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Moyens de résister : contre-pouvoirs (2)

06-01-2014

Moyens de résister : contre-pouvoirs (2)

Henri Boulad, sj – Berne, 19.8.2013

 

La presse représente pour Tocqueville un des correctifs naturels engendrés par la démocratie aux maux de la démocratie. L’indépendance de la presse peut ainsi devenir « seule garantie qui reste de la liberté et de la sécurité ses citoyens » (Alexis de Tocqueville – La démocratie en Amérique, I, 186). « De nos jours un citoyen qu’on opprime n’a qu’un moyen de se défendre : c’est de s’adresser à la nation tout entière et, si elle lui est sourde, au genre humain ; et il n’a qu’un moyen de le faire, c’est la presse » (Ibid, II, 330). Il faut donc que la presse soit absolument libre : il ne peut y avoir de tribunal qui puisse censurer un journal sans que ses membres deviennent les chefs réels de la société, et même, dans la mesure où ils seraient juges de l’opinion publique, ses maîtres absolus » (Ibid, I, 188).

Internet, les réseaux sociaux et toute la technologie moderne de communication offrent aujourd’hui à chacun la possibilité de diffuser ce qu’il veut et d’accéder à l’information la plus large possible. Ces moyens modernes ont grandement favorisé les révolutions actuelles et leur ont permis de faire des miracles : chute de dictatures, effondrement de régimes… Pour la première fois dans l’histoire l’information échappe à la mainmise de l’Etat et à son pouvoir souverain. C’est là une véritable révolution, qui donne à la liberté d’expression un champ quasi illimité.

Les manifestations pacifiques – normalement autorisées dans tout pays démocratique – représentent un autre puissant moyen d’expression. L’effet de masse est un facteur supplémentaire d’efficacité pour faire aboutir les revendications du peuple.

Le rassemblement d’un maximum de signatures représente un exemple concret qui a permis aux Egyptiens de manifester leur opposition et de faire chuter leur président. Ce moyen s’est révélé éminemment efficace pour faire pièce à un scrutin truqué et à des fraudes électorales flagrantes.

Les syndicats, partis politiques et associations – en regroupant un maximum d’adhérents – sont des moyens classiques de pression et d’expression dans une société démocratique.

L’homme unidimensionnel, le « prêt à penser » et la société néo-conformiste

Le « politiquement correct », c’est « la pensée unidimensionnelle » dénoncée par Marcuse. Cette pensée soumet l’homme contemporain à un « prêt-à-penser » aussi oppressif et répressif que les traditions d’autrefois. Ces « modèles-prototypes » créent des modes auxquelles on se soumet de façon veule et servile. Marcuse dénonce ce conditionnement généralisé de nos sociétés modernes, qui neutralisent toute tentative de penser et de s’exprimer librement. Ce néo-conformisme de notre époque est bien pire que l’ancien. Toute divergence d’opinion est dénoncée et combattue comme un crime impardonnable.

Le jeune qui s’est émancipé de sa famille, de son milieu, de ses traditions, tombe souvent dans un esclavage aussi asservissant et contraignant que celui dont il s’est débarrassé. La pression morale du groupe, de la bande, du gang, le font passer d’un totalitarisme à un autre, d’un conformisme à un autre. Pour être « dans le vent », pour être « en phase » avec l’opinion, pour être accepté par ses amis, il est prêt à toutes les démissions, à toutes les concessions, à toutes les trahisons…

Une certaine gauche libérale, qui prétend détenir la vérité sur l’homme et la société, nous assène aujourd’hui ses « dogmes » qu’il serait impudent de critiquer. Quiconque objecte ou s’y oppose est immédiatement taxé de « ringard », de « tradi », de « catho »… Rien de moins libéré et libérant que la « gauche libérale ».

Les oppositions simplistes de « gauche » et de « droite », de « progressiste » et de « réactionnaire » stérilisent toute réflexion, bloquent toute pensée objective. On finit par penser à partir de schèmes préétablis et de catégories primaires, primitives, simplificatrices, manichéennes. « Un tel vocabulaire ne recherche pas le vrai et le faux, il les établit, il les impose » (Marcuse, L’homme unidimensionnel, Ed. de Minuit, p. 127). « Les concepts opérationnels aboutissent à des méthodes de contrôle social de plus en plus perfectionnés » (Ibid. p.133)

La révolution égyptienne et la liberté d’expression

En Egypte, la libéralisation progressive des médias, sous le règne de Moubarak, a développé chez le peuple une conscience accrue de ses droits et ouvert la voie à la révolution de janvier 2011.

Parallèlement, l’extension du téléphone portable, l’apparition d’Internet  et le développement exponentiel des réseaux sociaux (U-Tube, Face-book, Twitter, Blogs, Skype, chatting…) ont été déterminants dans l’explosion du Printemps arabe.

Une conscience nouvelle se fait jour en Egypte, qui pousse les jeunes et le petit peuple à s’exprimer en toute audace et liberté. Il semble que soit en train de naître en Egypte un homme nouveau, qui n’a plus peur de rien et ose dire ce qu’il pense.

Puissance surprenante de la liberté d’expression, capable de faire chuter régimes et dictatures ; de faire pièce à des colosses comme l’Amérique et les Frères Musulmans : « colosses aux pieds d’argile », « monstres de papier ». Des mythes s’effondrent et l’homme de la rue se découvre tout à coup maître de son destin.

Notre révolution égyptienne évoque un peu l’effondrement de l’URSS en 1989. Là encore, une prise de conscience populaire, orchestrée et incarnée par des hommes comme Sakharov et Soljenitsyne, a permis l’implosion d’un autre géant : l’empire soviétique.

« Eduquer la conscience » (Marcuse), travailler l’homme du dedans, développer en lui le sens de la vérité et de la justice, encourager la libre expression… telles sont les meilleures armes contre le mensonge, l’oppression et la servitude.

On ne peut indéfiniment museler la libre expression. Un jour le couvercle saute et tout vole en éclats.

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Henri Boulad, sj
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