La Martinique serait-elle une Enfant.
Par Éric E.G. NOGARD
Tout est une question d’Âge, dans le Temps ou… dans la Tête,
N’est-ce pas pourquoi on dit « l’Âge Précolombien », « l’Âge Mental ».
Tout est une question d’Âge, les choses se faisant step by step, étape par étape.
Ainsi, un enfant à la découverte et à la réalisation de son environnement, de son contexte, voire de son Ego, de son Moi, ne fait-il pas ses premiers pas sous l’œil tour-à -tour admiratif, inquiet, joyeux, malheureux, soucieux voire émerveillé, en tout cas toujours vigilant de ses parents certainement, de ses formateurs scolaires fort souvent, du monde et de la rue… ce qui est plus… douteux.
Et ce, jusqu’à l’adolescence, cette période transitoire où il doit se prendre en main pour entrer dans la Vie, comme Adulte Indépendant, ce qui n’implique pas la rupture de tout lien affectif ni l’effacement de tout souvenir méritant qu’on le retienne.
Ainsi un « Territoire Neuf » : il évolue sous la protection tutélaire d’un Pays aux Coutumes, aux Moyens et aux US forgés, éprouvés et affinés par de longs siècles de Civilisation, à la faveur ou à l’épreuve de l’expérience de maintes autres civilisations : rien qu’autour de la petite Mer Méditerranée, si les Civilisations devaient se laisser compter… autour de la Mare Nostrum, comme l’appelaient les Romains.
Et comme Romulus et Rémus, le Protégé se nourrit de ce que lui apportent les généreuses mamelles de la « Louve Maternelle », d’un lait fait de Civisme, de Méthode, de Techniques, d’Art… sans compter les exemples à suivre et les risques à éviter… sans compter la façon de Penser.
Evidemment, tout se paie ici-bas… l’enfant n’aide-t-il pas un peu sa mère aux travaux du ménage, son père à ranger ses outils, ses parents à arracher leurs premiers cheveux blancs…
Et, comme tout ne dure qu’un temps, soit qu’elles sont taries, soit qu’elles sont rejetées par le petit, soit qu’elles sont refusées par la mère, fini le bonheur des mamelles… fini le temps des langes, bonjour celui des strings… et des Tribulations.
Or, la Martinique ne serait-elle pas devenue Grande.
Que donne à penser le fait qu’elle se prétende « En Nassyon Souverin », avec son « Drapo », avec son « Pass-Pô » dont elle s’enorgueillit.
Et c’est ainsi que, le plus logiquement du monde, on la laisse libre de faire la Guenon, de faire à sa tête !..
Nul n’a plus idée de lui dire comment casser, éplucher et manger les noix qui lui tombent du Ciel… et Dieu sait bien qu’il lui en tombe, avec parfois quelques grêlons, il faut en convenir.
Même que les Noix, ça se discerne !.. et les casser, ça s’imagine !
Il n’y a guère que le lait à sucer de la mamelle qui soit prêt à l’usage…
Voilà donc une Souveraine qui ne sait guère se sortir une idée de la tête, qui ne sait guère faire œuvre de ses dix doigts, qui ne sait guère tenir sur ses pieds… un micro colosse aux pieds d’argile.
Et comment donc !
–      Nous amenons nos prix à crever les plafonds par des grèves certainement rendues nécessaires, mais conduites de façon souvent inconsidérée du point de vue de leur tenue et de leurs conséquences sur notre Economie.
–      Notre système hôtelier a le privilège d’un parc foncier récemment construit au prix des yeux de la tête, implanté sur des sites idylliques, et, le voilà réduit en état de délabrement et d’abandon qui le dispute avec l’état de désolation qu’a connu Hiroshima.
–      Nous prétendons vouloir « faire du bio » alimentaire et voilà que les algues tellement recherchées dans d’autres contrées et récoltées comme une manne céleste, font notre terreur et nous préparent à les dénoncer comme « Catastrophe Naturelle ».
–      Notre côté « éclairé » veut que tout le monde consente au Boum-Boum Infernal de nos tambours, cet héritage prétendu Sacro-saint de notre soi-disant mère-patrie qui, elle, s’en garde bien d’en faire usage sous la fenêtre des Touristes dont nous oublions qu’ils y apprécient tout aussi bien le Repos et le Silence qu’ils ne trouvent pas chez nous.
–      Nous enseignons comment souffler dans des conques de lambi qu’il nous faudra bientôt faire venir à grands frais de la Jamaïque, pour constater sitôt après, une fois nos poches vides, qu’un ordinateur ferait mieux notre affaire… à défaut de cours de civisme dans nos maisons de la culture.
Devrions-nous aller plus loin ? Ce serait bête. Assez pour cette fois.
Laissons donc sous le boisseau notre côté belliqueux, provocateur et présomptueux qui nous fait prendre notre nombril pour le Phare qui éclaire le Monde, comme à prendre tout ce qui vient de nous pour Acta Sanctorum, depuis que notre Enchanteur nous a transmué notre dignité.
C’est à ne pas savoir ce que c’est que d’être Grand, ce que c’est que d’être Adulte, ce que c’est que d’être Majeur.
A la voir se conduire, serait-il injurieux de lui dire :
Martinique, tu n’es encore qu’une Enfant, attache toi à ta Mère… c’est le mieux que tu puisses faire.






