{"id":12890,"date":"2016-10-28T09:38:18","date_gmt":"2016-10-28T13:38:18","guid":{"rendered":"http:\/\/www.lecarrefourdesopinions.ca\/?p=12890"},"modified":"2016-10-28T14:51:14","modified_gmt":"2016-10-28T18:51:14","slug":"le-francais-et-langlais-deux-methodes-de-perception-2","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.lecarrefourdesopinions.ca\/?p=12890","title":{"rendered":"LE FRAN\u00c7AIS ET L\u2019ANGLAIS, DEUX M\u00c9THODES DE PERCEPTION -2"},"content":{"rendered":"<p><strong>LE FRAN\u00c7AIS ET L\u2019ANGLAIS, DEUX M\u00c9THODES DE PERCEPTION -2 <\/strong><\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-12506\" title=\"F1 Michel-Frankland\" src=\"http:\/\/www.lecarrefourdesopinions.ca\/wp-content\/uploads\/2016\/07\/F1-Michel-Frankland1.jpg\" alt=\"\" width=\"134\" height=\"107\" \/><\/p>\n<p>\u00a0par Michel Frankland<\/p>\n<p>Dans le premier article, nous avons vu des distinctions entre le fran\u00e7ais et l\u2019anglais. En particuliers en rapport avec un \u00e9l\u00e9ment structural majeur, celui du temps. Nous avons vu que cette dimension dont nous sommes p\u00e9tris, tout \u00e0 fait universelle\u2026 devient sp\u00e9cifique<\/p>\n<p>\u00e0 chaque langue dans sa mesure chronologique que constitue le syst\u00e8me verbal.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Aujourd\u2019hui, nous franchissons un pas majeur dans cette qu\u00eate de sens. Consid\u00e9rons d\u2019abord une d\u00e9finition op\u00e9rationnelle g\u00e9n\u00e9rale. Elle provient d\u2019une r\u00e9flexion de Saint-John Perse sur une lettre que lui a envoy\u00e9e Andr\u00e9 Gide<a name=\"sdfootnote1anc\" href=\"#sdfootnote1sym\"><\/a><sup>1<\/sup>.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Il me dit tout l\u2019attrait que commen\u00e7ait d\u2019exercer sur lui l\u2019\u00e9tude approfondie de la langue anglaise. Je lui d\u00e9non\u00e7ai, pour ma part, l\u2019opacit\u00e9 d\u2019une langue aussi concr\u00e8te, la richesse excessive de son vocabulaire et sa complaisance \u00e0 vouloir r\u00e9incarner la chose elle-m\u00eame, comme dans l\u2019\u00e9criture id\u00e9ographique, au lieu que le fran\u00e7ais, langue plus abstraite, et qui cherchait \u00e0 signifier bien plus qu\u2019\u00e0 figurer, n\u2019engageait le signe fiduciaire du mot que comme valeur d\u2019\u00e9change mon\u00e9taire. L\u2019anglais, pour moi, n\u2019en \u00e9tait qu\u2019encore au troc.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>La charge me parait injuste pour l\u2019anglais. La r\u00e9flexion de Perse rec\u00e8le cependant le m\u00e9rite de d\u00e9gager deux caract\u00e9ristiques fondamentales des deux langues. Ainsi, le fran\u00e7ais dira\u00a0: \u00ab\u00a0Je grandis\u00a0\u00bb, alors que l\u2019anglais accrochera au verbe, justement, un \u00e9l\u00e9ment concret, voire visuel\u00a0: \u00ab\u00a0I am growing <span style=\"color: #ff0000;\">up<\/span>.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>De m\u00eame, et beaucoup plus subtilement, au sujet des signes de ponctuation. Le fran\u00e7ais, qui aime prendre du recul pour mieux analyser, consid\u00e8re que les signes de ponctuation ne sont pas li\u00e9s aux mots, mais bien \u00e0 l\u2019\u00e9conomie structurale de la phrase. Ainsi, en fran\u00e7ais, la ponctuation est d\u00e9gag\u00e9e du mot. Par exemple, on \u00e9crira\u00a0:\u00a0\u00ab\u00a0Les Romains \u00e9taient des b\u00e2tisseurs ; les Grecs, plut\u00f4t des philosophes.\u00a0\u00bb L\u2019anglais aurait coll\u00e9 le point-virgule sur le s de b\u00e2tisseurs. Dans cette perspective concr\u00e8te, la ponctuation se trouve int\u00e9gr\u00e9e au terme qui cl\u00f4t la phrase ou la proposition.