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La méditation : ses effets sur le cerveau et le corps

16-01-2013

La méditation : ses effets sur le cerveau et le corps

1re partie

                     Par Romain Landry

Introduction

Le livre dont il est ici question, Surmonter les émotions destructrices ─ Un dialogue avec le Dalaï-Lama, découle d’une rencontre à Dharamsala (en Inde) entre le Dalaï-Lama et un groupe de scientifiques, occidentaux et bouddhistes.

La version originale du livre, Destructive Emotions, est de Daniel Goleman, titulaire d’un doctorat en psychologie. Le dialogue qui se poursuit tout au long des quelque 700 pages est d’abord et avant tout un message d’espoir pour l’humanité.

La source du malheur

Selon la philosophie bouddhiste, il faut chercher la source du malheur dans « trois poisons » : le désir, la colère et l’illusion. Pour les surmonter et atteindre le but ultime de l’existence qui est le bonheur, la philosophie bouddhiste propose une méthode qui constitue une véritable science de l’esprit humain. Pour en débattre, et cela pendant cinq jours, un petit groupe de penseurs et de scientifiques occidentaux et bouddhistes de renommée mondiale s’est réuni autour du Dalaï-Lama en mars 2000. À l’ordre du jour figuraient des questions aussi vieilles que l’humanité, mais toujours d’actualité :

  • Quelles sont les racines profondes des comportements destructeurs?
  • Comment pouvons-nous maîtriser nos émotions?
  • Peut-on apprendre à vivre en paix avec les autres et avec soi-même?

Le bouddhisme : une science de l’esprit

Pour le Dalaï-Lama, le bouddhisme serait une science de l’esprit destinée à faire de nous de meilleurs êtres humains. Jusqu’à ce jour, de nombreux neurologues en sont arrivés à croire que l’on est comme on est, et qu’on ne peut rien y changer. Daniel Goleman pense autrement, et cela explique pourquoi son livre devient aussitôt un succès de librairie.

La question de Daniel Goleman

« Dans quelle mesure peut-on former le cerveau à fonctionner de façon constructive, à remplacer l’avidité par le contentement, l’agitation par le calme, la haine par la compassion? » Dans le monde occidental, les médicaments sont la principale réponse aux émotions perturbatrices et, pour le meilleur et pour le pire, ont apporté du réconfort à des milliers de personnes. Mais quelqu’un peut-il, par ses propres moyens ─ la méditation par exemple ─ modifier de manière positive et durable le fonctionnement de son cerveau?

Depuis quelques années, les neurologues parlent de « neuroplasticité », un terme qui rend compte du fait que le cerveau évolue continuellement en fonction de nos expériences diverses. La méditation, une façon d’être, permet aujourd’hui de gérer ses pensées et de percevoir le monde différemment. Les neurosciences, grâce à une technologie de pointe, permettent aujourd’hui d’évaluer la méditation et de vérifier son influence sur le cerveau et le corps, ce que peu de scientifiques occidentaux n’avaient osé imaginer.

L’influence des émotions destructrices selon le Dalaï-Lama

Une bonne partie des souffrances humaines découle d’émotions destructrices comme la colère, qui engendre la violence, ou l’avidité qui nourrit la dépendance. Notre premier devoir, comme êtres humains responsables, consiste à limiter de tels dégâts.

Premier journée de la rencontre : Que sont nos émotions destructrices?

  • Perspective occidentale
  • Psychologie bouddhiste
  • Anatomie des afflictions mentales

Faciliter la collaboration entre le bouddhisme et la science occidentale constituait l’objectif de la première journée. Une révélation pour les occidentaux : le bouddhisme serait porteur d’une psychologie de l’esprit qui remonte à plus de deux millénaires.

La religion oui, mais pas nécessairement

L’un des stéréotypes occidentaux est de voir le bouddhisme strictement comme une religion. Le bouddhisme, en raison de ses éléments philosophiques, mais également empiriques et rationnels, mérite aussi le qualificatif de science. Autre aspect intéressant, au cours des discussions, on affirme qu’il est possible de parler de questions éthiques sans faire appel aux religions, et le Dalaï-Lama partage lui aussi cette opinion. Par exemple, la morale occidentale reconnaît aujourd’hui qu’il n’est pas nécessaire de fréquenter l’Église pour acquérir la vertu.

Question pertinente

L’antidote aux trois poisons (colère, avidité et illusion) se trouve-t-il dans les médicaments, la chirurgie, la thérapie génique ou psychologique, ou plutôt dans la méditation?

La pensée bouddhiste et la pensée occidentale

La pensée bouddhiste et la pensée occidentale diffèrent en ce qui concerne une foule de notions, dont celle de la compassion. Les bouddhistes croient que nous sommes compatissants par nature envers soi et les autres, ce sur quoi la pensée occidentale diverge. Il en va ainsi de la notion de vie intérieure, de la notion de bonheur, voire de l’émotion et des différences entre les notions d’émotions et d’esprit destructifs et constructifs.

