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La question de la laïcité : un nouveau point de vue

19-01-2014

La question de la laïcité : un nouveau point de vue

          Par Michel Frankland  

Un des aspects du psychodrame social suscité par le débat sur la charte de la laïcité n’a pas encore touché un point de vue  à la fois important et jusqu’ici ignoré par les pugilistes qui agitent leur gourdin idéologique.

Le kérygme des tenants de la charte affirme la nécessité de la laïcité de l’état. D’une manière générale, les croyants, hijabs et maire Tremblay en tête, insistent sur la liberté de culte et sa compatibilité avec le travail professionnel.

Ce que semblent bien ignorer les combattants de cette joute mythique, c’est l’exigence de la laïcité par l’Église ! Un survol historique de l’histoire nous aidera à saisir le bien-fondé de cette position.

Les Pharisiens tendent un piège à Jésus : «Doit-on payer l’impôt  à César ?» Ils croient le tenir dans les câbles. Si Jésus affirme qu’il faut payer l’impôt à la puissance qui occupe le pays sacré d’Israël, ils l’accuseront d’être un collabo ; s’il affirme qu’il ne faut pas payer l’impôt exigé par Rome, ils le laisseront savoir aux garnisons en place, qui réserveront, à cet influent et dangereux prophète, un traitement peu enviable. Jésus, vous vous en souvenez, demande une pièce de monnaie : «Qui est le personnage qu’on voit dessus ?» César – comprenons : le Tsar romain. La réponse de Jésus : «Rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu.»

Que signifie la décision de Jésus ? Non pas que le pouvoir de Dieu est limité, évidemment ! Le sens apparaît clairement: le royaume de Dieu n’est pas politique. Il est spirituel.  Pour bien marquer la distinction entre les deux mondes, il constatera ailleurs que les gens «de ce monde» sont plus habiles que les enfants de lumière. Bref, «Mon royaume n’est pas de ce monde.» Il rappellera à ces tortionnaires, lors de sa passion : «Si mon royaume était de ce monde, des légions d’anges viendraient me défendre.» Bref, ces interventions de Jésus marquent son insistance sur la distinction entre le pouvoir laïc et le pouvoir religieux. Politique et laïcisme constituent une association naturelle et nécessaire.

 

Les premiers siècles du christianisme continuent de maintenir la même distinction, mais à l’envers pour ainsi dire. L’empire romain considérait que le Tsar en place est un Dieu. Non, affirment les Chrétiens. Tu n’arroges un pouvoir qui n’a rien à voir avec un potentat. Ton univers est laïc, ne te mêle pas de nos brisées ! D’où les persécutions et les martyrs.

 

Arrive Constantin. Il a vu une croix dans le ciel. Il y voit un signe de Dieu. Il se convertit. Si bien qu’à partir de 392, le catholicisme devient religion impériale. Mais il veut du même coup, lui le chrétien en chef, mettre son nez dans les affaires de l’Église. Il veut avoir son mot à dire dans la nomination  des évêques et sur tout ce qui touche sa gouvernance royale. Le danger pour l’Église, bien que réorienté de 180 degrés, n’en est pas moins considérable.  Il ne s’agit plus d’imposer aux chrétiens un culte impérial barbare, mais bien de participer, pratiquement de force, à leur religion dont le style et la vie collective se trouvent dangereusement orientés par le monarque. En somme, le mixe néfaste laïcité-religion provient  maintenant de l’intérieur.

 

Dans le contexte actuel, les deux formes de laïcité, la fermée et l’ouverte,  considèrent l’Église comme un adversaire à abattre.  La laïcité fermée,  de tradition française, est plus militante. C’est celle du PQ. Son orientation politique de gauche l’amène à chercher à imposer la toute-puissance de l’état. Il faut  soustraire au plus vite les enfants aux parents et à l’Église. Car il  convient de les «désinfecter» le plus complètement possible des influences concurrentes à la règle étatique, pourvoyeur de la dignité la seule sublime : celle de citoyen. La religion constitue donc un ennemi à abattre pour la laïcité fermée parce qu’elle vise à produire une fidélité qui rejette les postulats de la machine à fabriquer le citoyen parfait, celui qui se conforme en tout point à la robotique socialiste.

Dans un deuxième article sur le sujet, nous verrons la relation entre le laïcisme ouvert et l’Église. Il nous faudra considérer aussi des problèmes encore plus graves causés dans le tissu social par d’autres religions. Et cela, indépendamment du vêtement, sujet sur lequel se braque le gouvernement Marois.