Montréal

Nouvelles

Contestation étudiante Méprise 3A

19-05-2012

Contestation étudiante Méprise 3A (méprise fondamentale)

Par Michel Frankland                

 

J’ai déjà envoyé à l’éditeur  du Carrefour un «Contestation étudiante méprise 4». Je lui demande de surseoir à cette publication afin d’intercaler une méprise fondamentale. Elle se trouve entre Méprise 3 et méprise 4. D’où son titre mitoyen. Il s’agit de LA méprise. Celle qui va au cœur du conflit ; celle qui n’est vue par aucun des protagonistes ni des journalistes. Et elle se vit maintenant, au lendemain de la loi votée les 17-18 mai.

Une méprise si évidente ! Si grosse. Située à la source même du problème. Une méprise sur laquelle on glisse sans la voir. Ce qui m’apparaît désespérant pour le destin du Québec. J’écrivais à une connaissance haut placée dans la constellation des huiles médiatiques. Nous avions, dans le temps, œuvré dans le même parti politique. Je conclus ainsi mon courriel à cet ancien ministre : «Notre société québécoise est non seulement grevée de dettes, mais trop malade pour saisir les tenants et aboutissants des réalités qui tissent son environnement socio-économique.  Nous sommes incapables de réaliser ni l’indépendance ni le fédéralisme» Il me répond par deux mots qui disent tout : «Tristement juste».

Je suis presque gêné de rédiger le présent paragraphe tellement son contenu est évident. Mais il impose une réalité qui échappe à tous les intervenants en cause. Nos universités sont sous-financées. Elles glissent lentement vers le sous-standard. Or, les citoyens sont déjà taxés sur tous les fronts. On ne peut leur exiger davantage. On demande aux étudiants de faire leur part pour éviter cette déchéance dont ils seront les premiers à subir les effets. La moitié de ce qu’on requiert aux étudiants des autres provinces. Le gouvernement a déjà fait plusieurs concessions majeures ; les étudiants, aucune. Et Nadeau-Dubois, en bon marxiste, clame : «Nous sommes toujours prêts à dialoguer, mais le gouvernement ne fait aucune concession.» Vous connaissez l’adage : mentez, mentez, il en restera toujours quelque chose. Conclusion : on demande aux enfants-rois de faire leur part.  Mais cet étudiant interviewé résume la position des enfants-rois : «Pourquoi je paierais pour mes études ?» On lui a répondu l’évidence : «Parce que ce sont TES études.» Mais l’affirmation de l’enfant-roi nous garantit d’avance qu’il ne sera pas sensible à cette réponse tout droit issue du bon sens.

Mais pour certains, l’expression «faire leur part» est perçue comme une sollicitation  sociale : nous voulons voir si vous voulez participer à la construction de la Cité québécoise. Mais non ! Il ne s’agit pas d’une requête de collaboration, une pédagogie de bons parents soucieux de rendre plus responsables leur progéniture. IL S’AGIT D’UNE NÉCESSITÉ VITALE. Nous sommes dans les dettes jusqu’au cou ! Le gouvernement reconnaît, bien tard cependant, qu’il n’a plus le choix, sous peine de voir sa cote de crédit devenir ardue, voire annonçant une spirale d’endettements impossible à endiguer.

Avez-vous remarqué que tous, hors Montréal, sont finalement rentrés dans le rang du sens commun. Ah ! bon, c’est le bouillonnement de la métropole qui amène cette ébullition ? La réponse s’avère pénible. Aucun cégep anglophone, de Montréal ou d’ailleurs, n’a fait la grève. Ni aucune université anglophone, que ce soit McGill ou Concordia ou Lennoxville.  C’est donc spécifiquement chez nous, en francophonie métropolitaine, que se cache le virus.

Quel spectacle hallucinant ! On blâme le gouvernement pour une loi trop dure. On a les yeux braqués sur ce litige. On évoque l’éventualité  d’une rencontre avec Madame Courchesne. Mais on oublie l’essentiel : NOUS N’AVONS COMME SOCIÉTÉ QUE DES DETTES ! LA HAUSSE REQUISE DES ENFANTS-ROIS CONSTITUE UNE NÉCESSITÉ OBJECTIVE. Y a-t-il quelqu’un dans la salle qui m’expliquera pourquoi le nœud du problème n’est jamais évoqué ! On se perd dans les méandres juridiques de la nouvelle loi.  On trouve dommage qu’il n’y ait pas de dialogue plus conciliant. Un grave  problème financier n’est pas au niveau des principes ni des échanges profonds ; il est au niveau du pain et du beurre.

En somme, le point en cause n’est pas la hausse des droits de scolarité, mais l’aptitude gouvernementale à payer cette nécessaire hausse.  Tristement juste» en effet