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Mais un autre \u00e9l\u00e9ment, apparemment paradoxal, retiendra notre attention. Les Anglais sont plus profonds, plus subtils que la langue qu\u2019ils emploient. Il convient donc de nier implicitement, et m\u00eame subtilement, des nuances que l\u2019anglais ne traduit pas facilement. Ou m\u00eame, paradoxe supr\u00eame, de v\u00e9hiculer indirectement un message pour laisser entendre que L\u2019INTELLIGENCE D\u00c9PASSE LA LANGUE. Ainsi, c\u2019est comme si l\u2019anglophone, dans certaines situations, confiait \u00e0 l\u2019interlocuteur\u00a0: \u00ab\u00a0Tu vois, ce que je te dis est inexact, mais d\u00e9passons la langue, et montrons, par la tournure apparemment maladroite que j\u2019emploie qu\u2019elle n\u2019est qu\u2019un instrument plus bas que la qualit\u00e9 de nos perceptions. Ainsi, au bridge, un des meilleurs auteurs, Mike Lawrence, intitule un de ses livres <em>False cards<\/em>. Or, il traite de cartes d\u00e9ceptives. La carte n\u2019est pas fausse. C\u2019est une vraie carte, dont chacun des quatre joueurs en poss\u00e8de 13. Elle deviendra fausse <strong>concr\u00e8tement<\/strong>. Cette carte, de nature d\u00e9ceptive, a pour effet concret de traduire un sens diff\u00e9rent, faux, pour l\u2019adversaire qu\u2019elle veut leurrer. Ainsi, l\u2019anglais s\u2019attache davantage \u00e0 l\u2019effet produit. \u00c0 ce qui est utile plus qu\u2019\u00e0 ce qui doit s\u2019imposer par une logique abstraite.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Autre \u00e9l\u00e9ment de concr\u00e9tion de l\u2019anglais, la suppression fr\u00e9quente des conjonctions. Ainsi, on \u00e9crira en fran\u00e7ais\u00a0: l\u2019homme que j\u2019ai vu hier ; l\u2019anglais\u00a0: the man I saw yesterday. L\u2019anglais m\u2019apparait plus intuitif. La langue, pour lui, est un instrument. La structuration par les conjonctions ne doit pas nuire au flux de la phrase. L\u2019anglophone regarde \u00e0 travers la langue. Alors que le fran\u00e7ais regarde la langue elle-m\u00eame. Elle est le reflet le plus pr\u00e9cis possible de sa pens\u00e9e. Elle doit donc briller par son exactitude objective, sa syntaxe compl\u00e8te.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><a name=\"_GoBack\"><\/a>C\u2019est dans cette perspective que Jacques Godbout, dans son roman <em>Les t\u00eates \u00e0 Papineau<\/em>, cr\u00e9e un \u00eatre bic\u00e9phale. L\u2019un, Charles, et anglophile. Il est nettement plus intuitif que l\u2019autre, Fran\u00e7ois, digne repr\u00e9sentant de l\u2019esprit cart\u00e9sien, qui fait dans la logique la plus pure.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Dans le troisi\u00e8me article, nous \u00e9tablirons un lien entre ce sujet et la distinction gauche-droite.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<div id=\"sdfootnote1\">\n<p><span style=\"font-size: small;\"><a name=\"sdfootnote1sym\" href=\"#sdfootnote1anc\"><\/a>1<sup>\u0002<\/sup> Deux auteurs fran\u00e7ais de renom. Saint-John Perse a re\u00e7u le Prix Nobel de litt\u00e9rature en 1958.<\/span><\/p>\n<\/div>\n<script type=\"text\/javascript\">\n\nvar addthis_config = {\"data_track_clickback\":false,\"data_track_addressbar\":false,\"data_track_textcopy\":false};\n<\/script><script type=\"text\/javascript\" src=\"\/\/s7.addthis.com\/js\/250\/addthis_widget.js#pubid=a457a6d63fb9e6ccabdde4110343bd85\"><\/script>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>LE FRAN\u00c7AIS ET L\u2019ANGLAIS, DEUX M\u00c9THODES DE PERCEPTION -2 <\/p>\n<\/p>\n<p>\u00a0par Michel Frankland<\/p>\n<p>Dans le premier article, nous avons vu des distinctions entre le fran\u00e7ais et l\u2019anglais. 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