Tout le monde devrait en parler.
Par Claude LeBouthillier
J’aime beaucoup l’émission de Radio-Canada : Tout le monde en parle. De haut niveau.
Ceci étant dit imaginons le scénario suivant. Pour la prochaine décennie, un budget supplémentaire sera accordé à Radio-Canada-Acadie afin d’atteindre une certaine équité dans les services offerts aux Acadiens. Une partie du budget servira, entre autres, pour amener de Montréal à Radio-Canada-Acadie l’émission : Tout le monde en parle.
On invitera des Acadiens, des francophones de l’Ontario, de l’Ouest canadien et de la Colombie-Britannique. Des Québécois aussi qui ont fait leur marque et qui ne résident pas au Québec. Bien sûr quelques vedettes américaines et européennes. Et comme nous désirons rester ouverts sur le monde, seront invités aussi des Québécois qui habitent le Québec.
Qu’y a t-il d’injuste dans le concept actuel de Tout le monde en parle? Eh bien, il omet de parler de tout un peuple. Pourtant des ententes ont été signées entre le Québec et l’Acadie, de peuple à peuple et au plus haut niveau. Mais nous n’y voyons jamais personne de l’Acadie (résident des provinces Maritimes) ou des autres provinces canadiennes. Le Québec (en grande partie) réagit contre les tendances «colonisatrices» du Canada, mais il fait exactement pareil avec nous.
Bien sûr, de grandes vedettes acadiennes furent invitées et nous en sommes très fiers : Marie-Jo Thériault, Édith Butler, Jacques Savoie, Wilfred Le Bouthillier etc, mais ils résident au Québec. Il faudra toutefois continuer à les inviter mais nous aimerions aussi voir des résidents d’ici. Une représentation sociale normale de notre identité. À force de se voir à travers les yeux de l’autre, les médias des autres, nous finissons par ne plus nous reconnaître. À croire que nous ne sommes pas assez bons pour passer à l’écran !
Cela ne serait pas bien grave si cette télévision provenait de Radio-Québec. Mais ce sont des fonds canadiens qui depuis plus de 50 ans financent Radio-Canada et comme les francophones «hors Québec) sont environ un million pour 7 millions de francophones au Québec, faites le calcul. Il devrait y avoir à chaque émission de Tout le monde en parle des gens qui incarnent plus directemetnt l’Acadie des Maritimes.
Comme nous sommes bons joueurs nous serions d’accord dans le scénario proposé pour l’Acadie que Guy A. Lepage continue à animer Tout le monde en parle, avec Dany Turcotte. D’ailleurs, ce dernier connaît bien l’Acadie et il a dirigé avec humour et doigté La petite séduction dans les villages de Bas-Caraquet, St-Jacques, St Louis et Lamèque. Cela a permis a des villages acadiens de renforcer leur identité et de réaliser qu’ils ont beaucoup à offrir.
Nous modifierons légèrement le concept c’est-à -dire qu’à l’occasion nous inviterons des héros ordinaires du quotidien. Un pêcheur, un bûcheron, une travailleuse de shop, un bénévole qui donne beaucoup de son temps. Et des travailleurs autonomes pour montrer la débrouillardise et la créativité : traductrice, consultants, … Je comprends ce concept actuel de vedette, de rêves et de gloire; les humains sont ainsi faits mais ne pourrait-il pas y avoir quelques exceptions pour montrer un peu mieux le visage d’une société ?
Et comme sans le vouloir nous avons contribué à déposséder les autochtones de leur pays – ce que nous reprochons parfois aux Anglais – il serait équitable d’inviter de temps en temps des représentants des divers peuples amérindiens, les Malécites, Mi’kmaqs etc…
Pendant 25 ans, et à trois périodes différentes, j’ai vécu dans diverses régions du Québec. J’adore ce pays. Quand j’y étais, je me sentais proche des mouvements nationalistes. Pour une bonne partie des Acadiens notre identification culturelle et notre affirmation nationale est davantage attiré par l’axe est-ouest que l’axe nord-sud. Les héros et chansonniers des Québécois sont aussi les nôtres. On ne pourra m’accuser de vouloir dénigrer le Québec.
Les vrais alliés du Québec sont davantage les francophones «hors Québec» que les Terre-Neuviens ou les Albertains. Et n’oublions pas que quasiment un Québécois sur 2 a dans sa lignée un ancêtre acadien.
Bien sûr depuis peu, depuis les pressions de la SNA et les demandes répétées des citoyens et de certains organismes de pression (l’Université avec les travaux de Marie-Linda Lord) on sent dans la citadelle Montréal un désir de changement. Il y a la télésérie Belle-Baie, il y a au télé journal davantage de mention des «autres», Céline Galipeau vient nous voir, etc. Bien sûr, il n’est pas facile de virer le Titanic de bord et la mentalité de la tour de Montréal prédomine encore alors qu’un chien écrasé dans une rue du Plateau Mont-Royal a plus d’importance que son cousin de Sudbury.
Mais bon, tout ce que nous voulons dans la réalité c’est nous sentir inclus dans la grande famille des francophones d’Amérique. Tout le monde en sortira gagnant.
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Biographie : Claude LeBouthillier est un écrivain acadien natif de Bas-Caraquet. Il est psychologue de formation et exerce en cabinet privé. Il a publié huit romans et un recueil de poésie. Il a également reçu plusieurs prix littéraires prestigieux, dont le prix France-Acadie, le prix Champlain, le prix Éloize et le prix d’excellence « Pascal Poirier » de la province du Nouveau-Brunswick pour l’ensemble de son oeuvre






