La double cause de la révolte arabe
Par Michel Frankland  Â
Les téléspectateurs du monde entier se sont installés devant leur télé, sentant bien qu’ils assistaient à un événement historique. Des peuples se libéraient d’une dictature qui les avait tenus sous sa botte pendant des décennies.
Comment un tel soulèvement a-t-il été possible ? La réponse, des centaines de millions de témoins-écran n’hésitent pas à la formuler : Ils se sont servis de Youtube pour communiquer. Ils pouvaient alors se donner rendez-vous rapidement, sans chaîne téléphonique. Sans avoir besoin de se fixer un rendez-vous à la boutique du coin.
Mais cette explication tourne court. Si l’avènement de Youtube était la cause du soulèvement populaire, il aurait eu lieu depuis quelques années – depuis l’apparition de cette technique.
Il fallait, pour que la révolte populaire ait lieu, deux phases préalables. D’abord, une prise de conscience collective On me dira que cela allait de soi. Quand on est opprimé, on le sait. Pas besoin de dessins. Erreur. Quand on est opprimé, c’est toute la personne qui est aliénée. Un exemple, touchant lui aussi une collectivité, l’illustre parfaitement. Lorsque Lincoln a affranchi les Noirs de l’esclavage, une bonne majorité sont demeurés hébétés pendant quelques mois. La liberté, ils ne savaient pas quoi faire avec. CELA LEUR ÉTAIT ÉTRANGER. On est ce qu’on croit que les autres croient qu’on est.
De même, cette jeune fille dans le drame que j’ai visionné il y a quelques semaines est kidnappée à 16 ans par un maniaque qui la garde chez lui sous surveillance constante. Elle doit s’activer à toutes sortes de tâches ménagères. Fin psychologue, son bourreau non seulement l’occupe beaucoup, mais il lui donne un autre nom. Elle DEVIENT cette jeune femme. Des visiteurs impromptus, cartes en main, s’enquièrent du chemin à prendre. Elle ne pense même pas à se sauver. Oui, reprenons-le : il est passablement vrai qu’on croit ce que les gens croient qu’on est – ou veulent nous imposer une nouvelle identité.
Il m’apparaît en effet simpliste de régler un long siège de la psyché collective en deux temps trois mouvements. De nombreuses habitudes, des formes d’auto-défense contre la dictature devenues réflexes collectifs – au total, un arrangement global de la vie quotidienne rejoint les zones enfouies au fond de l’être et fabrique la perception qu’on a de soi, à la fois comme individu et comme peuple. C’est pourquoi cette première phase, la prise de conscience de son statut socio-politique ne s’effectue pas sans souffrance : je suis un être réduit, entravé. La distance entre le désir de s’épanouir comme un être digne et l’état de subjection crée une douleur accrue du fait même de la perception de cette disparité. Elle est fortement accentuée par la comparaison, par repoussoir, avec les peuples libres que leur a livrée la toile. Celle-ci échappe en effet passablement plus au contrôle dictatorial que la télévision d’état.
Mais il fallait aussi une autre phase pour déclencher l’insurrection. Supposons en effet que tous, par impossible, ont refait le chemin pénible aboutissant à la conscience personnelle de leur servitude politique. Il y manquerait cette autre phase que nous abordons maintenant. Quelle est donc cette deuxième phase ? Elle consiste dans la prise de conscience de la puissance collective. Le peuple possède enfin un instrument beaucoup plus efficace que le téléphone. À la fois parce que la communication internet est beaucoup plus rapide que la ligne téléphonique ; mais aussi parce que plus difficile à contrôler par les autorités.
Imaginez-vous à Tunis ou au Caire. Un groupe d’amis, en général des étudiants, se sont constitués un réseau Youtube. Ils se sont rendu compte que le Gouvernement est malhabile à contrôler ce qu’ils utilisent, entre autres, comme exutoire politique. Le réseau, par enthousiasme pour la liberté, s’étend rapidement. Ils s’enhardissent. Ils se donnent rendez-vous sur une place publique. La dictature n’a rien prévu. Leurs demandes sont gentilles. Il s’agissait d’un test. Devant le succès, ils sont au comble de l’enthousiasme. ILS ONT MAINTENANT UNE ARME CAPABLE DE BOUTER DEHORS LE TYRAN ! Ils peuvent se réunir rapidement, sans que la dictature ait le temps de stopper la réunion. Ils peuvent se réunir avec une arme complémentaire et corollaire extrêmement puissante : ils peuvent se réunir COMME PEUPLE.
Bref, internet a permis à ces populations de parcourir le cheminement psychologique laborieux vers la conscience de leur identité. Cela s’est produit par une longue approche ardue. Ils ont pu ainsi franchir la deuxième phase de la libération collective. Elle s’est réalisée par la découverte de l’armement Youtube. Ils ont alors compris dans leurs tripes, et dans l’expérimentation, qu’ils possédaient maintenant l’arme qui leur assurerait la victoire sur le tyran.
Michel Frankland
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