Le sénateur justicier et sa phrase assassine
Par Romain Landry         Â
Porte-voix du gouvernement fédéral en matière de justice pénale et de sécurité publique, le sénateur Pierre-Hugues Boisvenu annonçait cette semaine une réforme du Code criminel : « Chaque assassin, disait-il, devrait avoir droit à sa corde dans sa cellule. »
Cette nouvelle déclaration-choc remet en question la crédibilité du sénateur et sa légitimité de porte-parole du gouvernement en matière de justice. Ce qu’il oublie, c’est que le droit ne peut être revanchard. D’ailleurs, l’avocat Jean-Claude Hébert se demande même si le sénateur Boisvenu en incitant à la violence ne devient pas lui-même susceptible d’être poursuivi par la justice.
Les membres du gouvernement Harper jouent en façade les embarrassés avec des aveux comme ceux d’hier, mais qu’on se le dise : la fougue d’un idéologue tel que M. Boisvenu colle parfaitement à ce gouvernement déterminé à jouer le camp des victimes contre celui des criminels, peignant au passage le Québec comme le royaume du laxisme, et le Canada comme l’État vengeur idéal.
Le sénateur Boisvenu va encore plus loin. D’un point de vue économique, il se plaint de la facture insensée que le procès de la famille Shafia va coûter au Trésor public, une confession en désaccord total avec un rôle de législateur! Tant qu’à y être, pourquoi n’ajoute-t-il pas que la pauvreté, la vieillesse et les pensions posent aussi un fardeau pour le Trésor public?
Nous connaissons tous l’histoire de cet homme qui a perdu une fille aux mains d’un assassin, une horrible histoire suivie d’un deuil terrible qui lui a assuré la sympathie sincère de tous. Cette sympathie est inaltérable, mais elle n’autorise pas le sénateur Boisvenu à dire n’importe quoi dans un domaine où, visiblement, ses sentiments l’emportent sur la raison; le sujet est trop troublant pour lui, et ses réactions explosives provoquent controverse et division.
Il semble malheureusement que dès qu’il est devant le micro, M. Boisvenu se charge de se discréditer lui-même et de démontrer à quel point il est devenu une source d’embarras pour le Sénat, pour le Parti Conservateur et, surtout, pour ces personnes même dont il prétendait défendre les intérêts et les droits quand il a fondé l’Association des familles de personnes assassinées ou disparues (AFPAD). La loi du Talion, que l’on symbolise par l’expression « œil pour œil, dent pour dent », repose sur la vengeance qui consiste à faire subir à l’offenseur un dommage identique à celui qu’il a causé. L’éducation, la prévention, le pardon, voire la charité chrétienne, ne font pas partie des valeurs du sénateur Boisvenu.
À ce chapitre, n’est-il pas un digne représentant des valeurs préconisées par son chef? Car après tout, c’est M. Harper qui l’a nommé sénateur et qui l’utilise systématiquement comme porte-parole au Québec. En fait, le sénateur Boisvenu ne dit-il pas tout haut ce que pense véritablement Stephen Harper? Car c’est le même chef d’État qui, il y a un an, déclarait à la CBC que « … dans certains cas, la peine capitale est appropriée. »






