Montréal

Nouvelles

Fragilité humaine-2

20-07-2011

Fragilité humaine-2 Le procès Turcotte et sa double bavure

Par Michel Frankland

 

Nous avons constaté ensemble, lors du premier article de cette série, comment nous nous noyons politiquement dans le tsunami d’informations dont la gestion dépasse de plus en plus la capacité humaine.

Considérons aujourd’hui une autre blessure qu’inflige à un grand nombre la marée envahissante de l’abondance croissante d’information : le relativisme moral. En effet,  les haut-parleurs multiples et variés des médias nous charrient des positions morales différentes.  Elles le font soit par des porte-paroles de chacun de ces points de vue moraux. Ceux-ci  ont soigneusement préparé leur message spirituel pour un effet optimal.  Ou alors, l’info à caractère moral nous est livrée objectivement, comme un fait.

Mais  on a beau voir de jeunes Africains forcés de pratiquer des tueries ethniques. On peut protester contre les charniers  qu’ont fait creuser les milices serbes. On peut encore s’indigner du harcèlement de l’armée birmane contre la Jeanne-d’Arc du pays Aung San Suu Kyi…  La magnitude des nombreux accrocs à la décence dans tous les coins de la planète finit par émousser chez plusieurs  la fibre morale.  Ajoutez à cela le flot continuel de la corruption politique de tous niveaux, et bientôt une majorité verse dans le relativisme moral. La vie est comme ça. La morale, coutume du temps des villages, est «passée de mode» dans le village global qu’est devenue la planète.

Le procès Turcotte en témoigne. Par le verdict hallucinant bien sûr, mais aussi pour une autre raison. Le verdict  affirme l’innocence de cet homme qui s’occupait consciencieusement  de ses enfants. Il s’est fait rejeter par sa femme. Il est devenu si malheureux qu’il les a tués et a cherché à se tuer en même temps. Le public s’indigne à juste titre. On pourrait vraisemblablement reconnaître  comme non passible d’emprisonnement la crise du bon père de famille qui se pointe chez lui et trouve sa femme dans leur lit avec son amant.  Son univers s’écroule.  Il n’a rien vu venir. Il besognait avec cœur pour sa jeune famille.  Les policiers le trouvent interloqué,  le couteau ensanglanté encore dans les  mains, marmonnant par monosyllables,  les yeux dans le vague.

Nous sommes à cent kilomètres de l’attitude de Guy Turcotte. Celui-ci a commis un acte délibéré, réfléchi.  Comment se tuer lui-même en même temps que ses enfants.  Tiens !  De l’antigel, conclu ce spécialiste de la santé. Jocelyne Robert a écrit un article fort pertinent  dans La Presse sur la personnalité de Turcotte.  C’était, explique-t-elle, Monsieur Perfection. Cet homme se percevait comme le parachèvement idéal : beau, riche, belle famille, au plus haut degré d’une profession respectée.  Marié de surcroît avec une épouse également prestigieuse. Il ne pouvait donc accepter que ce bel édifice s’effondre comme un château de cartes.  Mais son crime,  dont  Jocelyne Robert  expose des éléments explicatifs importants, n’en est pas pour autant  justifié.  Bref, la navrante décision du jury constitue un exemple de ce relativisme, autre vocable de l’anémie du tissu moral délavé par le tsunami de l’info.

Mais cet épisode morbide cache une autre atteinte à la fibre morale. Son épouse amène chez elle son amant.  Devant son mari. Pourtant, je n’ai jamais entendu relevé comme un fait capital l’entrée officielle de l’amant dans la résidence familiale.  Un foyer connote l’intimité de deux êtres qui se sont aimés au point de s’unir pour fonder une famille.  C’est le lieu de leur intimité.  De leur entraide. De leur partage. «Je vais aller changer le petit.» -«Non, dérange-toi pas, j’y vais.» Leurs rêves. Leurs sautes d’humeur. Leurs réconciliations . Leurs longues conversations. L’expression «les êtres de la maison» traduit ce je ne sais quoi qui définit l’intimité heureuse d’une famille.  Les anges de leur générosité épisodique.  En tout cas,  cet état de grâce a vraisemblablement  duré une couple d’années chez ce couple.

Or, c’est précisément dans ce lieu sacré que sa femme affiche son amant. On ne peut concevoir un rejet plus violent.  Le foyer familial, le recreux de leurs amours  passées, l’oasis du meilleur d’eux-mêmes, se trouve profané.   Et le caractère officiel en marque l’agression intolérable.

Évidemment, cela ne justifie pas le double meurtre de ses enfants tout aussi criminel que monstrueux. Mais j’ai voulu montrer par là un autre exemple du relativisme moral. Aucune protestation spontanée du public contre cet acte cruel et odieux d’humiliation qu’est la présentation de l’amant  dans leur intimité ! Ce n’est pas si grave, dites-vous ? Levez  vos mains, les maris qui ne seraient pas ravagés par l’humiliation officielle qu’une personne, qui a été pendant quelques années au  secret de votre être, vous fait subir…  Et vous, mesdames, comment prendriez-vous la présence de la maîtresse de votre mari dans votre salon, alors qu’il vous laisse entendre qu’il vous quitte pour elle…

L’appauvrissement du tissu moral, et du  relativisme moral qui en témoigne, produit déjà des conséquences  terrifiantes.  Une psychologue,  Johanne Turgeon,  notait hier soir sur les ondes que des femmes lui  téléphonent leur détresse. Leur mari violent,  et il y en a plus que certains le croient, menace de tuer leurs enfants si elles ne se conforment pas à tel dictat ou tel caprice.  «Parce que je n’aurai qu’à pleurer devant le juge comme Turcotte  et je serai libéré.» Bref, la surenchère d’information, comme les océans qui ne cessent de s’élever et d’envahir progressivement  les villages côtiers, érode notre sens moral et nous fait basculer dans  la mare du relativisme.

Le moi, siège du jugement moral, se trouve pour ainsi dire avalé par l’hydre à neuf têtes de la suranbondance de l’info. L’exclamation géniale et mystique de Rimbault  «Je est un autre» devient un navrant «Je, c’est les autres.» Tout est dans tout. Tout est relatif. Et réciproquement…

Michel Frankland
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