Montréal

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La problématique haïtienne (1)

06-05-2013

La problématique haïtienne (1)

                    Par Me Serge H. Moïse Barreau de P-au-P.                    

 

  Ne demandez pas ce que votre pays peut faire pour vous.

Demandez ce que vous pouvez faire pour votre pays.

 

                                                              J.F. Kennedy

 

        La problématique haïtienne est telle que cette crise, la plus aigue qu’ait connue le pays depuis son accession à l’indépendance, n’épargne aucun des secteurs vitaux de la nation. Cette situation ne fait que s’aggraver, développant ainsi un état de chaos aux conséquences imprévisibles. Le moins qu’on puisse dire: c’est le naufrage d’une société.

 

        Les faits sont en eux-mêmes éloquents, nous nous approchons à vive allure de la faillite, du point de non retour. Nous ne pouvons plus compter uniquement sur l’aide externe que d’aucuns qualifient d’ailleurs d’aide au sous-développement, et pour cause.

 

        Il nous faut réaliser, dans les plus brefs délais, un coude à coude particulier en vue d’ouvrir Haïti sur la vie. Encore faut-il, selon le mot de Maurice Maeterlinck: penser en homme d’action et agir en homme de pensée.

 

        Le temps n’est plus aux querelles de clocher, aux luttes de clans, aux intrigues stériles encore moins aux politicailleries mesquines et improductives. Voilà bientôt deux cent sept ans que nous faisons cette pratique et le bilan s’avère ce que nous sommes  aujourd’hui, la nation la plus pauvre de l’hémisphère.

 

        Nous nous devons à nous-mêmes et aux autres de relever le défi, par le dialogue, la concertation, animés de cet altruisme qui transcende toute préoccupation qui ne soit de nature à assurer une nette amélioration des conditions infra-humaines que connaissent depuis trop longtemps, la très grande majorité de nos compatriotes, le tout en conformité avec l’article 35 de la constitution en vigueur qui stipule : « La liberté du travail est garantie. Tout citoyen a pour obligation de se consacrer à un travail de son choix en vue de subvenir à ses besoins et à ceux de sa famille, de coopérer avec l’Etat à l’établissement d’un système de sécurité sociale ».

        Tous les analystes lucides et soucieux quant à cette situation désespérante: hommes politique, syndicalistes, artisans, professionnels et autres, sont unanimes pour ce qui est de l’impérieuse nécessité de ce dialogue, rompant une fois pour toutes avec nos pratiques d’antan, en particulier, celle de parler haut et fort pour ne rien dire. Le véritable dialogue s’inscrit dans l’agencement harmonieux du verbe et de l’action concertés. Un de nos Hommes d’Etat, dans une adresse à la nation, concluait, il n’y a pas longtemps, en ces termes: Le plus grave problème d’Haïti est l’état lamentable de l’homme haïtien. Etait-ce une simple boutade, exprimant son dépit du moment, ou bien, comme l’ont fait tant d’autres avant lui et nous pouvons citer: Jean Price Mars, Jacques Stephen Alexis, Jacques Roumain etc lesquels à travers leurs écrits et leurs prises de position, n’ont cessé de nous mettre en garde contre nous-mêmes.

 

        Nous avons appris à mépriser nos propres valeurs culturelles au bénéfice de pratiques importées, créant chez nous un nouveau type de colonisés. Notre méconnaissance de notre identité culturelle, principale cause de nos faiblesses structurelles, tant mentales qu’institutionnelles, explique notre incapacité à nous organiser en tenant compte de notre spécificité de peuple, ce en quoi Frantz Fanon proclame que l’antillais traditionnellement en lutte, doit réaliser sa descente aux enfers pour renaître de ses cendres et cheminer vers son plein épanouissement.

        Notre éminent compatriote Anténor Firmin, en réponse à la question: Que faut-il faire pour la régénération d’Haïti, a eu ce mot heureux:

        Adoptons sincèrement et loyalement, chez nous, les principes et les pratiques qui ont favorisé l’évolution des jeunes peuples, nos émules, lesquels grandissent et prospèrent par le travail, l’instruction et la liberté. Il n’a pas été écouté, faut-il en déduire que ce n’est point là, la préoccupation majeure de nos élites?

 

        Haïti, jadis la perle des antilles, est réduite à sa plus simple expression, au point où un américain, faisant preuve d’absence totale de charité, l’a décrite comme étant la poubelle aux carrefours des Amériques.

 

        Pouvons-nous, voulons-nous encore faire renverser la vapeur de sorte que les Haïtiens puissent sans se leurrer, retrouver leur fierté historique, leur dignité de peuple, dans un effort collectif de redressement en vue de la reconstruction du pays par et pour les Haïtiens? Nous en sommes convaincus, car un peuple ne meurt pas. Et, c’est dans cet esprit, qu’animé de la plus grande foi, nous prenons l’initiative de soumettre à la nation tout entière, ce projet de grande Kombite Nationale intitulé: Fonds Haïtien de Solidarité (FHS).

 

        Définition:

 

        Le Fonds Haïtien de Solidarité (FHS) est une institution financière ayant pour mission de recueillir et d’administrer l’épargne que voudront bien lui confier ses membres en vue de participer, selon des critères préétablis, au développement économique, social et culturel d’Haïti. Le (FHS) n’est pas et ne sera jamais une banque ni une coopérative.

 

        Modalités :

        Le (FHS) est créé par la  loi portant création du Fonds Haïtien de Solidarité, et comme toute personne morale, il a sa loi organique, ses statuts et règlements. Le (FHS) est autonome et rend compte de ses activités au parlement haïtien à travers son ministère de tutelle qui pourrait être le ministère des affaires étrangères et des cultes, le ministère du travail et des affaires sociales ou toute autre entité administrative susceptible d’inspirer confiance pleine et entière. Le (FHS) est autonome et se trouve ainsi à l’abri des aléas politiques, condition sine qua non à son implantation, sa survie et son succès.

 

        Transparence:

 

        Le Conseil d’Administration du (FHS) est constitué de représentants librement choisis par les différents secteurs vitaux de la communauté haïtienne savoir: syndicat, université, groupes sociaux-professionnels, représentants des communautés haïtiennes vivant en terre étrangère.

 

        Un Directeur-Général et un personnel administratif recrutés sur concours avec chance égale pour tous, sans exclusive ni réserve. Publications périodiques des rapports d’activités du (FHS) et des états financiers, ces dits rapports étant accessibles sans difficulté à tous ceux qui en font la demande, moyennant de légers frais d’administration, s’il le faut.

suite la semaine prochaine

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