UN MONDE FOU DE SES JEUNES
Par Henri-Paul Labonté               Â
Je me présente : J’ai été un jeune militant ouvrier et chrétien des années 70, puis un militant communautaire des années 80 et 90. Je suis retraité depuis quelques années. J’ai 67 ans. J’ai été dans bien des luttes sociales, syndicales, action-chômage, à la pauvreté, droit libre à l’avortement, de consommateurs et alter-mondialistes. J’ai appuyé la présente lutte des étudiants et étudiantes. J’ai été poivré à Victoriaville, le 4 mai. Mais j’avais aussi été matraqué lors de la grève de La Presse en 1971.Toute ma vie, j’ai été animé d’une utopie : il est possible de faire un monde meilleur, avec une plus grande démocratie, celle parlementaire et au besoin celle de la rue ou via les médias sociaux et médias traditionnels.
J’ai appuyé les revendications actuelles des étudiants, par continuité avec ce qui m’avait toujours animé, parce que j’adhère à la devise du Québec  » je me souviens » et  parce que je crois en la jeunesse comme pilier de l’avenir. Un jour une étude gouvernementale a été intitulée  » un Québec fou de ses enfants « , moi je dis: il  nous faut un monde fou de ses jeunes.
TOUT LE MONDE EN A PARLÉ
On a fait du présent conflit étudiant une guerre de générations. Pour le gouvernement, ces étudiants contestataires ont été des adversaires à vaincre. Pour bien du monde, les jeunes sont des enfants gâtés qu’il faut ramener à la raison. Pour d’autres la peur de hausses d’impôt a marché. Cette attitude a un jour fonctionné. La dernière manif, celle du 22 mai, a démontré que la peur et le mépris n’avaient qu’un temps. Les jeunes ont montré une grande intelligence qui m’a impressionnée. Ils ont démontré, en ralliant des  » vieux « , que tout ça était bien plus qu’une affaire de hausse de frais de scolarité. Au mépris, ils ont opposé la vraie intelligence. J’ai lu, comme d’autres, la réponse de trois étudiantes à leur père. Rien d’enfants gâtées.
Ce sont les habilités modernes des jeunes qui ont fait qu’effectivement tout le monde a parlé de ce qu’on aurait ignoré auparavant. Merci à ces jeunes d’être plus habiles que ceux et celles de ma génération. Tout le monde s’est souvenu du Premier ministre des événements des années 70. Tout le monde se souviendra encore plus du Premier ministre actuel, s’il ne refait pas autrement le chemin parcouru et ce ne sera pas à son honneur.
LE CHEMIN À REFAIRE MAINTENANT
- Toute la société doit admette qu’une jeune génération s’est aujourd’hui levée debout, et pas seulement des individus. Personne ne devrait se sentir menacé de cela, à part les gens malhonnêtes. Un jeune m’a dit, et je lui ai donné raison sur le fond : « le monde aura besoin de nous pour payer les impôts qui paveront ses routes et construiront ses ponts, et pour changer les couches de ses vieux, pas toujours en santé, mais encore vivants. »
- La société doit voir aussi que la jeune génération a aussi réveillé au moins une partie des baby-boomers utopistes des années 70 et 80. Peut-être le mépris des détenteurs du pouvoir a-t-il contribué à ce réveil. La manif du 22 mai a démontré qu’un pont était en train de se construire entre jeunes, âge mûr et vieux, fait d’espoir et en bon béton.
- Les détenteurs du pouvoir (Je parle des politiciens, des hauts fonctionnaires, des propriétaires d’entreprises, des chroniqueurs) doivent développer une mentalité et des moyens de considérer les jeunes comme des citoyens et citoyennes à part entière, comme l’ont fait beaucoup d’artistes.
- Le Premier ministre doit annoncer une trêve en levant le drapeau blanc sur la loi 78 et sur la hausse des droits de scolarité. L’histoire retiendrait peut-être ainsi de lui que ce fut le Premier ministre qui a redonné l’espoir à toute une génération.
- Qu’est ce que le Québec veut, ont dit jadis les Canadiens-anglais ? Qu’est-ce que les jeunes veulent serait la question d’aujourd’hui ! Peut-être juste un monde différent, un monde pas cynique devant la démocratie, un développement économique au service du social, une société de préservation de l’avenir. N’allons pas dire que l’avenir n’est pas en danger. Le ministre de la jeunesse (Le premier ministre) doit se mettre à l’écoute des jeunes et de leurs organismes. Seulement écouter. Oui, je pense que les états généraux seraient une solution.
- Après les états généraux et la trêve, on doit déclencher des élections. Nous avons des partis pour toutes les opinions dans la population. Ce sera la  meilleure occasion de mener un véritable débat de fond sur bien des choses comme le plan nord puis aux jeunes leaders de s’impliquer à fond, et à l’ensemble des jeunes de voter.
En résumé : bien ouvrir la porte à cette génération de jeunes qui ne demande qu’à prendre sa place dans la construction du Québec de demain. C’est juste ça la question fondamentale. Un politicien a déjà dit « un Québec fou de ses enfants ». Je dis donc « Un monde fou de ses jeunes ».






