Catherine Potter : création et présence
    Par Yves ALAVO Â
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CATHERINE POTTER est une musicienne canadienne enracinée dans les traditions profondes des cultures avec lesquelles elle a été en contact, celles de l’Europe, les civilisations anciennes d’Afrique dont l’égyptienne et la mandingue et surtout les orientales dont l’indienne avec qui elle s’identifie dans sa démarche artistique. Elle s’est perfectionnée au bansuri et à la musique classique de l’Inde auprès du célèbre flûtiste Pt. Hariprasad Chaurasia. Elle retourne en Inde régulièrement depuis 1983. Reconnue pour son jeu éloquent, Catherine Potter se produit au Canada, aux États-Unis et en Inde, notamment avec Zakir Hussain et Kalinath Mishra. Un premier disque Bansuri, enregistré en Inde, a paru en 1997. Elle fonde Duniya Project en 2001.Â
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Depuis plus de vingt cinq ans Catherine Potter chemine dans l’univers des musiques du monde avec de nombreuses collaborations
sur scène et sur disque incluant Simon Shaheen, Tasa, Ramasutra, John Gzwoski, l’Ensemble Gamelan de Montréal, Adham Sheikh et feu Boubacar Diabaté, dont elle est une amie.
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Bien avant que plus de musiciens se tournent vers la musique de l’Inde, inscrite dans une lignée millénaire, Catherine Potter a adopté cette approche philosophique holistique à la recherche du sens véritable de son art. Elle est en phase avec cette manière de se consacrer à la musique, de servir l’expression, de se consacrer au développement de la musique, sans virtuosité gratuite, sans compétition, avec le seul désir d’être en accord profond avec le monde des divinités esthétiques. Depuis plus de 25 ans, Catherine Potter poursuit ce type de quête. Elle a appris à jouer du bansuri (flûte indienne) auprès de Pt. Hariprasad Chaurasia, maître qui a fait passer l’instrument du folklore au classique.
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Femme de grande pulsation spirituelle et dotée d’un esprit aux profondes intuitions, aux englobantes perceptions, aux saisies et analyses multidimensionnelles dans la mise en équation d’une situation ou alors le décryptage/discernement des esprits et des personnalités des autres, Catherine Potter a atteint depuis quelques années une maturité exceptionnelle et totale. Elle vit dans une autre compréhension de la durée, comme Henri Bergson le disait étoffe de notre moi. Elle vit avec la culture indienne et toutes les cultures avec lesquelles elle est en lien via des personnes qui lui sont chères, elle vit une sympathie intellectuelle…par laquelle elle se transporte à l’intérieure de ces cultures pour coïncider avec ce qu’elles ont d’unique, encore une fois une référence à la définition bergsonienne de l’intuition.
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Ascète et virtuose de la flûte, puis devenue en presque trois décennies, experte, dédiée, artiste principale du bansuri, Catherine Potter s’exprime dans la détente, la passion contenue et authentique, la joie intime, le plaisir de la note et de toutes les notes qui vivent, se transforment et habitent nos âmes. Elle est en symbiose avec cette grande âme, Ma Gangâ, Providence des artistes, sœur bien aimante et bienveillante des musiciens. Esthétique et pensée, philosophie et vie ne font qu’un seul et même élan. Sens spirituel et humain qui alimentent en continu son rapport à l’instrument ainsi que la globalité harmonique, mélodique et rythmique qui en émane. Sur scène et pour le bonheur de tous les publics, elle offre le mystère, la possibilité de prendre son envol avec les mesures, les gammes, cette transe subtile qui crée le bien être dans l’environnement de chacun avec l’intime et le social, le sacré et l’utile profane art de vivre, de se mouvoir, avec les vagues fluides de chaque mélodie. C’est en accord avec la passion, en regard des aspirations profondes, ce besoin de paix, de bénédiction au présent et dans l’axe de l’infini. La musique qui sort de cette flûte met un trait d’union entre le fini et l’éternité, le possible et l’intemporel désir de vivre et se survivre.
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Avec de telles dispositions mais aussi avec la simplicité ainsi que l’humilité qui la caractérise, respect de l’autre et pure franchise du cÅ“ur en plus, Catherine Potter, est considérée par les maîtres indiens eux-mêmes, comme la preuve vivante, qu’avec le travail, la détermination, l’étude il est possible de mettre un terme au monopole des hommes sur la musique indienne. Être ainsi reconnue par les « propriétaires/fiduciaires » de l’art musical, les maîtres/virtuoses du bansuri en Inde, c’est un privilège unique jusqu’à nos jours pour une Occidentale, femme de surcroît.Â
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Catherine Potter a réalisé un rêve avant de quitter notre monde. Elle a avec la collaboration extraordinaire du Montréal arts interculturels, réalisé et interprété, avec Zal Idrissa Sissokho et ses amis musiciens, La Convergence des continents, spectacle unissant les traditions anciennes des civilisations africaines et indiennes en un concert d’instruments et de rythmes complémentaires.
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Les compositions de Catherine Potter fusionnent la musique indienne avec le jazz. Elles présentent la structure du raga en un momento méditatif et selon un pouls universel, mais dans le même mouvement s’ouvrent aux harmonies du jazz. Elle n’est plus depuis vendredi 3 décembre 2010, dans l’apparente présence immédiate. Catherine Potter pourtant, à l’apogée de notes inédites jaillissant de sa flûte, proclame que la complexité de nos identités transcende les préjugés et fait sauter toutes les frontières, passées, existantes et à venir, fussent-elles réelles ou virtuelles. Une cérémonie, rencontre et hommage à l’artiste aura lieu Samedi 22 janvier 2011 à partir de 13 h 00 au Salon funéraire Memoria du 4231, Boulevard Saint-Laurent, à Montréal.
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