Au cours des cinq jours, le Dalaï-Lama est intervenu à maintes reprises, précisant certaines notions et posant aussi des questions aux divers intervenants occidentaux. L’érudition du Dalaï-Lama, mais surtout les subtilités de la psychologie et de la philosophie bouddhistes sont impressionnantes.

Les multiples émotions négatives

Les textes bouddhistes parlent des quatre-vingt mille quatre (80 004) émotions négatives pour décrire la complexité de l’esprit humain. Ces multiples facettes peuvent cependant être réduites à cinq émotions négatives générales : la haine, le désir, la confusion mentale, l’orgueil et la jalousie. La notion de l’ego, du moi et du soi ─ qui a fait l’objet d’une longue discussion ─ est considérée illusoire par le bouddhisme, mais elle est perçue différemment par les scientifiques occidentaux.

Selon la doctrine bouddhiste, il est possible de se libérer des émotions négatives comme la haine, parce qu’elles ne sont pas inhérentes à la nature ultime. En effet, elles ne sont pas toujours présentes dans l’esprit. Ainsi, la croyance est que les émotions négatives comme la haine sont déracinables par des techniques comme la méditation.

Niveaux de conscience

Dans la psychologie bouddhiste, il existe différents niveaux de conscience : le grossier, le subtil et le très subtil. Ce dernier niveau correspond à l’atteinte du « pur éveil » ou du « nirvana » qui est somme toute l’atteinte d’une transformation intérieure quasi complète, la liberté en quelque sorte. Mais pour y arriver, cela demande de la persévérance, de l’assiduité et de la constance dans l’effort.

Bonté originelle versus péché originel

L’approche bouddhiste a beaucoup plus d’affinités avec la bonté originelle qu’avec celle de péché originel qui est celle de l’approche judéo-chrétienne, laquelle rend l’enfant responsable de la faute des premiers parents, et cela, de génération en génération.

Antidotes aux afflictions mentales et aux émotions destructrices

L’antidote à la haine est l’amour. Si l’amour n’extirpe pas la haine à tout jamais, elle arrive cependant à la transformer.

Le Dalaï-Lama, moine tibétain, explique qu’il existe une variété d’écoles religieuses et de psychologie du bouddhisme, comme c’est le cas en occident concernant la diversité des écoles de psychologie et de confessions religieuses. D’ailleurs, dans certaines écoles religieuses bouddhistes, les moines sont mariés, ce qui n’est pas le cas chez les moines tibétains.

Deux moines bouddhistes de traditions et de cultures différentes

Mathieu Ricard, moine bouddhiste né en France en 1946, est titulaire du doctorat en génétique cellulaire de l’Institut Pasteur. Pour devenir moine en 1979, il a étudié pendant quinze ans auprès de Dilgo Khyentse Rimpotché, l’un des principaux maîtres tibétains de notre époque. Le père de Mathieu Ricard, Jean-François Revel-Ricard, mort en 2006, était un philosophe athée notoire et membre de l’Académie française. Lui et son fils sont les auteurs du livre Le moine et le philosophe. Mathieu Ricard est l’interprète français du Dalaï-Lama depuis 1989. Il est l’auteur d’une dizaine de livres et de plusieurs publications de photos sur le Tibet.

Thupten Jinpa, un moine né au Tibet en 1958, détient le titre de géshé Iharampa (l’équivalent d’un doctorat en théologie). Un érudit certes, il est aussi titulaire d’une licence en philosophie de l’université Cambridge. Il a enseigné les sciences religieuses au Grinton College de Cambridge. Marié à Sophie Boyer, il est père de deux enfants et vit désormais à Montréal. À la demande expresse du Dalaï-Lama, Jinpa est devenu son interprète de l’anglais lors de ses voyages de par le monde.

La première journée se termine sur une question de responsabilité

On demande au Dalaï-Lama ce qu’il pense de la situation suivante : Un garçon de six ans apporte un pistolet à l’école et tue une fillette, mais n’est pas condamné pour ce meurtre. Le chef spirituel répond qu’il doute fort que le petit de six ans ait véritablement compris que la petite fille ne reviendrait pas à la vie. Comprend-il vraiment ce qu’est la mort? Quant à Mathieu Ricard, il rapplique en affirmant qu’aux États-Unis, un jeune qui atteint l’âge de vingt ans a déjà assisté, par le truchement de la télévision, à l’assassinat de quarante mille personnes. Il en conclut que l’exposition constante à la violence a certes une influence sur le jeune.

La première journée s’achève là où les intéressés l’avaient entamée : autour des émotions destructrices, en l’occurrence devant la situation très embarrassante d’un assassin de six ans.

La partie 2 de cette chronique portera sur la discussion qui s’est poursuivie durant les quatre jours suivants de la rencontre du chef spirituel et des scientifiques.

Romain Landry

*Monsieur le Rédacteur,

Je me permets de vous proposer comme sous-titre au grand titre de la chronique :

La méditation comme moyen de contrer la violence

 Mais libre à vous de choisir un titre qui conviendrait peut-être