LA RESPONSABILITÉ SOCIALE DES ARTISTES
Par Claude Snow         Â
Le monde des artistes jouit d’un statut enviable dans notre société et voilà qui est bien, car après tout, le monde ne serait pas pareil sans l’art qui nous le montre de mille et une façons. Grâce à leur sensibilité, les artistes nous font voir des facettes de la vie qui autrement, nous échapperaient totalement.
Cela dit, je m’interroge au sujet de leur sens de la responsabilité sociale.
Je reproche à certains d’entre eux de fuir la réalité et de restreindre leur vision du monde à une sorte d’idéalisme déconnecté de la condition humaine de bien de leurs contemporains. Parfois même, je trouve qu’ils badinent avec la misère du peuple, plutôt que de se révolter contre elle. Quand cela se produit, les arts ne sont plus réellement au service de l’humain, comme ils devraient l’être.
Il me semble que les artistes devraient être les premiers à s’identifier à ceux dont les revenus sont insuffisants, parce qu’à ce titre, artistes et démunis se ressemblent beaucoup. On devrait normalement les voir se serrer les coudes pour servir les mêmes causes.
L’insécurité financière des artistes, en effet, est bien connue. Elle est bien démontrée par cette histoire que l’on raconte : «Il y avait, un jour, deux personnes au coin d’une rue : un artiste, puis un itinérant qui n’avait pas d’argent lui non plus.»
Si je remets en cause l’engagement social des artistes, c’est qu’au fond j’envie leur capacité d’expression qui est le pouvoir le plus redoutable dont ils disposent. Leur emprise sur la communication sous toutes ses formes est telle qu’ils peuvent facilement influencer l’opinion publique à leur gré.
Parce qu’ils ont le don de la parole, de l’émotion, du geste, de la couleur, de l’expression et de la forme, ne devraient-ils pas s’en servir pour ouvrir nos sens aux diverses manifestations de la misère humaine, comme les problèmes liés à la pauvreté, à la drogue et aux suspensions scolaires, pour ne nommer que ceux-là ?
On sait tous à quel point ils sont adroits pour défendre haut et fort leurs intérêts, mais ils devraient aussi se faire un devoir de consacrer une partie de leurs talents à lutter pour défendre les droits des autres.
J’aimerais les voir aux rassemblements populaires et épouser les causes des gens ordinaires qui travaillent à l’amélioration de la condition humaine, car ils pourraient faire faire de merveilleuses prises de conscience qui feraient ensuite avancer les causes.
S’il y a un défi qu’ils devraient relever, c’est bien celui defaire oeuvre de création tout en reflétant à la société une image de ce qu’elle est. Je les invite à traduire en mots, en musique, en théâtre, en expression corporelle et en tableaux la dure réalité de bien de nos
contemporains pour qu’ensemble, nous puissions formuler un projet de société inclusif.







