Denys pour oublier l’Incident.
Par Éric E.G. NOGARD
De tout temps, et certainement dans tous les Pays Organisés, les Actes d’Etat Civil ont revêtu un Caractère assez Considérable pour qu’il soit hors de question d’imaginer qu’ils puissent s’accommoder de la moindre altération, de la moindre erreur, de la moindre injure.
Aussi leur rédaction ne fut-elle jamais confiée qu’à des attachés selectionnés pour leur écriture comme pour leur probité : ils étaient fiables, autrement dit, de bon aloi.
Un aloi devant lequel la LOI elle-même n’avait pas honte de s’incliner.
Sans la moindre idée de considérer son côté « Private », voici un exemple qui, selon nous, pourrait donner Foi à notre propos.
Il s’agit de la Mise en Cause d’un Acte de Naissance du Temps où la Martinique était une Colonie où les Caractères étaient ce qu’ils étaient… tellement différents de ce qu’ils sont devenus.
Un enfant est donc né. Sa Mère lui choisit un prénom après avoir bien cherché dans le Livre des Saints, comme il était d’usage dans les Familles Chrétienne.
Son Père qui fut chargé de la Déclaration en Mairie se fit entendre :
–      L’enfant se nomme Osmond.
–      Osmond ?… vous voulez dire Edmond ?
–Â Â Â Â Â Â Non. Osmond. Je dis bien Osmond, O.S.M.O.N.D.
–      C’est bien Monsieur.
Et l’Acte de Naissance fut établi, un « Extrait » en fut remis à l’heureux Père qui l’empocha sans y prendre garde et le rapporta à son Epouse au grand galop de son cheval.
Il n’est un secret pour personne que les mères sont plus pointilleuses que leur mari, même sous les Tropiques.
Pas plus qu’il n’est un secret pour personne, que pour des raisons qu’elles sont seules à pouvoir expliquer, les femmes les plus aimantes peuvent virer sans crier gare, sans que leur côté lunatique soit en cause, de l’Alizé le plus doux au plus surprenant des Hurricanes.
C’est ainsi qu’on entendit :
–      Retourne d’où tu viens avec ton foutu papier ! je n’en veux pas, il ne concerne pas notre fils !..
–      Qu’est-ce qui se passe ? N’ai-je pas fait comme il était convenu ?
–      Pas le moins du Monde… N’as-tu pas lu… Es-tu aveugle ?
C’est qu’en effet hélas (où avait-il la tête ou, sa plume a-t-elle voulu faire des siennes) notre préposé rédacteur a porté Edmond à l’Acte de Naissance, Edmond et non Osmond !..
Surtout quand son épouse devient aussi intraitable qu’une brique réfractaire, un mari doit savoir être aussi souple qu’un gant et aussi imaginatif qu’Ulysse pour sortir du pétrin.
–      Ça devrait s’arranger, je m’y emploie tout de suite !.. Rassure-toi.
Et l’orage se calma comme il sait si bien le faire sous nos Cieux.
Et le Cas fut soumis au Premier Magistrat de la Commune.
–      Pourquoi ne pas retenir Edmond… C’est un Nom de Saint !
–      Osmond en est un aussi, aux dires de mon épouse !
Et cela fut vérifié.
–      La Loi ne permet pas les ratures aux Actes d’Etat Civil !
–      La Loi autorise-t-elle à passer Outre à la volonté des Déclarants ?
–      Reste à prouver…
–      Ou à établir !
–      Interrogeons le Rédacteur.
Et qui fut dit fut fait :
–      Quel Prénom vous fut-il déclaré par Monsieur pour son fils ?
–Â Â Â Â Â Â OSMOND, Monsieur le Maire.
–      Voyez ce que vous avez écrit. Biffez tout de suite, j’en prends la responsabilité.
–      Et j’inscris OSMOND ?
–      Non. Inscrivez Denys, D.E.N.Y.S. intervint le Père, sans sortir si peu que ce soit de son sens du civisme, et sans montrer aucune joie particulière.
–      Pourquoi ce changement, s’étonna le Maire.
–      Car c’est aussi un Nom de Saint et c’est surtout pour aider le souvenir de cet incident à nous sortir de la tête.
Ainsi étaient les Caractères et les choses de ce Temps en Martinique.
En ce si bon vieux temps où les Civilités avaient le dernier mot.
N.B. : Cette Histoire est AUTHENTIQUE.
Pour Mémoire, St Osmond.
Osmond, mort en 1099, était Chapelain-Confesseur-Conseiller de Guillaume le Conquérant.
Il fut Evêque de Salisbury, dans le Wiltshire, au Sud-est de l’Angleterre, et Canonisé. Ne serait-il pas né en France ? Rien n’interdit de le penser.







