des voix anciennes se noie dans le flot de nouveaux sons étranges qui deviennent peu à peu, familiers.
J’ai trouvé une terre d’accueil, des gens sympathiques ou non, curieux ou non, ouverts ou non. Politisés certainement (avant que l’embourgeoisement ne fasse qu’entendre le doux ronron signifiant de la garde des acquis…)! Et oui! J’ai toujours des amis québécois de cette époque.
J’ai appris, au contact, comment la domination et les dogmes du clergé  catholique ont été surmontés et rejetés après avoir compris qu’ils n’étaient que soumission et asservissement! Pour moi qui avait été élevé à l’école de la République laïque, rien que de très normal. Il y a aussi cette ‘culture’ ouverte sur d’autres mondes… à l’Université, avoir accès à des livres anglais, américains, français a été une grande chance… je me décloisonnais, devenais plus internationaliste, ouvert sur des mondes inconnus, tout en refaisant des racines dans un sol riche et prometteur.
Je suis devenu appartenance à ce pays et souvenance de son histoire! Histoire d’émancipation et de résilience, de luttes et de continuité de cette identification, de cette épopée qui ne cesse de poursuivre son destin.
C’est pourquoi je me sentirai traitre à ce pays à celles et ceux qui ont mis leurs ressources, leur soutien et leur confiance dans cet immigré au nom étrange, si je devais, par mon comportement, mettre des pavés sur la route de leur propre décision.
 Ce n’est pas à moi de dicter quelques ‘conseils’ que ce soit! Je peux parler, écrire, faire valoir mon point de vue, m’impliquer, mais surtout pas m’imposer et exiger, faire payer l’éducation et les soins de ma famille sans avoir quelques responsabilités civiques. Et une des premières responsabilités est de respecter les gens de ce pays! Comprendre qu’il a fallu bien des luttes et des sacrifices pour offrir éducation et soins de santé presque gratuitement et universellement.
Ce pays me donne la paix de l’esprit, la sécurité de mon foyer. Au nom de quoi ou de qui, puis-je être une source de conflits et de hargne, de rejet et de méfiance?
Comment aider et intégrer quelqu’un qui refuse de serrer ma main (parce qu’impure) de partager mon repas (parce que non permis par une religion?)! Pourquoi éviter mon contact? Par peur de la contagion? Dieu que la ‘croyance’ doit être bornée et cimentée pour éviter ce changement nécessaire à une renaissance!
 Renaissance inévitable si l’on quitte son pays, parfois en guerre ou soumis à d’extrêmes tensions, pays qui ne respecte pas l’égalité homme-femme, pays qui n’a qu’un livre qui date pour régir lois et services, éducation et sombre avenir. Autour de ces monolithismes, ces blocs de fermeture, nous avançons toujours pour créer un espace de convivialité et de fraternité.
 Alors la charte? Oui à cette charte… sans l’ombre d’une hésitation. Je ne suis pas venu ici pour imposer l’histoire ou la religion de mon pays d’origine, pas plus que le port du béret basque, du savon de Marseille ou des tripes à la mode de Caen!
Commencer à se dévoiler et à se déciller les yeux pour voir et comprendre le nouvel environnement qui sera heureux de compter sur de nouveaux citoyens membres, certainement différents, mais membres d’un même pays, participant à son évolution et ce sera le début d’une renaissance.






